En 2012, l’agence Lode, formée à l’époque d’Arnaud Lacoste et Jérôme Vinçon, avait livré une villa de bois et de verre sur les berges d’un estuaire du Finistère (voir À Vivre no 72). Une dizaine d’années plus tard, le client rappelle Arnaud Lacoste pour qu’il ajoute un garage sur son terrain d’un hectare. L’architecte demande alors à son confrère Kiarash Becheur de l’accompagner sur ce projet. « J’avais envie d’ouvrir le design à quelqu’un d’autre que moi, car il y avait un vrai risque à réintervenir à cet endroit-là », avoue-t-il sans détour. L’objectif était de trouver un nouveau langage pour s’insérer dans ce site exceptionnel sans prendre visuellement le dessus sur la villa ni même entrer en conflit avec elle. « L’inspiration de la première maison était la cabane, il n’était pas question d’en faire une seconde », précise Arnaud Lacoste. Le duo parvient à changer de registre en faisant un pas de côté. S’éloignant d’une architecture pure, ils s’orientent plutôt vers le land art. Une option renforcée par la présence de sculptures en plein air qui animent la propriété. « Nous avons cherché à créer une présence étrange qui dialogue avec le paysage », raconte Kiarash Becheur. Ne relevant ni de la volumétrie percée ni du vocabulaire domestique, le garage, totalement fermé par un matériau très réfléchissant, tour à tour s’efface ou scintille dans la nature.
Le programme du garage s’inscrit dans la rubrique « local annexe » du PLU qui les autorise à construire dans une circonférence de 20 mètres par rapport à la maison, en ne dépassant pas l’emprise maximale de 30 mètres carrés. Le volume mesure donc 5,5 sur 5,4 mètres de côté et 3,80 mètres de haut. Les quatre murs et le toit sont en bois massif CLT. Simplement posés sur la dalle, ils ont été prémontés en atelier pour maîtriser les détails des assemblages. Esthétiquement, la scansion verticale et la partition horizontale du petit bâtiment font clairement écho aux lignes de la villa. La construction est entièrement habillée d’inox plissé polymiroir. La partition en quatre de chaque façade associe des profilés de rythmes différents qui permettent la diffraction de l’image. Selon le moment de la journée, toute une variation d’effets évolue avec des instants magiques, notamment à la tombée du jour. Aucun élément saillant ne dépasse de ce parallélépipède pur. Les portes et les volets aux systèmes d’ouvrants invisibles disparaissent complètement dans la surface de la façade. « C’est davantage un objet qu’un bâtiment, on n’imagine pas ce qu’il cache », poursuit Kiarash Becheur. À l’acier extérieur répond un cocon intérieur tout en bois. En plus de la partie dévolue à la voiture, les architectes ont aménagé un atelier de bricolage et une mezzanine de rangement. La lumière naturelle entre généreusement par des fenêtres de toit. L’été, quand la voiture n’y est pas garée, un grand panneau intérieur peut pivoter et se ranger à la perpendiculaire de manière à ouvrir un espace en L pour entreposer du matériel de sport et des kayaks. « C’est amusant que toute cette réflexion se soit élaborée à partir d’un projet aussi trivial qu’un garage, constate Arnaud Lacoste. Mais finalement, c’est le premier contact avec la propriété et il n’y a pas de raison que ce soit un espace traité de manière moins noble que la maison ! »

