© © Géraldine Bruneel
Les programmes dédiés à l'enfance convoquent souvent l'empathie et une attention toujours particulière de la part des concepteurs tant sont prégnants la fragilité à accueillir et à protéger, l'éveil à susciter et à encourager.
D'autant plus ici pour les architectes de l'agence Kalus Roussel, dont le maître d'ouvrage œuvre pour les plus démunis depuis plus d'un siècle. Créée en 1906 par Marie de Miribel (1872-1959), résistante, infirmière et femme politique, avec l'ouverture d'un dispensaire dans le quartier de Charonne, la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon a pour mission de répondre aux besoins sanitaires et médico-sociaux des personnes vulnérables, de la naissance à la fin de vie, par l'accueil, l'accompagnement et les soins.
Dans le 18e arrondissement de Paris, rue Vauvenargues, au nord du cimetière de Montmartre, la parcelle biscornue en forme de V est accessible via le porche d'un élégant immeuble d'habitation, surplombée d'autres atteignant jusqu'à huit étages et mitoyenne de volumes plus bas d'un à deux niveaux. L'occupaient une blanchisserie vétuste, son ancienne cheminée en brique rouge et quelques édicules ajoutés ; à la demande des riverains, la volumétrie préexistante devait être conservée afin de témoigner du passé artisanal du quartier, et, par là même, mine de rien, limiter la nouvelle en hauteur et en emprise. Quant au programme, il prévoyait la construction d'une crèche multi-accueil de 120 bambins, ainsi qu'un accueil de jour et de soins pour familles fragilisées. Entre les contraintes physiques du site, les réglementations de sécurité et d'hygiène drastiques réservées à ce type d'équipement, les exigences programmatiques, la nécessaire dépollution des sols, le comblement de poches de gypse antédiluvien à 65 mètres et la mise en œuvre de fondations profondes, tout cela dans un délai strict de 30 mois, Christine Kalus et Philippe Roussel se sont aussi fixé comme objectifs louables d'aérer le cœur d'îlot, d'amener le plus de lumière possible et de développer de généreux espaces extérieurs.
Alors, l'architecte se fait ici artisan, patient et minutieux, ne pouvant s'appuyer sur aucune recette ni aucun standard. Et tout l'esprit du projet se retrouve dans le nom de baptême du lieu, Villa Vauvenargues, avec tout ce que cela induit de capacité accueillante, de domesticité, de confort et d'espace. Dans l'axe d'entrée du porche, une venelle végétalisée longe la première halle, qui se présente par son pignon ; perpendiculairement à celle-ci et occupant le fond de parcelle, la deuxième halle se glisse derrière la cheminée conservée avant d'être prolongée par un troisième volume, qui vient épouser les limites parcellaires est. Si ce dernier est réalisé en maçonnerie traditionnelle, les deux autres ont été conçus en murs maçonnés, structure poteaux-poutres bois, charpente à fermes de 12 mètres de portée et planchers bois. Largement visibles à l'intérieur, les éléments structurels rappellent eux aussi le passé récent du site tout en réchauffant l'atmosphère. L'ensemble générant une cour centrale, paysagée, sur sol synthétique, un préau et un jardin suspendu accessible par un escalier et une passerelle.
Les architectes ont ainsi créé du sol supplémentaire, si précieux dans un contexte urbain aussi dense, en compactant le programme et en rendant exploitable le toit-terrasse de l'accueil de jour.
Ce qui leur a également permis de séparer les petits, qui occupent le rez-de-chaussée, des moyens et des grands, installés à l'étage. Parfaitement indépendantes via leurs distributions et accès dédiés, les deux entités forment un ouvrage homogène, matérialisé par l'exquis traitement des façades. En écho aux couleurs rouges des briques de la cheminée, le socle est bardé de cuivre et prolongé au sol par un revêtement de même tonalité. Tout en contraste et en lumière, l'étage et les pentes de toitures sont habillés de tuiles terre cuite plates à recouvrement de différentes nuances de blanc et de crème. Qui, en réfléchissant les rayons du soleil, éclairent tout le cœur d'îlot, sans aveugler. Et c'est là que le projet prend une dimension urbaine malgré sa petite échelle et son invisibilité depuis la rue, dans la pérennité de matériaux bruts mis en œuvre à dessein.
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