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Deux maisons jumelles entre indépendance et partage

RIGUIDEL ARCHITECTES — Jean-François Riguidel|Bretagne

4votes
Deux maisons jumelles entre indépendance et partage - Image principale
vue aérienne SO (vue d'ensemble) — © Groce and WIR
+8
Belz, Bretagne
 

FICHE TECHNIQUE

Architecte : RIGUIDEL ARCHITECTES — Jean-François Riguidel
Surface :
290 m²
Année de réalisation :
2024
Durée des études :
6 mois
Durée des travaux :
22 mois
Matériaux :
Bois

Note d'intention

Le Rhune est avant tout un projet de relation au lieu. Il est né de la volonté de tirer parti d’un terrain singulier plutôt que de chercher à l’effacer. Situé à Belz, dans le Morbihan, le site est marqué par une topographie forte, héritée d’une ancienne carrière de granit, avec une différence de niveau importante et un paysage arboré qui se déploie au sud. Cette situation nous a conduits à penser l’architecture non comme un objet posé sur le terrain, mais comme une construction qui s’inscrit dans ses lignes de force. Le nom du projet, Le Rhune, fait d’ailleurs référence à la colline située à proximité. Le projet réunit deux maisons destinées à pouvoir accueillir deux familles, plusieurs générations ou un groupe d’amis. Nous avons cherché à leur donner une véritable autonomie tout en les faisant fonctionner comme une seule architecture. Deux volumes parallèles, légèrement décalés, prennent place sur un socle commun. Entre eux, un espace intermédiaire devient un lieu de rencontre, de circulation et de partage. Cette disposition permet de préserver l’indépendance de chaque maison tout en offrant une grande générosité d’usages collectifs. Cette dualité est également devenue un principe architectural. Les deux maisons sont comme des « faux jumeaux » : identiques dans leur logique constructive et leurs proportions, mais différentes dans leur matérialité et leur couleur. L’une est blanche, l’autre noire. Ce choix fait référence aux paysages et à l’architecture bretonne, tout en assumant une expression contemporaine. Le noir et le blanc évoquent à la fois les couleurs du territoire et les maisons voisines, mais sont ici transposés dans une écriture plus abstraite, portée par l’aluminium. La maison est volontairement introvertie au nord, côté voie passante, et largement ouverte au sud, vers le parc arboré et le paysage boisé en pente. Cette opposition entre deux façades traduit directement les qualités du site. Depuis la rue, les volumes apparaissent relativement fermés, presque monolithiques. À l’inverse, côté jardin, de grandes ouvertures prolongent les espaces intérieurs vers la nature et cadrent les vues sur les arbres et la pente. Cette orientation a également déterminé l’organisation des usages. Nous avons inversé la logique traditionnelle de la maison individuelle : les chambres prennent place au rez-de-chaussée tandis que les pièces de vie sont installées à l’étage, là où les vues sont les plus généreuses. Cette disposition permet également de placer les espaces nocturnes dans les parties les plus fraîches du bâtiment pendant l’été. À l’étage, les séjours bénéficient de la lumière, du panorama et d’une relation directe avec la loggia sud. La loggia constitue ainsi plus qu’un espace extérieur : elle agit comme une protection solaire et un prolongement de la vie intérieure. Elle permet de profiter du panorama tout en maîtrisant les apports solaires estivaux. Le projet cherche ainsi un équilibre entre ouverture et protection, entre lumière et fraîcheur, entre intimité et paysage. Notre intention était enfin de construire une architecture durable dans un sens large : durable par ses matériaux, par sa capacité à s’adapter aux usages, mais aussi par son inscription dans le temps et dans son territoire. L’ossature bois, l’isolation en laine de bois et le bardage en châtaignier composent une enveloppe cohérente avec le paysage. L’aluminium vient compléter cette palette par les toitures et façades en bac, avec une expression précise et pérenne. Le choix de matériaux contemporains plutôt que de reproduire littéralement le granit et l’ardoise traditionnels participe à cette volonté d’interpréter le territoire plutôt que de le pasticher. Le Rhune cherche ainsi une forme de simplicité : deux maisons, deux couleurs, un paysage, et entre elles un espace commun. Une architecture qui ne cherche pas à dominer le site, mais à révéler ses qualités.

