MAISON POUR LES ARBRES

21 juillet 2017 Par Elisabeth Károlyi
© Hiroyuki Oki
© Hiroyuki Oki
© Hiroyuki Oki
© Hiroyuki Oki

Récompensée à de nombreuses reprises, la House for Trees ou « maison pour les arbres », réalisée par l’architecte Vo Trong Nghia à Hô-Chi-Minh-Ville en 2014, continue de fasciner tant par sa poésie que par son audace de prendre les maisons pour des pots de fleurs. Zoom sur une construction proposant un mode de vie dedans/dehors, courant dans cette région du monde.


À mesure qu’Hô-Chi-Minh-Ville s’étend et se densifie à un rythme parmi les plus soutenus du continent asiatique, la verdure y perd son droit de cité. Au cœur d’un îlot du quartier de Tan Binh, l’un des plus encombrés et pollués de la ville en raison de sa proximité avec l’aéroport, une famille demande à l’architecte Vo Trong Nghia de lui construire une maison qui lui permette de vivre en harmonie avec la nature. Les clients frappent à la bonne porte puisque ce dernier, sans conteste le concepteur vietnamien le plus en vue de notre côté de la planète, sait créer des ensembles en symbiose avec leur environnement naturel par le rapport qu’y entretiennent espaces intérieurs et extérieurs, l’usage fait des ressources naturelles et locales, et la fusion opérée entre des techniques ancestrales et un savoir-faire résolument contemporain.

 

LA MAISON ÉCLATÉE

L’architecte va chercher du côté de la tradition pour mener à bien son projet : créer un prototype d’habitation urbaine intégrant une part importante de végétation. En effet, dans les villages vietnamiens, la maison est composée de plusieurs unités regroupées autour d’une cour centrale arborée, où se retrouvent les membres de la famille, et d’un jardin. Il est nécessaire de passer par l’extérieur pour aller d’une pièce à l’autre : un mode de vie adapté au climat tropical, en harmonie avec la nature.

« Les activités de la famille se déroulent alors aussi bien dehors que dedans et la végétation est omniprésente. C’est le yin et le yang de l’architecture domestique : la complémentarité des espaces intérieur et extérieur, du construit et du paysage. »

 

Chaque construction est orientée et ouverte (parfois littéralement, c’est-à-dire que les battants de portes sont enlevés) vers le cœur de la parcelle, tandis que les façades externes, aveugles, protègent l’intimité des habitants. Les activités de la famille se déroulent alors aussi bien dehors que dedans et la végétation est omniprésente. C’est le yin et le yang de l’architecture domestique : la complémentarité des espaces intérieur et extérieur, du construit et du paysage.

 

DES ARBRES À LA PLACE DE CHEMINÉES

Avec ses deux chambres à coucher, sa cuisine, sa pièce de prière et ses jardins, la House for Trees présente un programme compartimenté tout à fait traditionnel – l’absence de salle de séjour révélant d’autant plus l’importance de l’espace extérieur dans le quotidien des occupants. Chaque bloc est tourné vers la cour centrale à qui elle présente une large baie vitrée. Mais alors que dans la maison vietnamienne de ses ancêtres, la végétation poussait exclusivement sur le sol, Vo Trong Nghia hisse des ficus… au sommet des cinq édifices ! Il couronne pour cela ces derniers de bacs d’1,50 mètre de profondeur, dans lesquels est plantée une espèce dont les racines poussent en partie à l’extérieur – permettant ainsi de minimiser la profondeur de terre nécessaire. L’absence d’ouvertures sur les façades visibles questionne par ailleurs la fonction domestique du programme. Les murs, réalisés en béton coulé dans un moule en tiges de bambou horizontales, exhibent une texture singulière mettant en valeur le caractère monolithique de ces tours-pots. Les jardins en hauteur – qui ne profitent pas seulement aux membres de la famille mais à tout le voisinage bénéficiant d’une vue sur la parcelle – jouent un grand rôle dans l’isolation thermique des maisonnettes.

« Ces jardins en hauteur – qui ne profitent pas seulement aux membres de la famille mais à tout le voisinage bénéficiant d’une vue sur la parcelle – jouent un grand rôle dans l’isolation thermique des maisonnettes. »

 

Couplés à la présence de dalles engazonnées sur l’ensemble de la parcelle, leur présence permet à l’eau de pluie de s’infiltrer dans le sol et contribue ainsi à minimiser le risque d’inondation dans une région bétonnée connaissant de fortes pluies plus de trois mois par an. Un modèle d’habitation qui, malheureusement, ne semble pas faire recette dans une ville où les promoteurs immobiliers sont rois !

 

Article publié dans le Hors-série 35 : Vivez dehors ! (juin-juillet-août 2017)