© Maxime Brouillet
Situé dans le quartier du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, le projet ShoeBox CHB incarne une philosophie basée sur le dialogue entre les architectures. Face à une typologie vernaculaire humble – la shoebox ouvrière du début du XXe siècle –, l’agence Alexandre Bernier Architecte a choisi non pas de crier sa présence, mais de murmurer une proposition contemporaine. Ces petites maisons de plain-pied, souvent construites par leurs propres occupants, dessinent une silhouette urbaine caractéristique avec leurs façades de brique, leurs toits plats et leurs proportions modestes. Face à la pression foncière et aux besoins croissants d’espace, leur destin est souvent scellé par la démolition ou la transformation radicale. Le projet s’aventure dans l’interstice de ces deux voies. La façade sur rue, avec sa brique patinée, sa porte centrale et ses deux fenêtres symétriques, est scrupuleusement préservée. Cette intervention modeste murmure son respect au tissu urbain existant et à l’alignement des maisons voisines, à la mémoire du quartier du Plateau-Mont-Royal et à l’échelle humaine de la rue. C’est dans cet esprit que l’extension, loin du volume ostentatoire et dominateur, réside dans un second niveau en léger retrait à l’habillage en acier inoxydable satiné. À la place d’une couleur ou d’une texture opaque, cette peau réfléchissante capte et renvoie la lumière du ciel, les nuances des saisons, les frondaisons des arbres voisins. L’extension devient un volume éthéré dont la présence se nuance et s’atténue visuellement. De la rue, elle est à peine perceptible ; depuis les angles et l’arrière, elle se révèle comme une entité distincte et poétique. Ce n’est pas une architecture qui crie de l’admirer, mais qui invite à observer le paysage qu’elle reflète.
Murmure intérieur
À l’intérieur, le projet de 160 mètres carrés fait la part belle à la clarté et à la fluidité, un défi face à un plan traditionnellement contraint et profond. L’intervention principale, un escalier surmonté d’un puits de lumière zénithal, est aussi simple qu’efficace. Cet atrium vertical devient l’épine dorsale et le coeur lumineux de la maison. Il diffuse une clarté généreuse jusqu’au rez-de-chaussée, transformant la circulation en une expérience spatiale dynamique. Cette stratégie compense avantageusement l’orientation contraignante du terrain et supprime toute impression d’étroitesse. Les matériaux – béton poli, bois clair et murs volontairement blancs – parlent un langage sobre et sensoriel. Leurs textures invitent au toucher, leurs tons neutres amplifient la sérénité. Le rezde- chaussée, libéré de ses cloisonnements hérités, accueille des zones de vie ouvertes (cuisine, salle à manger, salon) qui s’étirent vers l’arrière. De larges baies vitrées ouvrent intégralement sur une terrasse et le jardin, créant une continuité tangible entre l’intérieur et l’extérieur. À l’étage, baignées de lumière indirecte provenant du puits central et de fenêtres judicieusement placées, se trouvent les pièces plus intimes (chambres, salle de bains), offrant un refuge calme et lumineux.
ShoeBox CHB constitue un modèle de densification urbaine, sensible et durable. En préservant la structure et l’enveloppe d’origine, le projet minimise l’empreinte carbone liée à la démolition et à la reconstruction. L’extension verticale, optimisant l’emprise au sol existante, répond aux besoins d’espace sans artificialiser un nouveau terrain. Techniquement, le choix de l’acier inoxydable témoigne d’une vision à long terme : sa résistance aux intempéries québécoises et son besoin d’entretien minimal en font un matériau pérenne. L’agence Alexandre Bernier Architecte démontre qu’il est possible de faire dialoguer des matériaux contemporains et historiques tout en respectant l’échelle et l’esprit d’un contexte modeste existant.