Origine du projet

À l’origine, le projet du Rhune n’était pas nécessairement destiné à devenir une maison de vacances pour deux familles. Le terrain avait d’abord été envisagé dans une perspective plus personnelle, comme un lieu pouvant accueillir notre travail et notre habitation. Cette origine explique en partie le caractère très expérimental du projet : il a été conçu comme un terrain de recherche sur les manières d’habiter, de construire et de faire évoluer une architecture dans le temps. Cette première intention a progressivement évolué. Le projet s’est transformé en une maison pouvant accueillir deux familles et jusqu’à dix-huit personnes. Cette évolution n’a pas remis en cause les principes fondamentaux imaginés dès les premières études. Au contraire, elle les a rendus plus lisibles : comment permettre à plusieurs personnes de vivre ensemble tout en conservant des espaces d’intimité ? Comment partager certains usages sans imposer une vie collective permanente ? Comment construire deux maisons indépendantes sans produire deux objets simplement juxtaposés ? La réponse a été de concevoir les deux logements comme un seul projet. Nous avons volontairement consacré du temps aux premières esquisses, en étudiant différentes implantations et plusieurs variantes avant de retenir la solution définitive. Cette phase de recherche a été essentielle car le terrain ne pouvait pas être considéré comme une parcelle neutre. Sa pente, son histoire et ses orientations déterminaient déjà une grande partie du projet. Le site présente en effet une situation paradoxale. Au nord, l’accès se fait depuis une voie passante et la zone constructible se trouve dans la partie basse du terrain, à proximité de cette route. Au sud, à l’inverse, le terrain s’ouvre sur un parc arboré et un espace boisé en pente, offrant un panorama beaucoup plus généreux. La qualité principale du terrain se trouve donc précisément à l’opposé de sa façade d’accès. Plutôt que de considérer cette contrainte comme une difficulté, nous avons choisi d’en faire le principe fondateur de l’architecture. Le bâtiment se protège du nord et s’ouvre au sud. La rue devient la façade plus fermée ; le paysage devient la façade principale de la vie quotidienne. Cette inversion donne au projet son caractère et permet de transformer une situation a priori défavorable en une véritable qualité d’habiter. Cette histoire du terrain est importante dans la compréhension du projet. Le Rhune ne cherche pas à faire disparaître les traces de l’ancienne carrière. Au contraire, la présence du relief, de la roche et de la végétation est devenue une composante du quotidien. Le paysage n’est pas un décor observé depuis les fenêtres : il constitue une partie intégrante du projet. L’évolution du programme a également renforcé notre réflexion sur la modularité. Une maison destinée à accueillir ponctuellement un grand nombre de personnes doit pouvoir fonctionner de manière différente selon les moments. Elle peut être occupée par deux familles, un groupe d’amis, plusieurs générations ou seulement quelques personnes. Les espaces ont donc été pensés pour autoriser différents degrés de partage et d’intimité. L’espace central entre les deux maisons joue à cet égard un rôle essentiel. Il relie les logements sans les confondre. Cette capacité d’évolution rejoint une conviction plus générale qui guide notre pratique : un bâtiment doit pouvoir accepter le changement. Le Rhune est donc issu d’une rencontre entre un terrain très particulier, une histoire personnelle et professionnelle, et un programme qui s’est progressivement transformé. Cette origine explique son caractère à la fois domestique et expérimental. Il ne s’agissait pas seulement de construire une maison, mais de chercher, à travers elle, une manière d’habiter plus libre, plus collective lorsque cela est souhaité, et toujours profondément reliée au paysage.

