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Atelier du Ralliement — François Massin Castan|Pays de la Loire




Ce projet d’habitat individuel est conçu à partir de plusieurs intentions principales liées à la fois au site, au rapport à l’édifice existant, à la maîtrise de l’emprise au sol et aux relations entretenues avec l’environnement naturel. Tout d’abord, le site est hybride par essence : il est à l'articulation d'un coteau aux caractéristiques géologiques et végétales typiques de ce secteur des bords de Loire et d'un dispositif multimodal gare ferroviaire/parking où la présence visuelle de la voiture semble inévitable de prime abord. L’édifice existant est une petite maison de plain-pied à l'emprise au sol minime (28m2 SP), qui se tient sur un plateau rocheux au cœur de ce site, et dont les deux seules ouvertures existantes regardent vers le parking en contrebas. Les singularités de cet habitat individuel se nourrissent de ces conditions offertes par l’existant, en cherchant à travailler sans augmenter l’emprise au sol déjà construite tout en détournant les vues du projet du parking en les réorientant vers les paysages naturels environnants. Ces intentions conjuguées conduisent à une surélévation de deux niveaux supplémentaires affirmée dans le paysage qui, combinée à la réhabilitation du rez-de-chaussée, vient former un habitat de 94m2 de surface au sol (76m2 SP une fois la surface sous 1,80m de haut déduite au dernier niveau). "Faire dialoguer un habitat à transformer profondément avec la poésie d’un lieu à révéler intensément" pourrait être une tentative de synthèse des intentions générales du projet.
Le projet s’inscrit dans la volonté de la maitrise d’ouvrage — par ailleurs les architectes du projet — de trouver un lieu de vie hybride, entre la métropole nantaise et les versants naturels de la Loire. La forte proximité du train à pied est un atout majeur souhaité, et oriente les recherches d’un lieu finalement un peu contradictoire, où la nature et les transports en commun sont tous deux présents. Lors de la première visite, cette petite maison à flanc de coteau au contact direct du parking de la halte ferroviaire est inhabitée depuis plusieurs années, peu entretenue, et peu attrayante de prime abord. Il est clair que son évolution est nécessaire, et que les travaux projetés pour parvenir à un habitat de qualité seront conséquents, /ce qui semblent dissuader les autres visiteurs pourtant en quête des mêmes avantages de proximité/. Pour autant, l’observation approfondie de l’environnement naturel et la capacité à envisager des procédés d’interventions en milieu contraint acquise lors de précédents projets architecturaux à l’atelier motivent le choix de relever le défi de concevoir une habitation qualitative à cet endroit. Cela s’inscrit dans la continuité des réflexions portées par l’Atelier du Ralliement autour des patrimoines ordinaires et de leur adaptation à de nouveaux usages et/ou climats. L’emplacement répond à toutes les attentes, il reste donc maintenant à concevoir une transformation à la fois radicale et sobre dans ses apports au site, et engagée et maîtrisée dans son économie globale.
Les principales contraintes sont engendrées par le site lui-même dont l'accessibilité est compliquée par l'inscription de la bâtisse existante dans le coteau rocheux. La configuration de l'existant avec ses 28m2 amène à interroger les modalités d’un agrandissement de surface nécessaire. Certaines intentions du projet s’accompagnent aussi de contraintes : la volonté de réaliser les ouvertures des pièces de vie en R+1 les plus larges possibles vers la nature, sur toute la largeur du pignon, nécessite une réponse réfléchie sur la question du contreventement. En outre, la verticalité de l’habitat et son emprise au sol mesurée exige un parti-pris clair sur la place de la circulation principale.
