En 2015, Romain et Astrid font visiter à leurs amis de l'agence TAG un atelier en briques coiffé de trois sheds qu'ils sont sur le point d'acquérir dans le centre de La Madeleine, à la frontière de Lille. Le couple de trentenaires et leurs deux petits garçons habitent déjà un loft dans un ancien entrepôt du même quartier. Ils cherchent à déménager tout en souhaitant retrouver les volumes généreux qu'offrent les édifices industriels. Pour les architectes Clément Devignes, Dominique Lerche et Alexis Wanert, la première étape consiste à demander l'autorisation de transformer le bâtiment en habitation car l'atelier abrite encore une entreprise de menuiserie.
ESPACE INTERMÉDIAIRE
Pour s'adapter au budget de la famille, les architectes proposent que les pièces de vie n'occupent qu'une travée et demi sur les trois existantes. Le reste de l'entrepôt accueille un garage et une cour intérieure. Cet espace couvert et non chauffé sert tout à la fois d'entrée, de jardin d'hiver et de terrain de jeu pour les enfants. « Nous l'avons laissé brut, sans rien cacher ni repeindre », raconte Clément Devignes. Le bâtiment comprend également un local commercial d'une trentaine de mètres carrés, ouvrant sur la rue, transformé en bureau aujourd'hui loué à une architecte. Le salon, la salle à manger et la cuisine occupent le rez-de-chaussée entièrement ouvert de 100 mètres carrés. Le couple souhaite percer de larges ouvertures dans la façade aveugle mais les architectes parviennent à les convaincre de préserver au maximum l'intégrité du mur en briques par souci esthétique et pour éviter les vis-à-vis. Seules deux fenêtres carrées sont créées, afin d'aérer la cuisine et le jardin d'hiver, à une hauteur garantissant l'intimité des habitants. Misant sur un univers protégé, l'agence TAG préfère tourner le logement vers l'intérieur. Ainsi une baie vitrée relie la cuisine et le jardin d'hiver, et le salon donne sur une terrasse-jardinet aménagée au fond du bâtiment après la démolition de la couverture d'une ancienne extension. « Notre volonté était de travailler l'architecture existante avec sa structure métallique particulière, ses sheds et ses briques peintes, comme des qualités à valoriser et à mettre en scène à travers une intervention contemporaine », poursuit Clément Devignes. Si les murs extérieurs sont isolés, le mur mitoyen en briques apparentes est ainsi conservé tel quel. « Nous avons proposé de tout peindre en blanc pour rester simple, contrebalancer la complexité des volumes et travailler sur la lumière », poursuit l'architecte. Une part importante du budget est consacrée à l'installation de verrières en triple vitrage sur un shed et la moitié d'un autre. Sur le reste du toit, les plaques de polycarbonate sont simplement renouvelées.
« NOTRE VOLONTÉ ÉTAIT DE TRAVAILLER L’ARCHITECTURE EXISTANTE AVEC SA STRUCTURE MÉTALLIQUE PARTICULIÈRE, SES SHEDS ET SES BRIQUES PEINTES, COMME DES QUALITÉS À VALORISER ET À METTRE EN SCÈNE À TRAVERS UNE INTERVENTION CONTEMPORAINE . » - Clément Devignes, architecte
BOÎTES EN SUSPENSION
« Au début, Romain et Astrid sont tombés amoureux du lieu mais ils n'arrivaient pas à s'y projeter car ils imaginaient un agencement classique avec la création d'un étage sur toute la travée, ce qui aurait privé le rez-de-chaussée de l' éclairage du shed », explique Clément Devignes. Dans ce volume de 7 mètres de haut, l'agence TAG dispose au-dessus du séjour plusieurs boîtes en ossature bois accueillant les fonctions plus intimes : chambre d'amis, bureau et chambre des parents. Quant à celles des garçons, elles sont implantées dans la travée du milieu. Ce fractionnement des 75 mètres carrés créés permet de laisser passer la lumière naturelle jusqu'en bas. Mais la grosse contrainte technique consiste à contourner la « forêt de poutres et de fermes » métalliques auxquelles les architectes ne peuvent toucher. Ils insèrent donc les nouvelles pièces à différents niveaux. Des escaliers avec des paliers et des ramifications relient ces boîtes entre elles. Deux démarrent du séjour : l'un mène à la chambre d'amis, l'autre au bureau et aux trois chambres des membres de la famille. « Le résultat produit une impression de volumes flottant au-dessus des espaces de vie » , décrit Clément Devignes. Cette solution habile anime le loft en atténuant son éventuelle austérité.
Sans se faire remarquer de l'extérieur, cette habitation participe à la mutation d'un quartier où les maisons alternent avec des édifices industriels en attente d'une nouvelle destination.
architectes TAG Architectes Clément Devignes, Dominique Lerche et Alexis Wanert
localisation La Madeleine (59)
bâti d'origine 1900
livraison octobre 2016
études 12 mois
travaux 9 mois
surfaces habitation 175 m² SP, parcelle 326 m2, surface annexe 102 m2 (jardin d'hiver et garage)
matériaux utilisés acier et ossature bois (structure) / béton quartzé (sol) / épicéa (escaliers et sol) / aluminium (menuiseries)
fournitures poêle Stûv / luminaires Wever & Ducré, Sammode et Petite Friture / cuisine Ikea / robinetterie Zucchetti

