© © Takuji Shimmura
Ce nouvel équipement emblématique est implanté sur l’île de Nantes, vaste quartier de 340 hectares situé au cœur de la métropole ligérienne en profonde mutation depuis une quinzaine d’années. Ce morceau de ville garde aujourd’hui les traces historiques et géographiques d’un assemblage composite : faubourg au centre, anciens chantiers navals à l’ouest et quartier résidentiel et tertiaire à l’est.
Un programme ambitieux
D’une capacité d’accueil de 1 600 élèves, l'établissement scolaire propose un enseignement général, un pôle de formation technologique pré-bac et post-bac, ainsi qu’un pôle de langues vivantes avec des sections européennes, internationales et français langue étrangère. Outre le lycée, la commande du maître d’ouvrage comprenait deux gymnases mutualisés avec la ville de Nantes, un internat de 160 lits, un espace de restauration, quatre logements de fonction et une salle polyvalente partagée avec l’Orchestre des Pays-de-la-Loire. Face aux quatre autres finalistes du concours, la réponse urbaine et architecturale de l’agence parisienne François Leclercq l’a emporté pour la simplicité de son concept : intégrer tous les éléments du programme dans un seul bâtiment très dense. En effet, la mitoyenneté des trois pôles – enseignement, sport et hébergement – permet d’économiser des parois froides et d’atteindre les objectifs fixés par la démarche BEPOS, imposée par le cahier des charges.
En chantier
La halle tout en longueur aux imposantes dimensions (45 mètres par 265) interroge. Au premier abord fermé sur son environnement extérieur, ce vaisseau industrieux à la trame rationnelle est une référence aux chantiers navals présents historiquement dans le quartier. À l’intérieur, l’agréable et lumineuse nef arpentée au fil des heures par les jeunes gens, est saisissante. Pour s’affranchir des contraintes de pollution dues aux activités passées et des risques d’inondations, le bâtiment est sur pilotis. Au-delà de la forme compacte, l’implantation nord/sud optimise la récupération des calories à travers les baies, la production énergétique en toiture et une protection thermique efficace en été.
« La géométrie et l’orientation ont été pensées pour privilégier une ventilation naturelle, en particulier dans le volume tempéré de l’atrium, qui n’est pas chauffé. Cela permet par ailleurs de diminuer les déperditions des salles de classe », détaille Anne Carcelen, architecte du projet.
La rue intérieure, couverte par une grande verrière, est également un espace de convivialité où il faut maîtriser la réverbération. Le système qui piège le son est aussi efficace que beau : des lames de chêne à claire-voie associées à une cavité à l’arrière de la vêture, une toile de jute et une laine minérale qui atténuent différentes fréquences. Les planchers mixtes bois/béton apportent une autre solution phonique intéressante : le fond de coffrage « gagné » consiste en un caisson isolé avec une sous-face visible perforée pour améliorer la correction acoustique des salles de classe.
L’usager maître de son confort
La responsabilisation des usagers a fait l’objet d’une attention particulière. « Nous avons voulu rendre l’utilisateur acteur de son confort en favorisant l’ouverture volontaire des fenêtres lorsque les conditions climatiques sont favorables. L’objectif des 60 % de ventilation naturelle, donc de la limitation des consommations d’énergie dues à la soufflerie, est réalisée en partie par les usagers », explique Anne Carcelen. Chaque personne se voit confier un livret d’accueil expliquant les bons réflexes à développer, notamment sur la manipulation des occultations. Car chacun possède des leviers d’action. La région Pays-de-la-Loire finance pour deux ans un accompagnement spécifique pour l’exploitation du lieu, notamment sur la vérification des objectifs énergétiques et de confort, en tenant compte à la fois des mesures de température et du ressenti des lycéens et du personnel. Les premiers résultats seront connus dans un an. Sans les attendre, nous aurions presque envie de revenir à l’école !
Œuvre d’art totale
Démarche très rare dans la conception d’un bâtiment, le maître d’ouvrage s’est fait accompagner par l’association via (Valorisation de l’innovation dans l’aménagement) pour la conception et la réalisation du mobilier de l’internat. La proposition devait prendre en considération les nouveaux comportements et l’évolution des postures et des circulations. La jeune architecte-designer Bina Baitel, retenue parmi trois candidats, a proposé un concept basé sur la multifonctionnalité des espaces privés et sur un zonage calme/actif du pôle hébergement, réservé aux élèves de l’internat. La cuisine du foyer est séparée du salon par des canapés à dossier très haut. Les allèges des baies vitrées invitent à se retrouver entre amis ou à contempler simplement l’environnement proche. Quant à l’aménagement des chambres, il peut s’adapter à plusieurs scénarios : étudier, se reposer et inviter des amis. Le lit avec éclairage intégré peut être converti en canapé ou méridienne, la table de chevet en table basse et le rangement sous le bureau en tabouret grâce au coussin qui le recouvre. Et pour s’adapter aux nouvelles technologies, une tablette permet de visionner des dispositifs multimédia, allongé sur le lit. En concertation étroite avec l’agence François Leclercq et les futurs usagers, un soin particulier a été porté aux matériaux et aux couleurs du mobilier. Les teintes chaudes et le recours au textile et au bois procurent une ambiance familiale.