La verticalité de la proposition oriente le choix du positionnement d’un noyau de distribution au centre de l’habitation, accolée à la façade Nord-Est. Cet élément architectural central détient à lui seul de nombreux enjeux. Il est un travail réalisé́ à dix mains — architecte, ingénieur, maçon, charpentier, menuisier — afin de parvenir à une forme en «K» adaptée à la fois aux fonctions contreventantes et au confort d’un escalier quotidien. Les charges horizontales y sont transférées par des poutres-au-vent intégrées aux planchers intermédiaires, libérant les pignons de leur rôle habituel de stabilisation. Une fois la problématique structurelle rapportée au centre de l’édifice, l’action de surélever amène une grande liberté dans la manière d’intégrer de nouvelles ouvertures, décidées selon les usages et les environnements proches et lointains. En rez-de-chaussée, l’ensemble des pièces humides, compris cuisine, sont organisées de sorte à profiter de la présence des réseaux existants et de leur optimisation. En plus des ouvertures existantes, de nouvelles sont effectuées pour reconnecter le projet à l’environnement très proche, celui du côteau rocheux. Par exemple, les mousses vertes et les fougères forment un nouveau portrait naturel depuis l’îlot de cuisine. Les murs existants sont isolés par l’extérieur, isolation qui se prolongent verticalement pour être en continuité des murs neufs de la surélévation. Les larges ouvertures du R+1 traversant donnent à voir une strate paysagère intermédiaire, entre houppier d’un cèdre remarquable d’un côté et coteau végétalisé par diverses espèces de l’autre. Le dernier niveau est caractérisé par un large bandeau de fenêtres de toit combinées qui offre un panorama vers les cimes plus lointaines et le ciel. Les légers encorbellements sur la façade Sud-Ouest ont trois fonctions : ils apportent un rythme et un sens de l’équilibre à une façade relativement opaque et très visible depuis différents points de vue ; ils augmentent légèrement la surface habitable de l’habitation et compensent la surface perdue par la création des trémies du noyau central ; ils séquencent le ruissellement vertical de l’eau sur une façade exposée aux vents dominants, augmentant la durabilité des solutions de bardage apportées. Les difficultés d’accès au site amènent au choix d’une préfabrication massive en ossature et charpente bois avec une entreprise locale : tous les pans sont conçus en amont en atelier, et l’ensemble est ensuite mis en œuvre sur site par grutage. Sur une seule journée, les charpentiers parviennent à mettre en place l’intégralité du volume bois, des premières lisses d’implantation jusqu’aux derniers caissons de charpente. Ce procédé a plusieurs avantages, en plus de permettre une intervention précise sur un site contraint : il limite les nuisances engendrées par le chantier pour le voisinage et les condensent sur un temps très restreint ; il permet une très grande précision vis-à-vis de l’ouvrage existant, la préfabrication étant engagée après relevé des reprises maçonnées effectués par l’artisan en charge du gros-œuvre ; il forme un clos-couvert provisoire rapide qui réduit les risques liés aux intempéries et rend possible l’intervention à suivre des autres corps d’état. Le recours massif à différentes essences de bois concourt à la qualité des ambiances de l’habitat et des relations qu’il entretient avec son environnement naturel. L’épicéa en structure apparente et en aménagement intérieur, le pin maritime en parement des murs et plafonds ainsi que le châtaignier aux sols des pièces de la surélévation caractérisent les différents emplois du bois selon leur localisation. Le bardage en canisse d’osier, un matériau résistant naturellement au climat extérieur, rend possible une mise en œuvre à la fois simple et accessible, réalisée à moindres frais à la fois par le coût du produit et par l’auto-construction. Les canisses sont déroulées et fixées aux liteaux extérieurs par des crampillons, à la manière d’une clôture. Cette approche qui s’inscrit dans une logique low-tech parle donc de mise en œuvre au moment du chantier, mais aussi de maintenance : la bonne ventilation augmente sa durabilité, et son remplacement est facilement envisageable en cas de défaut dans le temps, sans avoir à modifier l’intégralité du parement, ni à réinterroger la disponibilité d’une ressource en présence. Comme énoncé dans la note d’intention ci-dessus, l’ensemble des solutions apportées vise à transformer profondément un habitat tout en révélant intensément la poésie d’un lieu et de ses environnements. En résulte un habitat hybride, formé par des espaces de vie aux dimensions mesurées, aux usages adaptés et aux atmosphères sereines, à la croisée des paysages variés que ce site avait à offrir.
Le contour indique la commune du projet et le repère situe son centre. L’adresse précise reste confidentielle.
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