Contraintes

La première contrainte du projet est celle du terrain. Le site se trouve sur une ancienne carrière et présente une topographie particulièrement marquée. Le dénivelé atteint plusieurs mètres et le terrain est en partie remblayé. La construction devait donc composer avec une géologie et une histoire du sol qui interdisaient une approche conventionnelle. La fondation sur puits a permis de répondre à cette situation en recherchant des appuis adaptés plutôt que de vouloir uniformiser artificiellement le terrain. Mais la contrainte la plus déterminante est peut-être celle de l’implantation. La zone constructible se situe dans la partie basse du terrain, au nord, au plus près de la voie passante. Or la qualité paysagère du site est principalement au sud, où le terrain s’ouvre vers un parc arboré et un espace boisé en pente. Il fallait donc résoudre une contradiction : construire là où le terrain le permettait tout en habitant pleinement là où le terrain avait le plus à offrir. Cette situation a conduit à une stratégie claire : protéger le bâtiment au nord et l’ouvrir largement au sud. La façade sur rue devait conserver une certaine retenue afin de protéger les habitants des nuisances et de préserver leur intimité. À l’opposé, les façades sud pouvaient devenir de véritables interfaces avec le paysage. Les grandes baies cadrent les vues et donnent aux espaces de vie une profondeur qui dépasse largement les limites physiques de la maison. L’orientation du terrain posait également une question climatique. Une maison largement vitrée au sud peut bénéficier généreusement des apports solaires, mais doit aussi éviter la surchauffe en période estivale. La disposition des espaces, les grandes avancées et la loggia sud ont donc été pensées pour concilier lumière, panorama et protection solaire. La répartition traditionnelle des fonctions a ainsi été remise en question. Les chambres sont installées au rez-de-chaussée, dans une position plus protégée et plus fraîche en été, tandis que les espaces de séjour se trouvent à l’étage. Ce choix est directement lié à la topographie et aux vues, mais il répond aussi à une logique bioclimatique. Il permet de réserver les espaces de vie aux parties les plus ouvertes du bâtiment tout en donnant aux chambres une ambiance plus tempérée. La question des usages constituait une autre contrainte majeure. Le projet devait permettre l’accueil de deux familles, potentiellement de plusieurs générations ou d’un groupe nombreux, sans sacrifier l’intimité de chacun. Deux logements strictement séparés auraient été trop autonomes ; une seule grande maison aurait, à l’inverse, rendu plus difficile la coexistence de modes de vie différents. Le défi consistait donc à créer une architecture intermédiaire, capable d’être collective et indépendante à la fois. Cette contrainte programmatique a trouvé sa traduction dans la composition en deux volumes. Les deux maisons fonctionnent individuellement mais sont réunies par un espace commun. L’espace intermédiaire devient un lieu de rencontre naturel, accessible depuis les deux logements. Il permet de partager certains moments sans rendre la proximité obligatoire. Une autre question concernait le rapport à l’architecture bretonne. Le projet devait s’inscrire dans un contexte fortement marqué par des références traditionnelles : maisons de pêcheurs, volumes simples, toitures à deux pentes, granit et ardoise. La difficulté était de trouver une écriture contemporaine sans produire une architecture générique ou déconnectée du territoire. Nous avons donc choisi de travailler sur les proportions, l’échelle et le langage formel des constructions locales plutôt que de reproduire leurs matériaux à l’identique. Le bois et l’aluminium prennent ainsi le relais du granit et de l’ardoise. Le bardage en châtaignier rappelle la matérialité brute du socle et dialogue avec la végétation, tandis que les bacs aluminium donnent aux toitures et aux parties hautes une expression plus abstraite. Enfin, la durabilité constituait une contrainte au sens positif du terme. Il ne s’agissait pas d’ajouter une image « écologique » au projet, mais de rechercher une cohérence globale entre structure, isolation, matériaux, orientation et usages. L’ossature bois, la laine de bois, le châtaignier et l’aluminium composent une enveloppe qui privilégie des matériaux adaptés au contexte et à la longévité du bâtiment. Le projet devait donc répondre simultanément à des contraintes géotechniques, réglementaires, topographiques, climatiques, programmatiques et culturelles. L’enjeu n’était pas de les résoudre séparément, mais de trouver une architecture dans laquelle chaque réponse puisse servir plusieurs objectifs à la fois.

