De prime abord, The Chodge intrigue. Au milieu des bâtiments agricoles, cette maison de vacances semble flotter dans le paysage rural qui l’entoure, impression que vient renforcer sa position de surplomb. C’est dans le nord de la Nouvelle-Zélande, face au lac Whakamaru, dans les prairies vallonnées de South Waikato, que DCA Architects of Transformation a conçu ce havre de paix pour une famille qui avait pour habitude de camper sur ce terrain. Durant une quinzaine d’années, ils ont ainsi vécu au rythme des saisons, des levers et des couchers de soleil, en connexion avec le paysage. Cette expérience leur a permis d’acquérir une connaissance parfaite des lieux. Progressivement, l’idée a mûri de construire une maison à la fois chaleureuse et spacieuse, confortable en été comme en hiver, intime pour deux personnes mais suffisamment vaste pour en accueillir dix. Les architectes ont puisé leur inspiration dans le patrimoine vernaculaire néo-zélandais, plus particulièrement celui des woolsheds (hangars où l’on tond traditionnellement les moutons) qui ont inspiré autant la volumétrie que le traitement de la lumière naturelle.
Entre opacité et translucidité
Pour ce faire, DCA Architects of Transformation a développé un dispositif inventif, prenant la forme d’une maison dans la maison. « La conception de The Chodge est une exploration de l’espace interstitiel entre l’intérieur et l’extérieur : la manière dont on vit en vacances, la relation au paysage et le lien avec un vocabulaire rural, expliquent les architectes. Nous avons cherché à explorer le potentiel d’habitabilité de cet espace intermédiaire. » Le fonctionnement de la maison repose ainsi sur la superposition de deux architectures. Un premier volume en bois s’organise sur deux niveaux, toutes les pièces profitant d’une orientation est-ouest. Compact, offrant le confort thermique nécessaire, il regroupe la cuisine, les chambres et la pièce de vie. En mezzanine, des couchettes en enfilade rappellent le camping et les cabanes de jeunesse de la famille. Le second prend la forme d’une peau translucide. Cette enveloppe extérieure agit comme un grand hangar protecteur. Elle définit un autre volume, généreux, presque abstrait, qui abrite le noyau habitable. De ce concept de la double enveloppe naît une architecture de l’entre-deux, offrant un territoire intermédiaire, entre extérieur et extérieur, des espaces protégés mais non chauffés : ateliers, zones de détente, seuils abrités, circulations semi-extérieures. Cette peau légère transforme la maison en lanterne la nuit tombée, révélant par transparence la silhouette du volume intérieur en bois. De jour, elle se fond avec la lumière du ciel. La relation entre ces deux volumes crée une profondeur spatiale rare : une manière de vivre dans l’entre-deux, comme si la maison entière était une transition permanente entre abri et nature, manifeste discret en faveur de la simplicité et d’une conscience environnementale aiguë.
Dedans-dehors
Dans sa matérialité, The Chodge cherche à transposer la mémoire rurale à travers un répertoire contemporain : panneaux translucides parfaitement alignés, rythmes réguliers, détails d’assemblage précis. Le volume intérieur suit les principes des standards passifs : isolation performante, étanchéité contrôlée, gestion de la ventilation et récupération de la chaleur. L’espace interstitiel formé par l’enveloppe extérieure permet de réduire les déperditions en hiver et de limiter les surchauffes en été. Parmi les éléments clés du projet, d’immenses portes pivotantes transforment radicalement la perception du bâtiment lorsque celles-ci sont ouvertes. La façade s’efface, les perspectives s’étirent et le paysage fait corps avec la maison, sans jamais perdre le contact avec le souffle du vent et l’odeur de l’herbe. Poussée à l’extrême, la fluidité spatiale entre intérieur et extérieur façonne la singularité de cet objet architectural. Plutôt que de choisir entre dedans et dehors, The Chodge suggère la possibilité d’être pleinement dans les deux.

