© © ANTHONY LANNERETONNE
C'est dans les classes d'un lycée niçois que se rencontrent les deux acteurs de ce projet, Thomas et Pierre. Treize années plus tard, ils se retrouvent à Paris où ils exercent tous deux : l'un est architecte d'intérieur, l'autre avocat. À la recherche d'un pied-à-terre dans le centre de la capitale, ce dernier déniche un deux-pièces totalement vétuste, situé sur l'île Saint-Louis. Sans les conseils de son ami Thomas Housinger, il n'aurait jamais investi ces 19 mètres carrés qui ne paient pas de mine. Recouvert de papier peint des murs au plafond et de moquette rouge au sol, il est sombre et oppressant. D'autant plus qu'il n'y a ni douche, ni toilette, simplement une petite kitchenette. Cependant, l'entrée étroite débouchant sur un petit escalier privé apporte un charme certain au studio. Dès que l'architecte propose de l'ouvrir sur la pièce principale et de l'aménager, son client entrevoit le potentiel du deux-pièces et l'occasion de gagner quelques mètres carrés supplémentaires. Une fois la charpente reprise, le coffrage du faux plafond refait, la moquette et les tapisseries jetées, le plancher déposé, et les canalisations installées, le bien, métamorphosé, fait oublier sa petitesse.
NOYAU AQUEUX
Étonnamment, la salle d'eau est le point de départ de cette rénovation. Sa position centrale et sa visibilité théâtralisent cet objet un peu démesuré par rapport à la surface disponible. C'est donc autour de ce noyau que rayonnent les autres séquences de vie : l'escalier d'entrée (sur lequel donne la douche vitrée), une buanderie et les sanitaires contenus dans un espace clos (un luxe pour un si petit espace), la cuisine, le coin salon avec sa banquette et ses rangements sur mesure en contreplaqué d'eucalyptus, et enfin la chambre, ouverte sur la douche. La boucle est bouclée. Assimilé à une suite parentale, cet espace est simplement isolé par un rideau : après tout, pourquoi clore la salle d'eau quand on habite seul ? Au final, le studio est si bien agencé qu'il en devient un peu hors du commun, à la fois dense et pratique.
«J'ai toujours été bercé par le bleu. dès l'entrée de l'appartement, je voulais que l'on soit imprégné par cette couleur qui fait référence à la méditerranée et au ciel de Nice. je voulais qu'il y ait cette force-là.» Thomas Housinger, architecte d'intérieur
FAIRE ENTRER LE SUD
Adepte de la plage de Roquebrune-Cap-Martin où il allait se baigner petit, l'architecte d'intérieur s'inspire du révolutionnaire Cabanon conçu par Le Corbusier, et de l'exceptionnel paysage alentour, en employant bois, couleurs primaires, miroirs et toutes ses techniques d'optimisation navales. « C'est normal qu'autant d'artistes, de poètes, et d'architectes s'inspirent du Sud. Il y règne une atmosphère, une lumière particulière et singulière qui n'existe pas forcément dans une autre partie du monde. Il y a beaucoup de choses à y puiser », explique-t-il avec fascination. Comme un hommage à sa terre natale, il multiplie les clins d'œil, notamment par la couleur. Dès l'entrée, le visiteur est baigné dans le bleu Klein : écho à la mer, au ciel et au fameux artiste niçois. Ensuite, le sol en vinyle blanc évoque les falaises calcaires et le jaune dans la chambre : l'acidité, les agrumes, le soleil et la lumière souvent dorée de la fin de journée. Cette inspiration sudiste, la multiplication des éléments sur mesure, des matériaux et les ruptures chromatiques créent une richesse donnant à ce logis une impression de grandeur et de chaleur. Merci à cette rénovation sur mesure « un peu hors contexte par rapport à l'île Saint-Louis », comme s'en amuse Thomas Housinger.

