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MANERA — Victor Maréchal|Île-de-France




Le projet de maison-serre situé à Saint-Ouen débute avec un paradoxe: comment agrandir une habitation tout en préservant un maximum de pleine terre? Comment s’accoler aux constructions avoisinantes sans empêcher la lumière de passer? Dans un tissu urbain dense où chaque mètre carré pourrait être bâti, l’intervention consiste à déminéraliser la moitié de la parcelle et à construire une grande enveloppe transparente pour agrandir l’espace, en composant avec ce qui est déjà là : les arrière-plans suburbains, les héberges irrégulières, les volumes voisins et les murs qui l’entourent. La maison s'organise ainsi selon plusieurs degrés d'intériorité. Au centre, un noyau compact concentre les fonctions domestiques permanentes et le confort thermique. Autour, la serre forme une seconde maison, plus vaste, légère et saisonnière, où le jardin pénètre dans l'habitation et où les usages peuvent se déplacer, apparaître ou disparaître au cours de l'année. Ni intérieur, ni extérieur. Cet état intermédiaire construit le projet. Ce volume n'est volontairement pas entièrement programmé. Il peut devenir salon d'été, jardin d'hiver, espace de jeu, lieu de travail, terrasse couverte, espace planté ou simplement rester vide. Sa générosité vient précisément de cette indétermination. La maison-serre est conçue comme un espace capable, susceptible d’être amplifié, isolé partiellement, modifié. Le programme associe ainsi habitation, serre et jardin non comme trois espaces juxtaposés, mais comme les différentes intensités d'un même milieu domestique. Agrandir signifie alors moins construire une surface supplémentaire que rendre habitable un volume plus vaste, avec moins de matière, moins de sol artificialisé et moins d'espace à chauffer.
La demande initiale d'un agrandissement des constructions existantes a peu à peu laissé place à une réflexion commune sur ce que signifie réellement gagner de l'espace. La confiance du maître d'ouvrage (privé) a permis de s'éloigner d'une extension conventionnelle pour expérimenter une autre forme d'habitat, où la générosité ne repose pas uniquement sur l'augmentation de la surface close et chauffée, mais ici sur des espaces intermédiaires, capables, apropriables. Cette relation a permis de maintenir jusqu'à la réalisation les principes essentiels du projet : préserver la pleine terre, accepter un espace intermédiaire non programmé et rendre possible l'évolution future de la maison.
La parcelle s'inscrit dans un tissu suburbain dense, saturé de mitoyennetés, d'héberges irrégulières et de constructions successives. Chaque mètre carré disponible aurait pu être bâti. Le projet pourtant choisit la dynamique inverse : déminéraliser une partie du terrain, retrouver de la pleine terre et maintenir la lumière au coeur de la parcelle, en construisant une ossature légère et une enveloppe transparente. Comment agrandir sans remplir ? Comment s'adosser aux constructions voisines sans ajouter une nouvelle masse opaque ? La légèreté de la structure et la transparence de l'enveloppe répondent directement à ces contraintes. La maison compose avec les murs, les volumes et les silhouettes existantes plutôt que de chercher à les effacer.
À l'inverse d'une construction conventionnelle, pleine, opaque hermétique, la maison-serre construit d'abord un grand vide habitable sous une enveloppe transparente. La surface réellement isolée se concentre dans un noyau domestique compact, tandis que la serre forme autour de lui un espace intermédiaire, ni intérieur ni extérieur. Ce dispositif prolonge le jardin vers l'intérieur, maintient la lumière au coeur de la parcelle et offre un volume disponible pour des usages saisonniers, des plantations ou de futures transformations. Plus qu'une réponse formelle, la serre constitue un dispositif domestique et climatique : elle dissocie le volume habitable du volume chauffé et interroge ainsi la manière d'agrandir une maison avec une économie de matière, d'énergie et de sol. Pensée comme une structure capable plutôt que comme un objet achevé, la maison peut être complétée, partiellement isolée, plantée ou transformée. Cette capacité d'évolution fait de l'intervention une hypothèse reproductible pour la transformation de la ville contemporaine.
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