© L'emploi d'un matériau unique, le contreplaqué de bouleau, donne fluidité et cohérence à l'espace.
En plein quartier de la Butte aux Cailles – charmante parenthèse très « village » au cœur de la Capitale –, Gil souhaite donner toute son indépendance au petit studio qui communique avec son propre logement. Lecteur d’Architectures à vivre, il contacte l’architecte et designer Paul Coudamy, séduit par l’une de ses réalisations1 : une micro surface métamorphosée grâce à une structure mobile rouge écarlate. Il n’est pas encore fixé sur la destination des lieux : location saisonnière, longue durée ou accueil de la famille ? Peu importe, il avisera plus tard. La mission est simple : outre la condamnation de l’accès à la maison principale, il s’agit d’optimiser l’espace et les apports de lumière, rez-de-chaussée sur rue étroite oblige. Malgré ses 31 mètres carrés cloisonnés, une cuisine aveugle et un vieux puits de lumière poussiéreux et peu utile, le lieu ne manque pas d’atouts, notamment une hauteur sous plafond de près de 3,20 mètres. Le budget n’est pas illimité. Et contre toute attente, Paul Coudamy prend le parti (et le risque) de travailler à l’économie sur l’aménagement proprement dit, afin de consacrer une partie non négligeable de l’enveloppe à la création d’un luminaire sur mesures, pièce maîtresse du projet, et réponse des plus originales à la contrainte principale de l’endroit.
Redistribuer et Unifier
Sans que ne soient déplacés les réseaux d’eau et d’électricité (un poste coûteux dans toute entreprise de rénovation), la disposition des lieux est revue. Les cloisons sont abattues : celle de l’entrée, une autre légère et une porteuse, qui séparait à l’origine la chambre du minuscule espace à vivre. En lieu et place de la cuisine, désormais ouverte et déplacée contre la salle de bains, la zone nuit, close à mi-hauteur par une penderie, est installée sur une grande estrade, ménageant ainsi un immense rangement sous le lit, Gil tenant à ce que l’on puisse y caser un vélo et deux planches de surf ! Condamné, l’accès au logement des propriétaires devient une niche bibliothèque. Le vieux puits de lumière est transformé en espace de stockage, permettant, par la même occasion de caser le chauffe-eau. Malgré la petitesse de la surface, la pièce à vivre porte enfin bien son nom, chaque mètre carré est on ne peut plus fonctionnel, et le traitement uniforme des surfaces renforce la sensation d’espace.
Partout, qu’il s’agisse des rangements, des éléments de cuisine ou du cloisonnement, Paul Coudamy choisit de n’utiliser qu’un seul matériau : le contreplaqué de bouleau, simplement verni pour s’accorder à la teinte du parquet d’origine poncé et huilé. L’électroménager est intégré, disparaissant du paysage intérieur créé. Tout repose ensuite sur le dessin : de la forme des tablettes à celle du plan de travail de la cuisine, rien n’est droit, donnant une joyeuse dynamique au lieu.
Éclairer
Paul profite de la grande hauteur sous plafond pour faire flotter une masse lumineuse au dessus de toute la pièce à vivre. Surnommée Nuctale – contraction des mots nuage et fractal –, inspirée des voiles de bateau, elle est pensée comme une gigantesque sculpture (près de 5 mètres de long !). Pour l’architecte, « donner vie au plafond est un moyen de dynamiser l’espace et de lui conférer son identité, son originalité. » Toute la structure, fabriquée semi artisanalement, est mobile, composée de 76 triangles de PMMA, articulés entre eux grâce à une poulie directement empruntée à l’univers de la navigation ! « Les winch de bateau servent à faire varier la hauteur du milieu de la structure, et cela modifie toute la forme du luminaire », explique Paul Coudamy. De plus deux variateurs séparés permettent de régler très finement l’intensité lumineuse. Ou comment créer un maximum d’effet avec finalement peu de matière ! Et comme une belle collaboration ne s’arrête jamais en bon chemin, l’architecte s’est déjà attelé à la restructuration de la maison de campagne de Gil, ainsi que de ses locaux professionnels ! Quand on vous disait qu’Architectures à vivre est à l’origine de belles rencontres…
(1) Voir Architectures à vivre n° 68.

