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KILINC ARCHITECTURE — Mustapha KILINC|Auvergne-Rhône-Alpes
Le projet développe une architecture contemporaine attentive au contexte bâti et paysager de Saint-Didier-au-Mont-d’Or. Son intégration ne repose pas sur un mimétisme direct des constructions environnantes, mais sur la réinterprétation de certains codes architecturaux, constructifs et chromatiques propres au territoire. La maison affirme ainsi une identité singulière tout en entretenant une relation harmonieuse avec son environnement. L’intention principale était de proposer une architecture vernaculaire conçue dans un langage résolument contemporain. Les références locales ne sont pas reproduites à l’identique : elles sont transformées, simplifiées et adaptées aux usages actuels. Le projet établit ainsi un dialogue entre la mémoire constructive du lieu et une écriture architecturale nouvelle. La maison se compose de deux volumes superposés, clairement identifiables par leur géométrie et leur matérialité. Le rez-de-chaussée forme un socle en béton brut, ancré dans le terrain. Au-dessus, un volume rectangulaire habillé d’acier Corten semble se poser sur cette base minérale. Cette superposition donne à la maison une silhouette à la fois robuste et légère. Le choix du béton, du bois et de l’acier traduit la volonté de conjuguer tradition et modernité. Le béton brut évoque la permanence et le savoir-faire constructif, le bois apporte une dimension chaleureuse et domestique, tandis que le Corten inscrit le bâtiment dans une temporalité plus longue grâce à sa patine évolutive. Les teintes brun-rouge du métal entrent en résonance avec la terre, la pierre, les anciennes fermes et les couvertures présentes dans le paysage local. L’enveloppe métallique du niveau supérieur réinterprète notamment l’image des granges en pierre et en tôle de la région, sans en reproduire littéralement la forme. Ces références discrètes ancrent le projet dans son territoire et lui confèrent une certaine intemporalité.
Pour les propriétaires, construire une nouvelle maison ne constituait pas une fin en soi. Il s’agissait avant tout de prolonger une histoire commencée près de vingt ans auparavant sur ce même terrain. La parcelle n’était pas perçue comme un simple foncier disponible, mais comme leur jardin, un paysage familier auquel ils étaient profondément attachés. Le projet consistait donc moins à changer de lieu qu’à inventer une nouvelle manière d’habiter un environnement déjà connu. Cette dimension affective a guidé la conception : la maison devait préserver la relation existante au jardin tout en révélant de nouvelles qualités du site, notamment les vues lointaines accessibles depuis le niveau supérieur. Conçue pour un couple de retraités, elle privilégie la qualité des usages plutôt que la multiplication des surfaces. Les espaces sont volontairement peu nombreux, mais généreux et capables d’accueillir simultanément différentes manières d’habiter. Deux salons permettent par exemple des usages distincts, tandis qu’un atelier consacré aux activités créatives constitue une pièce intermédiaire entre le patio et le jardin. Une chambre indépendante a également été imaginée pour recevoir les proches dans des conditions comparables à celles d’une suite d’hôtel. Chaque espace possède ainsi une identité propre, tout en restant relié aux autres par les vues, la lumière et la continuité des parcours. Le projet a continué d’évoluer au cours du chantier. Lors de la réalisation du gros œuvre, la découverte du panorama offert depuis l’étage a conduit l’agence à revoir une partie du dessin initial. La suite parentale a été réorientée et largement ouverte vers Lyon, les Alpes et le Mont-Blanc, plutôt que vers un balcon donnant sur le voisinage. Cette évolution, accompagnée d’un permis modificatif, témoigne d’une conception attentive aux qualités réelles révélées par le site.
