© PHOTOGRAPHIES Maxime Verret
Le nouveau parcours fluide et lumineux du musée national de la Marine s'appréhende au mieux après un bref retour sur l'histoire de l'écrin d'accueil du projet. Celui-ci n'en est pas à sa première transformation : inscrit dans la pente de la colline de Chaillot dans le 16e arrondissement de Paris, le palais du Trocadéro avait été imaginé par les architectes Gabriel Davioud et Jules Bourdais pour l'Exposition universelle de 1878. Inspiré du style mauresque et néo-byzantin, il fut souhaité plus monumental et moins ornementé afin d'accueillir l'Exposition universelle des arts et techniques de 1937. Désigné pour cette rénovation, le trio d'architectes Léon Azéma, Jacques Carlu et Louis-Hippolyte Boileau refusa le seul camouflage de la construction et en opéra une métamorphose spatiale grâce à un épaississement de ses longues ailes courbes. Désormais, celles-ci se déploient de part et d'autre de l'esplanade du Trocadéro, créée à l'occasion pour glorifier la vue sur la tour Eiffel. Le musée de l'Homme s'implantait dans l'aile ouest de l'édifice, rebaptisé palais de Chaillot -il en occupe toujours les deux tiers de la surface. En 1943, le musée national de la Marine investissait la partie restante. Non dénué du « charme de l'ancien », celui-ci nécessitait une profonde remise aux normes et se trouvait être la dernière institution culturelle du palais de Chaillot à passer à l'action.
« RÉFÉRENCE AUX FORMES ORIGINELLES ET MÉTAPHORE ASSUMÉE AVEC LE MOUVEMENT NATUREL DE L'EAU, L A COURBE EST PARTOUT. »
Les contraintes de départ étaient assez drastiques, comme l'explique Antoine Santiard, architecte de l'équipe h2o : « Le musée était intro verti, cloisonné et, de plus, imbriqué avec le musée de l'Homme lequel, pour sa propre transformation, avait épuisé les possibilités porteuses de l'édifice. » Quel état restituer ? Comment réinterpréter les lieux ? Telles sont les questions qui ont guidé la conception du projet, dont la première étape fut un sévère diagnostic de réhabilitation. Certains bétons étaient carbonatés, d'autres présentaient une mauvaise répartition des granulats et des tenues au feu insuffisantes, plusieurs murs étaient dépourvus de fondations, rendant impossible l'introduction de charges pour des surfaces supplémentaires. L'existant fut donc consolidé par des reprises en sous-œuvre. La charpente métallique de la galerie Davioud fut également renforcée par des plats moisés, tandis que de nouvelles fermes légères augmentaient la résistance du dispositif. Dans cet objectif, il fallut déposer les voûtes existantes en staff, lesquelles furent remplacées par de nouvelles cloisons ménageant un vide afin d'accueillir les réseaux techniques sans perturber la continuité retrouvée de la galerie courbe. Étirée sur 150 mètres, cette dernière accueille les expositions permanentes sur deux niveaux, en rez-de-chaussée et rez-de-jardin. La réouverture de la trémie d'un escalier historique datant de 1878 permet désormais de déambuler selon un parcours libre en boucle qui prend une nouvelle dimension à son extrémité, dans le pavillon d'About : un oculus de 4,5 mètres de diamètre, figurant dans les plans de Davioud mais qui n'avait jamais été réalisé, a été mis en œuvre. De triple hauteur, il est une charnière visuelle et lumineuse entre les différents niveaux et permet d'exposer de manière spectaculaire la poupe en bois doré de la galère La Reale, construite sous le règne de Louis XIV.
Référence aux formes originelles et métaphore assumée avec le mouvement naturel de l'eau, la courbe est partout : elle marque le tracé au sol et le comptoir de billetterie, tous deux en bois, dans le hall d'accueil. Baigné de lumière, celui-ci articule stratégiquement le musée et les espaces annexes, accessibles par un escalier sculptural en hélice. Cet espace central irradie d'autant plus qu'on y accède après avoir traversé un premier vestibule sombre tapissé de parois métalliques calaminées et dont l'éclairage de plafond évoque les constellations du ciel. Deux nouveaux espaces en mezzanine augmentent la surface totale de 500 mètres carrés et présentent, eux aussi, d'élégantes parois galbées en verre sérigraphie à l'image d'une écume blanche. Leur ossature en profilés métalliques HEB/HEM, intégrant un bac collaborant pour le plancher, est rendue possible par la consolidation de la structure originelle du palais de Chaillot. Côté jardin, les grandes baies de la galerie Carlu ont été rouvertes pour accueillir sous la lumière naturelle les expositions temporaires, un auditorium, un restaurant, le foyer, l'administration et des salles de séminaires. La transformation des lieux est à la hauteur de la collection qui comprend des pièces extraordinaires, comme les tableaux de Joseph Vernet (1714 - 1789) ou les modèles de bateaux du XVIIIe , restaurés pour l'occasion. La nouvelle architecture permet en parallèle d'accueillir une programmation repensée, connectée aux crises écologiques, politiques, migratoires, ainsi qu'aux événements maritimes plus festifs comme les grandes courses. Il est toutefois bien dommage que l'intégrité du projet architectural ne soit entachée par une scénographie bien trop envahissante, cloisonnant les volumes que le duo Snøhetta et h2o ont pourtant restitués dans leur pureté originelle.
Les architectes se sont appuyés sur la logique d'origine du palais du Trocadéro, dont le plan masse est une longue aile courbe tandis que la coupe de la galerie présente un profil en arche. La courbe est ainsi très présente dans le dessin des nouveaux éléments, comme pour le nouvel escalier d'accès au premier niveau.
Sous la verrière, des éléments fins tamisent la lumière et rappellent les nervures de charpente en bois des anciens bateaux. Dans la galerie Davioud, deux nouvelles mezzanines, dont les parois sont en verre courbe toute hauteur, ont permis d'augmenter la superficie du musée de 500 mètres carrés.

