État des lieux
Dans la cour d’un ancien hôtel particulier parisien de la seconde moitié du XVIIe siècle, Hubert et Anne-Claire découvrent l’ancienne cuisine d’un appartement situé juste au-dessus, restée figée dans le temps depuis près de soixante-dix ans. Récemment et définitivement séparée du logement principal, elle offre un espace atypique et plutôt restreint – 24 mètres carrés –, mais chargé d’histoire, puisque 300 ans plus tôt elle accueillait les chevaux de la maisonnée. Séduits, les acquéreurs imaginent la transformer en studio fonctionnel, mission confiée à l’architecte Anne Rolland qui a déjà réalisé un projet dans l’immeuble qui correspond bien aux attentes du couple. Le programme consiste à redessiner le volume entre les anciens murs, tout en délimitant trois nouveaux espaces de vie : une vraie chambre, une salle de bains et une cuisine ouverte donnant sur séjour.
Réponse de l’architecte
Une fois les gros travaux terminés – dépose de l’ancien escalier d’accès à l’étage et reprise du plafond pour fermer le parallélépipède –, Anne Rolland propose un aménagement intérieur astucieux et soigné. En conservant la matière à l’état brut, elle révèle le mur d’origine dans toute son authenticité et met au jour un passé de pierres de taille et de briques qui vient border dans sa longueur la surface habitable. L’emplacement des fenêtres, remplacées à l’identique, trace une ligne imaginaire qui délimite l’espace intime du coin séjour. Côté porte d’entrée, la cuisine, en partie encastrée, épouse tout un pan de mur, à la place de l’ancien escalier. En face, l’architecte dresse un meuble-cloison multifonctionnel semi-ouvert donnant ainsi une sensation de profondeur et laissant la lumière naturelle et le regard circuler librement. Prolongé par une porte coulissante, il ouvre sur une salle d’eau de bonne taille et à l’équipement moderne. Attenante, la chambre est quant à elle subtilement mise à l’écart sur une estrade qui dissimule en son sein des rangements : marches-tiroirs et trappes. Surprise ! Une fosse à purin tombée aux oubliettes est découverte au sous-sol au cours du chantier de démolition, offrant ainsi une pièce supplémentaire, éclairée par un petit puits de lumière ouvert dans le sol du séjour.
Détails
Bien qu’empreint de l’histoire de l’édifice, le studio affirme une identité propre. Contreplaqué nordique pour le mobilier, murs blancs immaculés, pierres et briques apparentes se lient dans un camaïeu de teintes et de matières douces. En contrepoint, Anne Rolland agrémente sol et mobilier de teintes vives, dans un esprit bistrot façon Belle Époque. Des carreaux de ciment aux motifs floraux rythment ainsi l’espace, résonnant avec le rouge brillant utilisé dans la cuisine et le carrelage terre cuite brute dans la salle de bains. Pratique et fonctionnel, sculpté avec soin et même trois-en-un, le meuble-cloison renferme un bureau, des tablettes, des étagères et une penderie. Une suspension lumineuse est installée au-dessus de la dalle de verre, pour mieux révéler la double-cave voûtée en pierres, trouvaille inattendue de ce chantier.

