© Pierre Lajus © A. Saint-Germès et P. Katz © A. Rinuccini
Jacques Moussafir : de père en fils
« Mon père était lui-même architecte. Adolescent, je vivais dans une maison imaginée par Julian Elliot, un concepteur sud-africain influencé par Le Corbusier. Autant d’éléments qui ont sans doute dicté ma destinée. Selon moi, la sensibilité, la persévérance et la rigueur sont les principales qualités pour exercer ce métier. Certains pensent que c’est devenu plus difficile qu’avant mais ce n’est pas réellement le cas. Seul le contexte s’est durci, avec notamment une réglementation lourde et complexe. Un jeune diplômé gagne à compléter sa formation par une pratique dans une agence, de préférence avec quelqu’un en adéquation avec ses aspirations. Je suis moi-même passé par là, et j’ai appris autant qu’à l’école. Mon conseil à un jeune confrère serait qu’il fasse en même temps des concours, de manière à ce qu’il puisse se lancer seul après quatre ou cinq ans. Le plus difficile, finalement, est d’avoir le premier projet, celui qui va permettre d’être remarqué et invité à d’autres concours. »
Catherine Jacquot : Au carrefour de l’art et de la science
« J’ai choisi cette voie pour plusieurs raisons : j’aimais les sciences et la littérature, mais j’avais aussi une curiosité pour l’art ! J’ai ensuite énormément appris auprès des anciens, et de ceux qui m’ont employée. Il faut un esprit de synthèse et l’envie d’exprimer quelque chose de personnel pour devenir architecte. Pour un jeune diplômé, il est sans doute plus difficile aujourd’hui de monter rapidement une agence, car les maîtres d’ouvrage souhaitent collaborer avec des professionnels expérimentés, en raison des nombreuses exigences réglementaires qui demandent des compétences très précises. »
Pablo Katz Un métier transversal
« Je suis devenu architecte parce que c’est un métier qui mobilise les champs de la connaissance les plus divers et les plus transversaux, et ceux requérant le déploiement d’un tel spectre de savoirs, de l’artistique au scientifique, du social au politique, du technique au poétique, sont rares. La principale qualité requise pour exercer cette profession consiste justement à maîtriser cette pluridisciplinarité, doublée d’une insatiable curiosité. Impossible de pratiquer correctement sans s’intéresser à la multiplicité des sujets que l’on aborde. Enfin faire un projet, c’est aussi savoir être pédagogue : il faut expliquer et convaincre. Le meilleur moyen d’y parvenir reste une énorme motivation, de la persévérance et une grande passion. »
Pierre Lajus : Imagination créatrice et programmation
« En 1947, je voulais être ingénieur des eaux et forêts mais, bien qu’étant bon élève, je n’ai pas pu en intégrer l’école. J’aimais dessiner, bricoler, construire des cabanes et des kayaks, alors l’architecture, pourquoi pas ? Je suis entré à l’École régionale d’architecture de Bordeaux. C’est à la bibliothèque que j’ai découvert les revues américaines, et à travers elles des projets modernes qui m’ont ouvert l’esprit. Aujourd’hui, ce que je sais des épreuves de sélection à l'entrée de quelques écoles me fait penser que l’on cherche surtout à évaluer un intérêt pour la discipline, voire des connaissances et une culture dans ce domaine, que seuls quelques candidats issus de milieux privilégiés, fils ou filles d'architectes, peuvent avoir à leur âge. Plus que ces connaissances, ce sont des capacités qu'il faudrait tester, et cela dans deux domaines essentiels : d'abord celui de l'imagination créatrice, du penchant à inventer des formes ou des espaces. Mais aussi celui des dispositions à organiser de façon cohérente des choses ou des gens, dans une activité collective. Car pour moi un architecte, quel que soit son mode ou son domaine d'exercice, est à la fois créateur et organisateur. Comment le faire ? C'est aux enseignants d'y réfléchir, et de trouver des exercices adaptés. »
Agnès Chryssostalis : Pratiquer le chantier
« J’ai passé mon diplôme en 2001, ai travaillé dans plusieurs agences, puis j’ai eu un enfant. J’avais alors aussi en parallèle, plusieurs projets personnels de rénovation d’appartements qui m’ont décidée à m’associer avec une autre jeune femme, Agnès Guillemin. Cette année, nous avons reçu le prix " Jeune femme architecte 2014 " décerné par l’ARVHA. Le constat à l’origine de sa création est le suivant : alors qu’elles représentent 57 % du corps étudiant, les femmes architectes ne sont que 22 % - contre 78 % d’hommes - inscrites à l’Ordre. Malgré cela, je pense qu'être femme architecte, contrairement à l'image répandue, est assez simple dans le cadre d'un projet mené. Ça l'est peut-être moins dans l'accès aux projets, à la commande. Mais les maîtres d'ouvrage sont les seuls à avoir la capacité à établir une véritable parité. En ce qui nous concerne, notre approche du projet n’est pas du tout dictée par une quelconque féminité. Pour moi, les principales qualités pour exercer ce métier sont une capacité à se mettre à la place des gens et à imaginer l’espace, à être ouvert sur le reste du monde ! Je conseillerais aux architectes débutants de multiplier les expériences professionnelles, et de rentrer très vite dans la pratique du chantier, car nous faisons un métier où la formation est permanente et où les échanges sont primordiaux. »

