© © Nicolas Grosmond
Dans le paysage éclectique de Villejuif, entre immeubles collectifs monotones et pavillonnaire hétérogène, le Friendly Building dévoile discrètement sa volumétrie. Avec ses trois étages, ce petit ensemble compact « accorde toutes les échelles du quartier », résume Fabrice Lagarde, cofondateur de WRA avec Vladimir Doray. Postée à l'angle d'une rue résidentielle déjà investie par RATP Habitat avec une série de petites maisons en bois, l'opération « valorise ce que beaucoup de bailleurs considéreraient encore comme un résidu foncier ».
« Pour encourager le bois, le code de l'urbanisme autorise 30 centimètres supplémentaires par niveau, mais il en fallait 50 de plus par rapport à une construction en béton. »
Le programme se veut lisible depuis la ville. Les architectes souhaitaient que « la composition apparaisse dans sa simplicité : un pavé auquel on retire en haut pour ajouter en bas ». Le volume d'entrée, avec local poubelles et boîtes aux lettres, semble avoir été soustrait de l'attique qui bénéficie alors d'une grande terrasse dominant le quartier. Entre les deux, seulement deux étages courants avec un logement pour cinq ; celui du rez-de-chaussée en fond de parcelle accueille trois personnes et celui du haut, avec vue, est adapté à quatre colocataires. Fabrice Lagarde poursuit : « Une oblique marque l'attique de la façade ouest dont les proportions sont identiques à celles du pignon de la gigantesque barre voisine. Ce biais réduit l'échelle perçue et ouvre le dialogue avec les toitures en pente des maisons. » Car, même si l'échelle domestique a été recherchée, le projet s'élève quand même à 12 mètres ; une hauteur rendue possible par dérogation au PLU grâce à son statut de Cinaspic (constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif). Une aubaine quand on sait qu'en termes de préfabrication 3D, il faut compter l'épaisseur du plancher en plus de celle du plafond structurel, un calcul déterminant pour le nombre d'étages. Pour encourager le bois, le code de l'urbanisme autorise à présent 30 centimètres supplémentaires par niveau, mais il en fallait à WRA 50 de plus par rapport à une construction en béton. Ici, chaque plancher/plafond fait 70 centimètres d'épaisseur : caissons constitués de poutres porteuses en bois massif, solivage et panneaux OSB, isolant et chape de ciment flottante pour le confort acoustique et thermique.
Comme le Friendly Building est un projet pilote que RATP Habitat envisage de reproduire en Île-de-France, les architectes ont opté dès sa conception pour un principe constructif à base de modules en bois, fabriqués en usine et dont les dimensions varient en fonction du gabarit des camions. « Cette solution est possible grâce à la conception de modules techniques qui rassemblent les ouvrages principaux et secondaires d'un logement individuel. Ainsi la cuisine, salle de bains, WC, chauffage mais aussi VMC, plomberie et électricité sont mis en œuvre en usine selon un processus industriel », précisent les architectes. Chaque étage comporte quatre modules devant être transportés par deux camions depuis l'atelier situé dans la Sarthe ; une dépense carbone également notée dans ce projet labellisé Passivhaus avec matériaux biosourcés. Côté chantier, le temps long investi en conception est gagné au niveau du montage sur site puisque seulement quatre nuits ont été nécessaires pour disposer les blocs, évitant les nuisances sonores et une base vie sur une parcelle trop restreinte. La suite des travaux repose sur la jonction des fluides, l'étanchéité à l'air très importante pour le passif et, enfin, le bardage en mélèze. Vladimir Doray révèle que « l'espacement des stries verticales varie d'un étage à l'autre, se réduisant vers le haut. Certains passants pensent à des tôles nervurées. L'effet est obtenu par des couvre-joints de bois, peints en usine ». Ce monochrome blanc est souligné par l'escalier en bois brut qui dessert les logements. En plein air pour réduire les espaces chauffés, avec balcons partagés sur les paliers, il permet de mettre à distance la maison mitoyenne. Les logements bénéficient ainsi d'ouvertures au sud pour les apports passifs de lumière et de chaleur.
Cette élégante combinaison bois brut et blanc aurait cependant pu être altérée par les suggestions des Architectes des Bâtiments de France. Le groupe scolaire Karl-Marx, conçu par André Lurçat en 1933 - alors au milieu des champs, aujourd'hui en face de la parcelle - et inscrit au titre des monuments historiques en 1975, place le projet dans un secteur réglementé. Les ABF proposaient notamment un rappel des menuiseries extérieures de couleur rouge de l'édifice d'inspiration Bauhaus en béton armé, verre et métal. Heureusement, la maîtrise d'ouvrage désirait que le Friendly Building « s'efface » devant le monument moderne. Selon l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) avec laquelle RATP Habitat a travaillé pour ce projet de Kaps (Kolocation à projet solidaire), l'enjeu était surtout de s'adresser aux collégiens pour du soutien scolaire ou des activités organisées par les résidents ou « kapseurs », « ces jeunes qui s'engagent avec les habitants pour animer un quartier populaire avec des actions solidaires ». Une salle commune d'une trentaine de mètres carrés a donc été intégrée au rez-de-chaussée, comme une ouverture sur la ville.
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