© © Michel Denancé
Il y avait tant d'ambiguïté ici ; entre le besoin de créer de l'activité sans précariser celle déjà installée, entre le devoir de mettre les lieux aux normes et des moyens n'en autorisant que l'adaptabilité, entre la tentation d'attirer le chaland et l'évidence de la nécessaire préservation d'un très beau paysage. Absorbée aujourd'hui, tant le site est clarifié, ouvert, lumineux, accueillant et fonctionnel.
En 2010, lorsque la Communauté de Communes Rahin et Chérimont acquiert l’enclave, l’enjeu est ailleurs ; il s’agit alors de préserver les 200 emplois de cette usine de sous-traitance automobile, qui occupe la filature depuis 1992 et a décidé de déménager. En échange du rachat de l’ensemble, elle restera sur la commune et s’installera dans la zone d’activité en cours de développement. Après la signature, l’établissement public emménage dans ses murs, dans la maison du directeur située à l’entrée principale à l’ouest, un bâtiment élégant en pierre rénové pour l’occasion. Et s’il n’y a jamais eu de doute quant à la possible réhabilitation du site, il fallait dérouler un programme suffisamment dense pour en garantir l’efficience et à la diversité soignée pour adresser tous les publics. Ce sont des projets dans les cartons, déjà montés et financés mais sans site, qui en constitueront la base, et notamment le gymnase et les studios de répétition. Le programme se précise par la suite, avec tous les acteurs du territoire – dont le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, qui sera un moteur enthousiaste –, et les architectes.
L’objectif est de proposer des services aux entreprises et aux personnes dans les domaines du sport, de la culture, des loisirs et du tourisme aussi ; car, au pied de l’illustre chapelle Notre-Dame-du-Haut, construite ici en 1955 par Le Corbusier, les touristes ne font que passer.
Et ce ne sont pas moins de onze programmes qui seront élaborés, avec onze budgets indépendants et onze maîtres d’ouvrage différents ; un gymnase et des studios de répétition donc, ainsi que des ateliers pour artisans, un fablab, un espace de coworking, une cuisine centrale, une halle publique, une galerie d’exposition, une micro-brasserie… De la complexité encore, qui s’ajoute à des budgets plus que serrés, un grand site enclavé de 12 hectares dont 9,2 sont couverts, un patrimoine industriel bricolé et vulnérable, au cœur d’une prairie délicate à reboiser, au pied des contreforts des Vosges Saônoises. Alors, l’architecte sera guidé par l’état du lieu, la parfaite compréhension de sa formation sur plus d’un siècle et demi, l’attention à toutes les réparations, à tous les ajouts, à ses défauts et qualités, qui a décidé de « faire avec » et « d’inscrire le projet dans la continuité des mutations qui l’ont modelé ». (...)
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