En visitant la maison d'un de ses amis, non loin du désert de Sonora, en périphérie de Tucson, David Francis est littéralement subjugué par la beauté du site. À la fois plat, montagneux et aride, le lieu n'en est pas moins couvert d'une végétation luxuriante, dont les célèbres cactus Saguaro. Disséminés sur une terre ocre, leurs minces troncs élancés pouvant atteindre jusqu'à 15 mètres de hauteur, ils forment un paysage qui porte en lui tout l'univers de la conquête de l'ouest. Le site est d'ailleurs un haut lieu de tournage cinématographique, notamment pour les westerns, Los Angeles n'étant situé qu'à 900 kilomètres. C'est donc ici que David, habitant à San Diego, souhaite édifier une maison de week-end et de vacances, laquelle deviendrait par la suite son habitation principale au moment de sa retraite. Après l'achat d'un terrain, il se rapproche alors de l'agence DUST architects, rencontrée à travers des amis communs, avec comme simple demande : « Célébrer le désert. »
À SA PLACE DANS UN ENVIRONNEMENT FRAGILE
La première phase du projet consiste en une étude précise du terrain de 2,4 hectares, pour y trouver la meilleure insertion possible. Il s'agit de tenir compte des conditions climatiques marquées par un fort ensoleillement la journée, des températures froides la nuit et des vents puissants. De même, il faut éviter d'abîmer la flore locale et ne pas perturber les chemins migratoires de la faune. Dès le départ, il est communément décidé de construire en terre, matériau peu utilisé aujourd'hui, mais caractéristique de l'habitat vernaculaire. Peu coûteuse à l'achat, elle est par contre chère dans sa mise en œuvre artisanale : extraite d'une carrière située dans la région, elle est livrée sur le site par camion. Déversée au sol, elle est alors mélangée par petites quantités à du ciment, puis mouillée pour atteindre un taux de 3 à 4 % d'humidité. L'assemblage est ensuite coulé au moyen d'une pelleteuse entre deux banches métalliques dont les écarteurs retiennent ces dernières et délimitent l'épaisseur du mur, ici comprise entre 40 et 90 centimètres. Une fois la terre versée, elle est étalée à la pelle, puis compressée manuellement à l'aide d'un petit marteau. Le mur se constitue par couches successives d'une vingtaine de centimètres dont les strates restent visibles après la dépose des banches. Elle convient par ailleurs parfaitement au territoire désertique, tant du point de vue thermique - elle protège très bien de la chaleur du jour qu'elle accumule et sait restituer pour chauffer les volumes la nuit - qu'esthétique, en se fondant parfaitement dans le paysage tellurique. Vivante, elle conserve de plus les traces de sa fabrication.
UN PARCOURS INITIATIQUE
La maison prend la forme de trois parallélépipèdes alignés selon un axe est-ouest pour réduire les apports solaires. Pour y accéder, il faut emprunter un raidillon naturel, afin de ressentir un premier contact physique avec le désert, les carports pour les voitures ayant été volontairement construits en contrebas de l'habitation, à une distance de 120 mètres de cette dernière. De loin, les volumes font corps avec la nature en présentant leurs aplats de terre lisses, les ouvertures n'étant pas décelables depuis le bas du terrain, en partie ouest de la parcelle. En s'approchant, le visiteur crée son propre itinéraire via un cheminement fait d'un assemblage de petits blocs de béton, de tailles et de hauteurs différentes. Le programme des clients était assez simple : un espace de séjour avec cuisine, salon et salle à manger, deux chambres avec salle de bains attenantes, ainsi qu'une salle de répétitions, la fille des propriétaires étant musicienne. Souhaitant une occupation optimale, ces derniers avaient demandé d'éliminer tout couloir qui pour eux représentent de la surface perdue.
D'une superficie totale de 340 mètres carrés, le plan juxtapose trois rectangles collés mais non reliés, contenant chacun les fonctions requises, la salle de musique pouvant par ailleurs être utilisée comme une suite indépendante pour les amis. La proposition des architectes est pour le moins peu banale, les boîtes étant uniquement accessibles depuis l'extérieur par des dispositifs différents : il faut se glisser dans une fente ménagée dans un des murs de terre pour entrer dans les chambres ; la grande salle commune est desservie par un large porche ; une porte toute simple donne l'accès au studio. De fait, pour circuler d'une partie à l'autre de la maison, les habitants doivent sortir et sont ainsi en contact quasi permanent avec la nature : « Cela vous rappelle constamment combien vous êtes dans un site extraordinaire », appuie David Francis.
« LE CONTACT QUASI PERMANENT AVEC LA NATURE VOUS RAPPELLE CONSTAMMENT COMBIEN VOUS ÊTES DANS UN SITE EXTRAORDINAIRE . » - David Francis, propriétaire
L'ÉVEIL DES SENS
Studio et chambres s'ouvrent largement sur le désert et se prolongent par de vastes terrasses en béton, protégées de l'ensoleillement par le débord de toiture, laquelle est soutenue par une poutre de béton de quasi 1 mètre d'épaisseur permettant de grandes portées. Le séjour, lui, est totalement vitré en parties sud et nord. Une fois les larges baies ouvertes, la maison se transforme en un simple auvent faisant partie intégrante du paysage. Cerise sur le gâteau : au-dessus du porche d'entrée, une terrasse de 40 mètres carrés a été aménagée. On y accède par un escalier ajouré en dentelle métallique inséré dans un volume habillé de bois noir brûlé.
« La lecture du livre sur l'architecte Terunobu Fujimori, qui a construit notamment plusieurs maisons de thé célèbres en utilisant des techniques anciennes, nous a beaucoup marqués, explique Cade Hayes de DUST architects . Nous avons ici proposé au client d'utiliser du bois brûlé, méthode naturelle ancestrale de conservation du bois appelée Shou Sugi Ban. Nous étions persuadés que la couleur noir profond et les irrégularités liées à la fabrication de ce matériau se marieraient très bien avec la terre. Le travail a été réalisé par Caleb Coy, un maître de la carbonisation du bois. »
Depuis cette terrasse, tous les sens sont en éveil pour s'imprégner de la beauté du paysage dont la singulière silhouette prend encore une autre dimension sous les oranges brûlants et les violets profonds des couchers de soleil.
FICHE TECHNIQUE
architectes DUST architects Cade Hayes, Jesus Robles, Dale Rush
localisation Tucson, Arizona (États-Unis)
livraison juin 2012
études et travaux 5 ans
surfaces 340 m2 (terrasses rez-de-chaussée 90 m², terrasse toiture 40 m²)
matériaux terre (murs) / béton (sol) / acier (structure, escalier) / bois (revêtement) / panneaux Topperfo® (revêtement salle de musique) / céramique (revêtement) / pierre (marches entrée) / aluminium (châssis)
fournitures équipements cuisine et salle de bains Vola, Grohe, Hansgrohe et Kaldewei / céramique White Onyx et Honey Onyx de Anne Sacks / appareils ménagers Sub-Zero et Thermador / mobilier sur-mesure dessiné par les architectes (chaises, table, porte d'entrée, quincaillerie)

