Dans le quartier de La Bastide à Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne, l'architecte Fanny Perier se souvient avoir toujours connu cette « petite maison » et son garage sur une parcelle partagée avec un café-épicerie. Sombre et humide, la bâtisse est en zone inondable, une contrainte fréquente dans la capitale girondine. Lorsque l'opportunité se présente de faire l'acquisition de l'ensemble, elle saisit l'occasion, accompagnée de deux autres familles autour d'un projet de copropriété. Fanny Perier et son compagnon réhabilitent la maisonnette et le garage pour leur propre usage, un autre couple s'installe à l'étage de l'ancien café-épicerie alors qu'un troisième compère investit dans le rez-de-chaussée en vue de le louer. L'architecte est le maître d'œuvre commun pour le réaménagement de ces trois lots. L'éventualité de partager des équipements est abordée par les copropriétaires mais le choix est finalement fait de ne conserver en commun que le jardin.
« FANNY PERIER TENAIT À UN BÂTIMENT SANS PEINTURE AUCUNE NI CRÉPI, J’AMBITIONNAIS QU’IL ‘’ RESPIRE ’’ DE LUI MÊME ; NOUS NE POUVIONS QUE NOUS ENTENDRE . » Olivier Martin, consultant en performance énergétique et qualité environnementale
UNE MAISON À MI-TEMPS
La mise en commun n'a pas été plus poussée entre les copropriétaires pour des raisons de temporalité d'usage : la petite maison n'est en effet occupée qu'à mi-temps par Fanny Perier et son compagnon. D'où leur réflexion sur le degré de confort nécessaire, proche selon eux de celui d'une maison secondaire. Si l'eau et l'électricité semblent incontournables, le raccordement au gaz de ville ne l'est pas et le couple décide de cuisiner avec une simple bouteille. En matière d'ambiance thermique, l'architecte explique sa volonté de pouvoir « chauffer très vite en arrivant après une semaine d'absence » et opte pour un poêle à bois. Chauffer mais surtout, en amont, bien isoler afin d'obtenir une inertie de bonne qualité. Dans cette perspective, elle a sollicité l'expertise d'Olivier Martin, consultant en performance énergétique et qualité environnementale qui intervient pour améliorer les performances des projets. « Fanny Perier tenait à un bâtimentsans peinture aucune ni crépi, j'ambitionnais qu'il ''respire'' de lui-même ; nous ne pouvions que nous entendre », précise-t-il avant d'ajouter qu'il fallait que « cette maison gère elle-même, presque toute seule, les dangers qui pouvaient la guetter : l'humidité et le froid ».
MATÉRIAUX ISOLANTS, RESPIRANTS ET RÉSILIENTS
Le programme se répartit en deux zones communicantes. Une dite « sale » située dans l'ancien garage devenu atelier : isolée, chauffable - mais non chauffée -, elle est exploitée pour le bricolage et le stockage. Y prennent également place les W.C. Une deuxième zone, dite « propre », se développe dans la maisonnette d'origine. En rez-de-chaussée, y sont aménagées la pièce de vie et la cuisine ; à l'étage, la chambre et sa salle d'eau. Après avoir effectué des reprises de maçonnerie et une révision des couvertures sur les deux bâtiments - en tuiles pour la maisonnette, en Eternit pour le garage -, le travail se porte à l'intérieur. Une dalle en béton de chaux posée sur un socle de cailloux est coulée au sol. Fanny Perier reconnaît que le matériau n'est pas souvent exploité de la sorte, sans autre revêtement, d'où une légère poussière qui reste sous les pieds. Prise de risque assumée par l'architecte qui est ici son propre maître d'ouvrage et accepte cet inconvénient, défaut d'une qualité selon elle plus importante : le fait que ce sol respire et ne retienne pas l'humidité. Isolés par 10 centimètres d'un mélange de chaux et de chanvre, les murs participent de cette même démarche. Sous le toit, la laine de bois est privilégiée et le peuplier est convoqué en bardage. Hygroscopiques, ces matériaux acceptent les variations du degré d'hygrométrie sans pour autant s'altérer. Des qualités de résilience qui font leur preuve depuis quatre ans au vu de l'ambiance saine et confortable qui règne dans les lieux.
TOUTE HAUTEUR
Aveugle au nord, peu ouverte au sud, organisée autour d'un plan étroit, la maison devait impérativement gagner en lumière et en amplitude. La plus-value de l'architecte dans sa capacité à travailler dans l'espace est ici évidente. Fanny Perier conserve les percements existants mais abaisse leurs allèges, ce qui augmente l'ouverture sur l'extérieur. Elle protège l'intimité intérieure par des volets brise-vue en acier galvanisé. Des trémies sont découpées dans le plancher en pitchpin pour le rendre le plus aérien possible. Elles permettent de lire le volume habitable dans toute sa hauteur. Chemisée de peuplier, la maison gagne aussi en clarté du fait de la tonalité lumineuse de ce bois. Il est utilisé pour la majorité des éléments de mobilier dessinés sur mesure, comme la bibliothèque qui s'étire jusqu'à l'étage. Une tablette de béton fait office de plan de travail pour cuisiner et sert à ranger nourriture et matériel. Les matières, mises en œuvre dans leur état naturel pour leur qualité première, se révèlent par contraste : le fin veinage du peuplier, le grain épais de l'enduit chaux-chanvre, la minéralité du béton. À l'étage, le cloisonnement est proscrit. Le volume sous rampant est récupéré et les poutres de charpente révélées. Des « barres à vêtements », un support de lavabo et une coiffeuse en bois de platane servent de garde-corps. Dans cet espace où tout est subtil et léger, il semblait incongru de poser un bac à douche maçonné : clin d'œil aux baignoires d'autrefois, l'architecte a dessiné une douche en zinc plié entouré d'un paravent. Elle cache l'accès à une boîte ajoutée contre le pignon originel de la maison, petit nid en belvédère au-dessus de l'atelier. Avec 1,80 mètre sous plafond au plus haut, cet espace sert de couchage d'appoint pour les enfants.
Pari gagné pour la rénovation de cette petite maison où les occupants disent se sentir « comme dans un refuge, un cocon, oubliant l'extérieur quand on en ferme la porte ».
architecte Fanny Perier
www.fannyperier.com
localisation Bordeaux (Gironde)
livraison 2014
bâti d'origine 1920-1930
études 12 mois
travaux 6 mois
surface 85 m2 SP
coût des travaux 94 000 euros HT
matériaux béton de chaux et pierre ponce sur hérisson ventilé (sol maison) / béton de ciment (sol atelier) / laine de bois et enduit chaux chanvre (doublage maison) / PIR 6 cm, carreaux de plâtre et plâtre traditionnel (doublage atelier) / laine de bois et Fermacell enduit (doublage toiture atelier) / lames de peuplier (bardage) / pitchpin (plancher existant) / contreplaqué de peuplier (mobilier) / béton (tables) / zinc pré-patiné (douche) / acier galvanisé (menuiseries extérieures) / métal déployé (volet)
fourniture poêle à bois Jotul

