Si la demeure charmait par son empreinte historique, s’y projeter était complexe, tant le volume avait été fragmenté au fil du temps en une multitude de zones cloisonnées, inconfortables. Pour lui redonner vie, Amy Shakespeare et Mark Gordon ont fait le choix inhabituel de commencer leur intervention par l’attique, en réinterprétant radicalement le grenier. Loin de la zone de stockage, ils ont choisi de restructurer ce dédale de petites pièces sombres en une suite parentale, en employant une grammaire architecturale axée sur la lumière naturelle et la flexibilité spatiale. Cette réorganisation radicale, qui bouscule les codes traditionnels, a établi le langage visuel repris dans les deux étages inférieurs, notamment en ponctuant le lieu de touches de couleur qui en renforcent la fonctionnalité.
Occupant toute la largeur de la maison, le grenier combine ainsi des surfaces en lambris blanc, qui habillent les pans du toit et les pignons, avec des panneaux de contreplaqué naturel, utilisés pour les murs, les lucarnes et des aménagements sur mesure. Ces matériaux simples créent une esthétique cohérente, tandis que des lucarnes motorisées à contrôle solaire introduisent lumière et ventilation dans ce volume autrefois sombre. Les deux architectes ont défini précisément leurs interventions. Ainsi, les panneaux de contreplaqué deviennent non seulement des éléments décoratifs, mais aussi des solutions architecturales intégrées : placards encastrés, commodes, étagères et même un bureau pour le télétravail, le tout valorisant la polyvalence de l’espace.
Deux grands panneaux coulissants rouges, à la fois graphiques et utilitaires, structurent la circulation : l’un marque l’entrée de la suite, l’autre mène à une salle de bains principale. L’organisation audacieuse de cette dernière souligne la géométrie du lieu : la douche en forme de prisme triangulaire, recouverte de carreaux jaune vif, se dresse sous un puits de lumière. Dans cette pièce, les architectes ont pensé chaque détail pour dialoguer avec l’architecture globale composée de lignes épurées, d’une matérialité expressive et de couleurs vives qui distinguent les fonctions.
GARDER LA COHÉRENCE DU LIEU
Le langage élaboré dans l’attique se prolonge dans les deux étages inférieurs : la palette de couleurs contrastées continue de différencier les éléments et leurs fonctions, tandis que des matériaux tels que le bois intègrent une fois encore des éléments modulables dans la structure existante de la maison. Ainsi dans la salle de bains du deuxième étage, le cèdre, qui tapisse murs et plafonds, crée une atmosphère chaleureuse, quand le sol en carreaux hexagonaux multicolores ajoute une touche ludique. Dans la cuisine, des panneaux en linoléum coloré habillent les armoires. Les plans de travail en terrazzo sont encadrés par des panneaux de chêne massif qui s’étendent pour envelopper une bibliothèque intégrée et une colonne structurelle.
Ainsi, de la suite, au sommet, aux pièces à vivre du rez-de-chaussée, la synergie de la lumière naturelle, les choix de couleurs et de matériaux, font de cette réhabilitation une maison vivante, adaptée aux usages contemporains, sans trahir son histoire.




