Comment l’idée de monter une collection d’hôtels qui pose l’intervention d’artistes au coeur même du concept est-elle venue ?
La Drawing Art Fair accueille aujourd’hui soixante et onze galeries internationales et 20 000 visiteurs, qui viennent du monde entier découvrir les soixante-dix dernières années de la création autour du dessin contemporain. Après avoir été itinérant dans des lieux momentanément inoccupés, puis un temps au Carrousel du Louvre, le salon s’est posé depuis 2014 au Carreau du Temple, à Paris. Nous avons eu alors l’occasion de monter un centre d’art rue Richelieu, dans d’anciens bureaux. Nous recherchions la façon de financer cette activité, et j’ai pensé à un hôtel qui puisse offrir une expérience immersive entre la réception et la chambre. Or, à chaque étage, l’ascenseur s’ouvre sur une vue d’ensemble du couloir et livre ainsi un formidable terrain d’expression artistique. J’ai donné carte blanche à cinq artistes : Thomas Broomé a inscrit sur les murs sa bibliothèque de rêve ; Françoise De gauche à droite, Carine Tissot et Christine Phal. Des artistes à l’hôtel Au-delà d’être mère et fille, Christine Phal et Carine Tissot partagent une même passion pour le dessin contemporain. La première a lancé, il y a dix-huit ans, Drawing Art Fair, le premier salon du monde consacré à ce secteur, puis un centre d’art, tandis que la seconde développe des concepts d’hôtels qui, s’ils consolident l’écosystème économique, proposent une immersion douce dans le monde artistique. propos recueillis par nathalie degardin Petrovitch évoque ces temps de transition entre rêve et réalité, entre sommeil et réveil ; Clément Bagot décline dans un geste répété de lignes vibrantes des paysages mentaux ou rêvés sur des fonds colorés ; Abdelkader Benchamma livre sa première fresque durable ; les street-artistes Lek & Sowat occupent l’espace du couloir dans sa totalité, du sol au plafond en passant par les murs ; et à l’extérieur, les lianes de Stéphane Perraud captent les ondes résiduelles et recréent un dessin à l’intérieur de l’établissement qui varie chaque jour. Le concept était posé avec ce premier projet : proposer une nouvelle expérience de l’hôtellerie.
La Drawing House, ouverte en 2022 dans le 14e arrondissement, déclinet- elle différemment le concept ?
Si le Drawing Hotel intègre un centre d’art avec quatre expositions par an et comprend une quarantaine de chambres, la Drawing House en compte une centaine et abrite de multiples lieux de vie : le restaurant, le bar, la piscine, les centres de séminaire et un programme d’animations, comme des cours de yoga, qui se font au milieu d’oeuvres d’art… Nous y avons déployé des collaborations avec Alexandre Lamarche-Ovize, Karine Rougier et Mathieu Dufois, avec des oeuvres de commande pour les différents espaces – à l’image de la fresque de Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize présente à l’entrée –, un travail sous la forme d’un parcours dans les étages et une déclinaison des oeuvres pour les têtes de lit.
Et en septembre dernier, vous avez lancé le Miss Fuller, où l’intervention artistique entre en écho avec l’histoire du bâti.
Il date de 1894, en pleine période de la Belle Époque et de l’Art nouveau. Nous avons recherché les traces en redonnant une belle visibilité à une magnifique coupole en verre, par exemple, en travaillant ce matériau à l’image de l’approche déclinée par Guimard, avec notamment l’insertion d’un vitrail transmis par un collectionneur. Nous avons dessiné le projet entre deux périodes de confinement avec le soutien du Cnap et du ministère de la Culture, en réfléchissant à un appui dans cette période critique du Covid. Dans une forme de Drawing Factory, les chambres d’hôtel sont devenues des lieux de résidence pour des pratiques d’écriture, de bande dessinée, de vidéo, de fusain, d’aquarelle ou musicales : trente-et-un artistes ont été accueillis pendant six mois. Puis nous avons proposé à cinq d’entre eux d’intervenir en s’inspirant de l’Art nouveau, avec les codes actuels, bien évidemment.
Cette fois, l’hôtel prend le nom d’une artiste !
Nous cherchions une figure féminine de l’époque. Loïe Fuller était une danseuse américaine, immigrée en France, qui a créé la danse avec des voiles de couleur appelée Serpentine… Le restaurant de l’hôtel reprend son nom. Pour cet espace, Raphaëlle Peria a d’ailleurs créé une oeuvre autour de l’arbre et des quatre saisons. Elle travaille à partir de photographies qu’elle imprime et emploie une technique de grattage avec des superpositions d’images. Pour le Miss Fuller, elle a aussi réalisé un tapis sur mesure.
Comment êtes-vous accompagnées dans ces différents projets concernant la cohérence des lieux et leur conformité pour recevoir du public ?
Nous avons collaboré jusqu’à présent avec Nido Architecture, qui ont conçu une signature autour d’une ligne que l’on retrouve dans chaque lieu – noire pour le Drawing Hotel et la Drawing House, verte pour le Miss Fuller –, un trait qui fait référence au dessin. Ils ont aussi pensé les déclinaisons de mobilier, de suspensions et l’identification de codes, avec la présence du bois dans le Drawing Hotel et du verre, du raphia et du rotin dans le Miss Fuller pour les ornements liés à la nature. La cohérence de l’ensemble se poursuit avec le travail des artistes autour des papiers peints et des moquettes.
Comment justement les contraintes propres à ce travail spécifique ont-elles été abordées ?
Au Miss Fuller, par exemple, nous avons mené ce travail avec des artistes tels que Camille Chastang, Fabrice Cazenave, Camille Fischer… Certains d’entre eux n’avaient jamais eu cette pratique de l’impression entre art et artisanat, de la conception d’un dessin porté sur une autre échelle, répété pour un motif. C’était passionnant, pour eux et pour nous, bien évidemment, mais aussi pour les prestataires, de travailler avec leurs contraintes, par exemple des impressions sur des lés de papier peint de grande dimension, tout en respectant le travail de création et la couleur.
Drawing Hotel et Drawing Lab
17, rue de Richelieu, 75001 Paris
Drawing House
21, rue Vercingétorix, 75014 Paris
Miss Fuller
11, avenue Mac-Mahon, 75017 Paris