Solutions de l'architecte

La réponse apportée au site est d’abord une réponse d’implantation. Plutôt que de lutter contre la pente et la situation du terrain, nous avons installé les deux maisons dans la partie constructible au nord et travaillé leur relation au sud. Les deux volumes sont parallèles, légèrement décalés, et prennent place sur un socle commun. Cette implantation donne à chaque maison son autonomie tout en permettant au projet d’être perçu comme une seule composition. Le projet est ensuite construit autour d’une inversion du fonctionnement domestique traditionnel. Les chambres sont installées au rez-de-chaussée, dans la partie la plus fraîche du bâtiment, tandis que les pièces de vie — salon, salle à manger et cuisine — sont regroupées à l’étage. Ce choix permet de profiter pleinement de la hauteur et des vues vers le parc arboré et le paysage boisé. Il constitue également une réponse bioclimatique simple et passive aux conditions estivales. À l’étage, les espaces de vie sont prolongés par une loggia orientée au sud. Celle-ci est à la fois un espace extérieur habitable, un cadrage du panorama et un dispositif de protection solaire. Elle permet de profiter de la lumière et des vues tout en limitant les apports directs du soleil en période chaude. L’architecture ne cherche donc pas à supprimer les relations avec le climat, mais à les rendre habitables. Les ouvertures ont été disposées selon cette même logique. Côté nord, vers la route, les volumes sont plus fermés et présentent une expression presque monolithique. Côté sud, les grandes baies vitrées ouvrent largement les pièces de vie sur le jardin et les arbres. Le projet met ainsi en place deux relations très différentes au monde extérieur : la protection côté rue, l’ouverture côté paysage. Cette dualité était déjà soulignée dans la conception publiée du projet, où les grandes surfaces vitrées sont conçues pour renforcer les vues sur la nature. La structure et l’enveloppe prolongent cette recherche de cohérence. Le projet repose sur une ossature bois, associée à une isolation en laine de bois. Le choix de ces matériaux participe à la qualité constructive du bâtiment tout en offrant une réponse adaptée à une architecture légère et précise. Le bardage en châtaignier constitue la matière plus tactile et naturelle du projet. Il accompagne le socle et dialogue avec la végétation existante. L’aluminium vient compléter cette palette. Il est utilisé en toiture et sur certaines parties de façade sous forme de bacs à joints réguliers. Les deux maisons utilisent le même matériau mais dans deux teintes opposées : noir pour l’une, blanc pour l’autre. Cette différence chromatique donne aux deux volumes leur identité tout en renforçant leur parenté. Le noir et le blanc font directement écho aux couleurs et aux références de l’architecture bretonne, mais dans une interprétation contemporaine. Nous avons volontairement évité de reproduire littéralement le vocabulaire traditionnel. Le granit et l’ardoise sont des matériaux fortement associés à la Bretagne, mais leur usage contemporain soulève également des questions de disponibilité et d’impact, notamment pour l’ardoise importée. Le choix du bois et de l’aluminium permet donc de conserver une relation avec l’identité constructive locale tout en proposant une réponse actuelle. Sur le plan du sol, la situation de l’ancienne carrière et du terrain remblayé a conduit à une solution de fondations sur puits. Cette réponse constructive permet de prendre en compte la nature particulière du terrain et de construire sans chercher à nier son histoire. Enfin, la composition en deux maisons répond à une ambition plus large : rendre l’habitation évolutive. Chaque logement peut fonctionner indépendamment, mais l’espace central permet également une vie commune. La maison peut ainsi être occupée par deux familles, plusieurs générations, un groupe d’amis ou, à certains moments, par un nombre plus réduit d’habitants. Cette capacité à changer d’usage fait partie de la durabilité du projet. Le Rhune est donc moins une maison conçue autour d’un geste architectural qu’une accumulation cohérente de réponses : répondre au terrain par la fondation, à la pente par l’implantation, à la route par la fermeture, au paysage par l’ouverture, au soleil par la loggia, à la chaleur par la position des chambres, aux usages par la dualité des logements et au contexte breton par une réinterprétation contemporaine de ses matériaux et de ses couleurs. C’est cette continuité entre contraintes et solutions qui donne au projet sa cohérence. L’architecture ne vient pas s’ajouter au site : elle résulte du site, de ses contraintes et de ses qualités.

Localisation approximative — Belz

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