La parcelle présentait plusieurs contraintes importantes. Son accès étroit compliquait l’implantation de la maison, l’organisation des circulations et le déroulement du chantier. Le voisinage proche imposait également une maîtrise précise des vues, des orientations et des ouvertures afin de préserver l’intimité des occupants. Les règles d’urbanisme limitaient fortement les possibilités d’implantation. Le projet devait respecter un retrait de 6,65 mètres par rapport à la limite de référence de la voie publique, tout en composant avec les règles autorisant une implantation partielle sur une limite séparative pour les façades de faible hauteur. Le site présentait par ailleurs une relation contrastée au paysage. Au rez-de-chaussée, les vues sont principalement tournées vers le jardin et la végétation proche. Les panoramas lointains sur Lyon, les Alpes et le Mont-Blanc ne deviennent perceptibles qu’à l’étage. Cette différence de perception entre les deux niveaux devait être intégrée à l’organisation générale de la maison. L’enjeu d’insertion était également sensible. La commune possède un environnement résidentiel et patrimonial marqué par la présence de maisons en pierre, d’anciennes fermes et de bâtiments agricoles aux couvertures métalliques. Le projet devait trouver sa place dans ce contexte sans renoncer à une expression contemporaine. Enfin, les larges surfaces vitrées, notamment sur la façade est, nécessitaient une réflexion particulière sur le confort d’été, la maîtrise de l’ensoleillement et la réduction des besoins de rafraîchissement. Le traitement des eaux pluviales et l’intégration des équipements techniques devaient également être réalisés sans altérer la sobriété des façades.
En réponse aux contraintes du terrain, la maison a été implantée sur la limite ouest de la parcelle. Cette disposition permet de préserver une surface généreuse de pleine terre, de dégager le jardin et de maintenir les percées visuelles suivant l’axe est-ouest. Une collaboration engagée en amont avec la mairie de Saint-Didier-au-Mont-d’Or a permis d’affiner cette implantation et d’aboutir à une intervention adaptée au contexte. Le rez-de-chaussée est organisé selon un plan en U autour d’un patio central. Cet espace extérieur protégé devient le cœur de la maison et le prolongement naturel des espaces de vie. Les baies tournées vers le patio et les larges ouvertures de la façade est créent une continuité entre le patio, le séjour, la terrasse et le jardin. Malgré cette organisation centrée, la maison ne se referme pas sur elle-même. Le patio apporte intimité et protection, tandis que les ouvertures orientées vers l’est maintiennent une relation directe avec la végétation et le grand paysage. Les façades nord et sud sont plus fermées, avec des percements ponctuels destinés à cadrer certaines vues, à préserver l’intimité et à renforcer l’axe visuel est-ouest. Le premier étage prend la forme d’un volume rectangulaire d’environ cinq mètres de large, adapté à l’organisation des espaces de nuit. Plus long que le rez-de-chaussée, il se prolonge en porte-à-faux au nord et au sud. Ce dispositif crée des espaces extérieurs abrités, génère des jeux d’ombre et protège les pièces de vie d’un ensoleillement excessif en été. Une loggia et deux baies d’angle cadrent les vues lointaines et relient visuellement les espaces de l’étage au paysage. Le chantier a par ailleurs permis d’optimiser ce dispositif en ouvrant plus largement la suite parentale sur le panorama. La structure est entièrement réalisée en béton. Au rez-de-chaussée, le béton brut de décoffrage, coulé dans un coffrage en planches, reste apparent. Il conserve l’empreinte du bois et rend visible le processus d’assemblage ayant permis sa fabrication. Son veinage horizontal se prolonge jusqu’au plafond du séjour et établit une continuité avec la terrasse en bois. Le volume supérieur est habillé d’un bardage en acier Corten posé à joints verticaux. Ce calepinage contraste avec les lignes horizontales du béton et accentue la distinction entre les deux volumes. Les systèmes de récupération des eaux pluviales sont dissimulés dans l’enveloppe, tandis que les caissons des brise-soleil sont encastrés afin de préserver la pureté des façades et des espaces intérieurs. De grands rideaux complètent ces dispositifs et permettent de moduler la lumière, l’ensoleillement et l’intimité.
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