© Maison <i>Cube 45 (1) </i> © Antoine Mercusot
Dans leur agence BM architectes, Stéphane Béranger et Fabrice Morandi font le choix du bois dès les années 1990. « Il y a des entreprises familiales, une pérennité dans le savoir-faire, des artisans mieux formés qu’en maçonnerie », expliquent-ils. Avec la préoccupation environnementale grandissante des années 2000, leurs commandes se multiplient. Pour gérer le passage de la réalisation de cinq à vingt maisons par an, ils réfléchissent à la préfabrication.
Une longue genèse
« Les expériences des années 1950, comme celles de Jean Prouvé, ont démontré que l’on pouvait continuer à faire de l’architecture avec des éléments usinés », rappellent-t-ils. Ils prennent donc le temps d’adapter leur vocabulaire technique aux contraintes de l’industrie et en 2005, soumettent un cahier des charges à des entreprises françaises importantes en leur demandant d’intégrer trois phases : le bureau d’études, la production et la pose. Fin de non-recevoir, à cause du trop faible volume. Ils se rendent alors en Suisse, en Allemagne et en Autriche, où les professionnels sont rodés à ce type de projets, mais dont les coûts restent trop élevés pour le marché français. Après un voyage aux États-Unis, Stéphane Béranger et Fabrice Morandi s’accordent finalement avec des Canadiens. Ils réalisent trois maisons avec eux mais leur importation revient trop chère, sans parler de l’importance du bilan carbone. Mais, déstabilisés par la crise de 2008, les industriels français les rappellent pour travailler avec eux. Dès lors, toutes les maisons imaginées par l’agence sont préfabriquées dans l’Hexagone. Rapidement, le désir de proposer une architecture contemporaine accessible à un plus grand nombre, les oriente vers la série. So’Bois naît en 2010 avec des solutions reproductibles et adaptables à partir de 2 000 euros TTC par mètre carré.
Une approche holistique
L’une des principales sources d’économie : la rapidité et le peu de main-d’œuvre nécessaire au moment du montage. Si bien que la même maison construite en six mois au lieu de douze coûte moins cher à son propriétaire, si l’on prend en compte les loyers ou le crédit relais. Tout est beaucoup plus facilement cadré que dans un chantier traditionnel puisque les intervenants et les prix sont connus en amont. « Plus la chaîne de valeur est globalisée et maîtrisée, plus le résultat est bon », insiste Stéphane Béranger. Actuellement, So’Bois travaille avec l’entreprise Charpente Cénomane, bénéficiant d’un personnel qualifié de A à Z. « La préfabrication permet de concevoir des maisons proches du zéro défaut », poursuit-il. En fermant les solutions, ils sécurisent le projet et évitent les atermoiements des clients en cours de route – habituelles sources de dépassements. Cependant, pour ne pas tomber dans l’offre catalogue des constructeurs, l’agence BM, en Île-de-France, et des architectes partenaires dans les autres régions, accompagnent les maîtres d’ouvrage afin d'ajuster le modèle au programme, de l’implanter dans son environnement et de suivre le chantier. De quoi rassurer les potentiels clients car « la préfabrication est encore mal perçue par les particuliers : elle convoque l’image de bâtiments de mauvaise qualité », déplore Stéphane Béranger.
Compactes
Contacter So’Bois au début de la recherche du terrain s’avère plus judicieux pour choisir un lieu compatible avec les maisons au niveau des règles d’urbanisme, des dimensions et de l’accès. Dans des zones urbaines et résidentielles, où la taille du foncier réduit un peu plus chaque jour, leur modèle phare Cube 45, avec une emprise au sol de 90 mètres carrés, nécessite par exemple d’être installé sur un terrain de 350 mètres carrés minimum. Conçue pour un contexte rural et un Plan local d’urbanisme moins permissif, la Pente 45 réclame une parcelle d’au moins 600 mètres carrés. Prenant en compte les questions de densification, tous les bâtiments proposés comportent une face aveugle réservée à un éventuel mitoyen. La pièce Plus, une mezzanine transformable en chambre, permet d’adapter la maison à l’évolution de la famille sans toucher à son enveloppe et donc à sa performance thermique. À chaque modèle, correspondent 450 planches de détails destinés à faire disparaître au maximum la technique. « La préfabrication ne se voit plus. Grâce aux Canadiens, nous avons appris à cacher les assemblages dans les parois. » En revanche, les fenêtres systématiquement placées dans les angles ne sont pas complètement convaincantes, ni les 2,40 mètres sous plafond correspondant aux ouvertures toute hauteur proposées sur le marché. De plus, contraint par des solutions pré-étudiées, le client a peu de marge de manœuvre : choix des équipements, revêtement extérieur – composite bois-ciment, bac acier ou bois – et coloris.
Efficacité thermique et environnementale
La performance de la paroi constitue l’un des principaux atouts de So’Bois. Si bien que ces maisons à faible consommation sont parfaitement conçues pour répondre à la RT 2012. Leur approche mise sur ce que Stéphane Béranger appelle « une architecture de bon sens ». Plus low-tech que high-tech, elle suit une logique bioclimatique : compacte, bien isolée et orientée, avec une façade largement ouverte au sud tandis que les autres sont très fermées pour éviter les déperditions thermiques, quitte à priver un peu les habitants de lumière naturelle... Un débord de toiture et des brise-soleil orientables connectés à un détecteur solaire assurent le confort d’été. Le bois utilisé possède les labels FSC et PEFC, et provient de France de 60 à 70 %, en attendant que la filière soit mieux organisée pour atteindre les 100 %.
Jusqu’à présent, seules cinq maisons So’Bois ont été construites, toutes en Île-de-France. « L’innovation en matière d’habitat est un handicap dans notre pays et nous ne pouvons pas trouver le volume dans le marché sinistré d’aujourd’hui », constate Stéphane Béranger. Comme moteur de développement, ils viennent donc de créer So’Bois 2, des solutions clés en mains pour des promoteurs et bailleurs sociaux. « Nous allons bientôt pouvoir commercialiser vers les particuliers une offre destinée aux professionnels : des maisons plus petites, d’environ 65 mètres carrés, pour un prix situé entre 150 et 180 000 euros. » À suivre donc.

