© © Kevin Dolmaire
Révéler la permanence du lieu
La ville de Chalon-sur-Saône a un passé industriel remarquable qui se déroule sur plus d’un siècle et demi. L’ancien Moulin, inscrit au titre des monuments historiques, est le dernier témoin de la construction et de l’activité du site de la Sucrerie Blanche. Il raconte une histoire économique mais aussi politique, commerciale, géographique, technique et bien sûr architecturale. L’édifice est maintenant réhabilité de façon douce et respectueuse, agrandi d’une extension simple et sobre qui reste en retrait, et mis en scène par une grande terrasse surélevée faisant office d’écrin au bâtiment historique. Aujourd’hui, le Moulin se réinvente une nouvelle fois au service de l’industrie 4.0. Son programme fait converger l’enseignement supérieur, la recherche et les entreprises locales autour d’une grande plateforme qui rassemble les techniques innovantes de l’imagerie virtuelle.
L’image, de la photographie à la visualisation 3D, une particularité chalonnaise
Chalon-sur-Saône a un rapport privilégié avec l’image. Berceau de la photographie et ville natale de son inventeur, l’ingénieur Nicéphore Niepce, la ville possède un musée de l’Histoire de la photographie. Tandis que dans les années 60, une usine Kodak employant 3000 salariés s’est implantée à Chalon sur un site de 80 hectares.
Le Grand Chalon, à l’initiative de la réhabilitation de l’ancien Moulin, a impulsé une nouvelle dynamique autour de l’image et des maquettes virtuelles. « L’Usinerie » développe sur 4 000 m² ses domaines d’expertises autour de la réalité virtuelle et augmentée, l’intelligence artificielle, la robotique et cobotique, la cybersécurité, la fabrication additive et le big data. Trois grands acteurs sont réunis dans cette plateforme : les Arts et Métiers de Chalon-sur-Saône et leur laboratoire de recherche et développement Lispen ; le Conservatoire National des Arts et Métiers Bourgogne Franche Comté et l’Usinerie Partners, une société d’économie mixte ayant pour vocation d’accompagner les porteurs de projets.
Le programme rassemble des espaces d’accueil, des lieux de rencontres et d’événements, des bureaux, salles de réunion, salles de cours mais également des grands plateaux techniques, des ateliers et des laboratoires dont un entièrement occupé par le « Blue Lemon », une salle d’immersion virtuelle.
L’ancien Moulin réhabilité
L’ancien Moulin est la permanence du site, la porte d’entrée, le cœur du projet autour duquel tout s’organise. L’intérieur permet une partition claire du programme. Il accueille les espaces événementiels au rez-de-chaussée et les locaux d’enseignement en étages alors que les plateaux techniques trouveront place en second jour, dans une extension contemporaine.
Le Moulin n’a pas une architecture industrielle mais reprend les codes des bâtiments publics civils du 18ème siècle. Il retrouve sa façade d’origine. Le fronton avec œil de bœuf et les lucarnes sont restitués, les détails de sa modénature retrouvés. Structurellement, l’édifice ne présente pas de grosses pathologies. Mais si le gros-œuvre demeure en bon état, certains éléments comme les planchers sont marqués par l’utilisation intense des usages passés et, pour certains, extrêmement fragilisés. Ils sont réparés et connectés à une fine dalle béton.
Une extension neuve, à nouveau adossée au Moulin
L’extension neuve se veut silencieuse, la plus simple possible, à sa place et en retrait de l’édifice patrimonial qu’elle veut « révéler ». Un grand volume rectangulaire est entièrement qualifié par ses matériaux. Coté Saône, une façade en verre éclaire les circulations. Pour apporter de la douceur et une teinte répondant aux façades du Moulin, Le verre est dépoli en partie haute et transparent sur le rez-de-chaussée.
Entre les deux, la Tour
Au cœur du projet, entre l’ancien et le neuf, entre le tertiaire et les plateformes techniques, entre la lumière et l’ombre, les architectes ont créé une interface : l’espace de la Tour. C’est une circulation, dilatée, volontairement surdimensionnée, occupée par un grand escalier qui dessert l’édifice par demi-niveaux. L’escalier métallique reste contemporain et discret grâce à ses marches à claire-voie en béton et son garde-corps en maille doté d’une chaleureuse main courante en bois. Il se glisse dans les voûtes et les structures existantes.

