© © Bruno Comtesse
À quelques encablures du parc des Buttes-Chaumont dans le 19e arrondissement de Paris, l’agence RMGB vient d’écrire le nouveau chapitre d’un lieu ayant eu plusieurs vies. Cette ancienne usine de papier à cigarettes fut d’abord transformée en garage, puis, de façon malhabile, en habitation. Les nouveaux propriétaires sont, comme souvent, des amis d’amis des architectes qu’ils chargent de repenser leur futur loft. Respectivement chef cuisinier et styliste de mode, ils souhaitent une pièce de vie spatialement généreuse, mais aussi conserver l’esprit industriel du lieu qui a guidé leur achat. Peu concluants, les travaux précédents avaient échoué à créer un étage fonctionnel et réellement praticable.
Face à ce constat, Baptiste Rischmann et Guillaume Gibert décident au préalable de mettre à nu le volume existant pour n’en garder que l’enveloppe.
Le second acte consiste à modifier la structure métallique en place afin de libérer le niveau supérieur de ses contraintes techniques. Ainsi, le rez-de-chaussée (cuisine, salon, salle à manger) prend la forme d’un grand espace ouvert en double hauteur. De part et d’autre de l’escalier en métal laqué se trouvent la chambre d’amis (transformée depuis en chambre d’enfant), une salle de bains, les toilettes et un bureau. La suite parentale et un second bureau occupent quant à eux l’étage qui, comme le reste de l’appartement, profite largement de la lumière naturelle grâce à la verrière zénithale et aux grandes baies vitrées. Malgré sa taille restreinte, la petite entrée existante couleur rouille a été conservée pour son caractère manufacturier et pittoresque témoignant de l’histoire des lieux. Ce seul accès était néanmoins suffisant lors des travaux, les éléments de menuiserie et de charpente métallique ayant été assemblés sur place. Quant au jardin-terrasse, ancienne friche peu utilisée, il a été entièrement remodelé pour l’occasion. La mission confiée aux architectes allait au-delà du gros œuvre, puisqu’ils avaient aussi la tâche de dessiner certains éléments de mobilier comme les modules en Corian® terrazzo, les meubles-vasques des salles de bains ou la cuisine en Koto (Pterygota). La crédence en carrelage est quant à elle traitée comme un tableau, apportant une touche picturale à cet espace fonctionnel. Le caractère brut de cette ancienne usine (sol en béton ciré, murs blancs, charpente industrielle) est ainsi contrebalancé par des éléments plus narratifs qui s’expriment par le choix du mobilier, mais aussi des matières mises en œuvre : habillage en triplis de pin blanchi, papiers peints expressifs, tapis graphiques ou encore tôle perforée des caissons qui dissimulent la technique.
► Article paru dans le Hors-série 34 spécial Créations françaises

