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asné architecture — Adrien Bouët|Nouvelle-Aquitaine




L'échoppe bordelaise est une typologie recherchée : petite maison en pierre de taille, jardin en fond de parcelle, implantation en faubourg. Son défaut est connu — la surface habitable, réduite au plain-pied, finit par contraindre ses occupants. L'extension horizontale est la réponse habituelle. Elle grignote le jardin. Ce projet explore une autre voie : la surélévation, pour préserver l'extérieur et densifier le bâti existant plutôt que d'étaler. La commande initiale était modeste — une petite extension sans ambition particulière. C'est le dialogue avec les maîtres d'ouvrage qui a permis de reformuler le problème et d'élever le niveau d'exigence du projet. La surélévation bois biosourcée est la réponse à ce dépassement collectif des attentes initiales. Le projet défend plusieurs positions que l'agence porte sur l'ensemble de ses réalisations : rénover plutôt que construire neuf, réemployer les matériaux existants, concevoir le confort sans recourir à la climatisation, et penser la maison comme un volume capable — c'est-à-dire un espace qui intègre dès sa conception la possibilité de se transformer. Le salon en double hauteur n'est pas un effet architectural : c'est une réserve d'usage, déjà préparée pour accueillir une chambre supplémentaire le moment venu.
Les maîtres d'ouvrage sont des amis proches. Cette proximité a changé la nature de la commande. La confiance installée d'emblée, la liberté de discussion, la franchise des échanges ont permis de dépasser le cadre initial — une petite extension de 10 à 20 m² sans ambition particulière — pour construire ensemble un projet plus engagé.
Les fondations de l'échoppe, légères comme souvent dans cette typologie, ne pouvaient pas supporter une surélévation en maçonnerie traditionnelle. La structure du niveau supérieur devait être la plus légère possible. La flambée des prix des matériaux post-covid au moment de la passation des marchés a imposé des ajustements en cours d'études : le plancher intermédiaire initialement prévu en bois a été remplacé par une solution en hourdis béton. La parcelle mitoyenne, en tissu pavillonnaire dense, imposait de préserver le jardin existant, excluant toute extension horizontale significative. Le bâti ancien en pierre appelait des matériaux d'isolation compatibles avec sa capacité à réguler naturellement l'humidité — la fibre de bois, perspirant, s'imposait face aux isolants synthétiques qui auraient bloqué les transferts de vapeur dans les murs. Le confort d'été constituait un enjeu fort dans un contexte climatique bordelais de plus en plus chaud. Convaincre la maîtrise d'ouvrage de renoncer à la climatisation relevait d'un travail de démonstration et de pédagogie, en amont des choix constructifs. La coordination entre rénovation de l'existant et construction neuve en surélévation imposait une organisation de chantier rigoureuse, notamment pour la phase de dépose de la toiture et la mise hors d'eau du bâtiment pendant les travaux.
La légèreté des fondations a orienté le choix structural : ossature bois préfabriquée pour la surélévation, mise en œuvre rapide, charges limitées sur le bâti existant. Le bardage zinc naturel en joint debout unifie l'enveloppe du nouveau niveau, en dialogue avec les tuiles mécaniques de la toiture — déposées, triées, testées et réemployées lors du chantier. Radiateurs en fonte curés et remis en service, clenches anciennes récupérées hors site : le réemploi traverse l'ensemble du projet. Le confort d'été a été traité par une combinaison de mesures passives : isolation en fibre de bois pour son fort déphasage thermique et sa compatibilité avec le bâti ancien, inertie de la dalle béton au sol, ventilation naturelle traversante organisée par la double hauteur du salon. La maîtrise d'ouvrage a finalement renoncé à la climatisation — convaincue par les simulations et les explications, avant de l'être par l'usage. La double hauteur du salon est le cœur du dispositif spatial et la traduction la plus concrète de la notion de volume capable : le plan d'étage, sa circulation, ses détails d'exécution intègrent tous la possibilité d'y créer une troisième chambre à moindre coût. Les attentes électriques sont en place dans les doublages, le garde-corps du palier est boulonné et démontable, la fenêtre de toit assure déjà l'apport de lumière naturelle de la pièce future. La maison est livrée avec son propre potentiel d'évolution intégré.
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