Il y a quatre ans, Owen et Shauna acquirent une maison en bande du XIXe siècle typique de Dublin, avec sa façade en briques rouges et son unique étage. Sombre et humide, elle est composée de deux volumes, dont l'un en retour sur le jardin, contre lequel une véranda en bois avait été ajoutée. Cet édicule vitré est fréquemment greffé à l'arrière des maisons victoriennes de la capitale irlandaise pour gagner davantage de lumière naturelle. Franchement lugubre, de mauvaise qualité et couvert de moisissures, celui-ci s'avère mal remplir sa mission. Le couple, qui a un jeune enfant, décide alors de transformer les lieux afin de les adapter à la vie quotidienne d'une famille du XXIe siècle. Après les avoir découverts sur internet, il s'adresse à John Monahan et Claire Faulkner qui viennent alors de créer l'agence Noji à Sligo, au nord-ouest du pays. « Nos clients étaient à la recherche d'une approche originale pour cette restructuration-extension. Ils ne voulaient pas se retrouver avec une boîte collée à l'arrière de leur habitation », raconte l'architecte qui a depuis principalement travaillé sur ce type de programme. Pendant l'année d'études, la famille commence à vivre dans la maison : « Cela nous a aidés à mieux cerner leurs véritables besoins », dévoile John Monahan.
SITE EXIGU
La maison ne se situant pas dans un secteur protégé, la réglementation laisse aux concepteurs une grande liberté, notamment celle d'introduire des motifs géométriques en contraste avec le contexte victorien. « Comme il n'était pas question pour nous de faire du pastiche, nous avons eu envie de jouer avec l'allure très contemporaine de l'extension » , avoue John Monahan. Ils restructurent le niveau bas en abattant les façades de l'aile en retour qui abrite déjà la cuisine. Ils réaménagent cette dernière et l'ouvrent entièrement sur l'extension proprement dite, dressée à la place de la véranda et destinée à la salle à manger. Son dessin surprenant répond avant tout aux contraintes d'un site exigu : il minimise l'ombre portée chez les voisins, évite de cacher les fenêtres du premier étage de la maison et permet à la lumière de pénétrer jusqu'au fond du rez-de-chaussée tout au long de la journée.
Les choix constructifs découlent aussi de l'obligation de faire passer par l'étroite porte d'entrée, prolongée d'un couloir resserré, tous les éléments nécessaires au chantier.
« NOUS AVONS CHOISI D'UTILISER LE CONTREPLAQUÉ DE FAÇON EXPÉRIMENTALE, TANT POUR SES PROPRIÉTÉS ESTHÉTIQUES QUE STRUCTURELLES ET ÉCONOMIQUES. » John Monahan, architecte
TRAME APPARENTE
La mise au point du volume précis et de la structure porteuse adéquate nécessite une trentaine d'essais réalisés à l'aide de modélisations 3D et de maquettes traditionnelles. « Nous avons choisi d'utiliser le contreplaqué de façon expérimentale, tant pour ses propriétés esthétiques que structurelles et économiques » , explique John Monahan. Deux grosses poutres en lamellé-collé soutiennent le premier étage de l'aile existante et reposent à leur intersection sur une colonne cruciforme en acier, seul élément métallique du projet. Un maillage en étoiles constitue le plafond de la cuisine, contreventé par des plaques servant également de plancher au premier étage. De larges modules triangulaires composent les murs et le toit de la nouvelle construction, en retrait desquels les feuilles de contreplaqué laissent la trame apparente.
PRÉFABRIQUÉE
Les architectes conçoivent l'extension de manière à favoriser les apports solaires, dont la chaleur est capturée par une dalle en béton qui produit de l'inertie. La moitié de la toiture est en panneaux de verre, notamment au-dessus de la table des repas. Au sud-ouest, la façade entièrement vitrée ménage comme un bow-window avec banquette côté salle à manger, et une petite terrasse abritée des regards et du temps côté cuisine. Dans son prolongement, les architectes redonnent vie au jardin à l'aide de simples dalles et de plantations au goût du jour. Pour une décoration en harmonie avec l'architecture, ils dessinent aussi l'ameublement, comme le banc de la salle à manger ou les placards de la cuisine, puis en confie la réalisation sur-mesure à l'entreprise irlandaise Oikos. L'agence a recours à la préfabrication des éléments structurels pour abaisser les coûts, garantir une réalisation fidèle au projet et faciliter le chantier. « Ce projet est le résultat d'un travail efficace entre l'architecte, les ingénieurs structurels et des artisans de haut niveau.
Cela prouve qu'une collaboration de toutes les parties en amont permet de trouver une solution réfléchie qui peut être construite vite et bien », se félicite John Monahan.
architectes Noji - John Monahan et Claire Faulkner
bureau d'études Cora Engineers (John Casey)
localisation Dublin (Irlande)
livraison 2014
bâti d'origine XIXe
études 12 mois
travaux 12 mois
surfaces 155 m2 restructuration, 26,7 m2 extension
matériaux utilisés contreplaqué de bouleau blanchi (structure, bardage, planchers, menuiseries) / ardoise, verre (toiture) / acier (structure)
fourniture mobilier sur-mesures dessiné par Noji et réalisé par Oikos (David Coyne et Dara Burke)

