Au coeur d’un jardin autrefois lié au château de Kamenná Lhota, en Bohême-du-Sud, House Oskar s’inscrit dans un paysage chargé d’histoire. Le site conserve les traces d’une grange baroque, de vieux arbres et un mur de pierre qui ouvre la propriété sur un horizon rural d’une grande douceur. « Lorsque ma femme, Jolanta, historienne de l’art, et moi avons découvert ce terrain, nous en sommes immédiatement tombés amoureux. Le genius loci et les vues étaient exceptionnels », raconte l’architecte et propriétaire des lieux, Jan Žaloudek.
Plutôt que de restaurer les murs de l’ancienne grange, Žaloudek les laisse s’éroder, assumant leur rôle de contrepoint brut à l’architecture neuve. « Leur présence inachevée crée un dialogue naturel avec la maison », explique-t-il. Inspiré par la morphologie des fermes locales, le volume reprend la forme allongée des bâtisses traditionnelles, tandis que niches et loggias rappellent subtilement le vocabulaire baroque voisin, ancrant la maison dans son contexte sans céder au pastiche.
Dans ce projet contemplatif, la lumière devient principe directeur. Deux systèmes permettent de moduler son intensité. Le premier est une protection fixe : un mur pignon perforé de centaines d’ouvertures circulaires de 30 centimètres d’épaisseur. En été, lorsque le soleil est haut, cette paroi empêche les rayons de pénétrer dans la maison. En hiver, l’angle plus bas du soleil permet à la lumière de traverser les perforations et de réchauffer naturellement l’intérieur. Le second dispositif est dynamique. Des panneaux de bois ajourés, divisés en segments mobiles, glissent en accordéon devant les baies. Ils filtrent la lumière en une pluie de points diffus. Le soir, le mécanisme s’inverse : éclairés de l’intérieur, les panneaux se transforment en grands abat-jour qui diffusent une clarté douce vers les terrasses et les jardins, prolongeant la maison dans le paysage.
À l’intérieur, la pièce de vie est dominée par une voûte de 7 mètres et un oculus monumental, suggérant une architecture presque liturgique. « Je pense que chaque maison devrait être un temple pour la vie, un endroit où l’on peut accomplir de petits rituels quotidiens en connexion avec quelque chose de supérieur », poursuit Žaloudek. Les murs en stuc blanc, les menuiseries fines et la cuisine en bois courbe, dont l’îlot en granit évoque un autel, accentuent cette dimension sacrée tout en mettant en valeur la collection d’art du couple.
La circulation intérieure se fait en continuité avec le paysage : les grandes fenêtres cadrent la cime des arbres, et les terrasses amènent les pièces vers les ruines et le verger. La maison vit au rythme du soleil et des saisons. « La chambre principale est par exemple orientée à l’est pour que le soleil du matin réveille naturellement ses occupants », précise l’architecte.
Maison d’habitation mais aussi lieu de création, House Oskar, qui doit son nom au compositeur Oskar Nedbal, matérialise la volonté de ses habitants de réunir une communauté d’esprits curieux et sensibles. « Nous souhaitons que nos invités ralentissent et se concentrent sur l’instant présent », confient les propriétaires. Résidences d’artistes, ateliers et événements ponctuent la vie de ce microcosme où architecture, lumière, paysage et art conversent en harmonie, offrant une expérience contemplative du temps et de l’espace.

