Le seul nom de Saïgon, aujourd'hui Hô-Chi-Minh-Ville, évoque de multiples exotismes. Poumon économique du Vietnam, la cité s'est fortement densifiée avec les migrations des autres provinces et a perdu sa langueur et sa douceur de vivre qui en faisait jadis sa réputation. Formidablement décrite à travers les romans de Marguerite Duras, elle était autrefois composée de bâtiments largement espacés, plantés dans un territoire aux allures d'immense parc, la chaleur et l'humidité favorisant la pousse de végétaux dans tous les interstices urbains. Hô-Chi-Minh-Ville reste néanmoins aujourd'hui réputée pour son exceptionnelle vitalité économique. C'est au nord-est de la ville que les commanditaires - un couple et leurs deux enfants - ont acquis une petite maison mitoyenne sans qualité particulière, construite il y a une cinquantaine d'années. À l'instar de ses voisines exiguës et collées les unes aux autres, elle s'étage sur trois niveaux, sur une parcelle sombre et tout en longueur.
UN IMAGINAIRE À TOUTE ÉPREUVE
Malgré ce contexte peu engageant, les propriétaires Lee et Tee ont une capacité à se projeter vers le meilleur : « Cette maison signifie tout pour nous car elle est le fruit d'efforts constants pour poursuivre nos rêves. » C'est en découvrant par hasard, dans un contexte urbain similaire, la Vegan House de même gabarit, superbement et originalement transformée par les architectes de Block, qu'ils décident de leur confier le projet. Pour ces derniers, installés également dans le quartier de Tan Binh, chaque réalisation est sous-tendue par l'idée « d'atteindre une harmonie naturelle » . Les propriétaires, jeunes et actifs tous les deux, dirigent conjointement un atelier de confection de vêtements et d'accessoires en cuir, chacune de leur création étant finement réalisée à la main. Aussi la ligne directrice du projet, dès les premières esquisses, consiste à conjuguer de manière perméable habitation et espace de travail, tout en déroulant des références directes à la profession du couple. En parallèle, l'apport de lumière naturelle - qui manque cruellement dans l'existant - est un autre point majeur qui guide la conception.
« LA MAISON REPRÉSENTE L'HISTOIRE PASSÉE, LES ARBRES ET PLANTATIONS EN SONT LE FUTUR. CETTE IMAGE NOUS A OBSÉDÉS DURANT LA CONCEPTION NOUS ATTENDONS AVEC IMPATIENCE LES PLANTES GRIMPANTES POUSSENT SUR LES TREILLES ET COUVRENT TOUTE L'HABITATION . »Dang Duc Hoa, architecte
OUVRIR ET DÉCLOISONNER
La maison d'origine est totalement décloisonnée. Les façades avant et arrière sont démontées, de même que l'escalier de béton disposé dans une cage aveugle. Les trémies sont conservées et des vitrages sont posés en toiture afin d'éclairer ce grand vide central toute hauteur. Cet apport de lumière naturelle permet de créer un petit jardin en pleine terre au rez-de-chaussée, où sont aménagés la cuisine, la salle à manger et le salon. Au-dessus, un niveau en mezzanine est consacré à l'accueil des activités de l'entreprise. Les nouveaux escaliers, littéralement flottants dans le volume, sont faits de planches de pins simplement fixées sur une légère structure métallique. Non superposés mais répartis de part et d'autre de la maison, ils offrent des perspectives traversantes et une sensation augmentée d'espace. Un effet accentué par l'intervention en fond d'habitation, jusqu'alors totalement fermée sur l'extérieur : les trois plateaux de béton sont perforés sur une longueur d'1,20 mètre à leur extrémité, créant ainsi un patio dont le mur est utilisé pour intégrer un jardin vertical. Ce dernier est composé d'un alignement de plantes en pots identiques, sur toute la largeur et la hauteur de la paroi. Côté rue, la façade est clôturée par des volets en bois ajourés typiques au Vietnam. On se plaît alors à penser, sans sombrer dans aucune nostalgie, à la douceur de vivre de l'ancien « Paris de l'Extrême-Orient ».
TRAVAIL DE COUTURIÈRE
Alors que les apports de lumière et les ouvertures engendrent un sentiment d'espace, les architectes développent dans cette même idée un travail de couture au fil blanc dans la totalité de la maison : tantôt intérieur, tantôt extérieur, le fin tissage permet de lier les parties anciennes et nouvelles ainsi que de clôturer l'habitation tout en laissant filtrer l'air et la lumière. C'est en détournant des tiges d'acier, habituellement utilisées pour le béton armé, que les concepteurs sont parvenus à cet effet que la peinture blanche contribue à affiner. Soudées selon une trame carrée de 20 centimètres de côté et modelées en deux ou en trois dimensions, ces structures d'acier au motif cubique sont d'une grande solidité malgré leur légèreté. Elles s'étendent telle une toile d'araignée dans tout le volume : des garde-corps jusqu'aux armatures soutenant les escaliers, en passant par les étagères ou encore les treilles en escalier, tendues entre les murs mitoyens en brique. À terme, la végétation qui s'y accrochera apportera de la fraîcheur dans les volumes. « La fabrication d'un sac à main,par exemple, nécessite un travail artisanal de découpe puis de couture particulièrement soigné et fastidieux » , expliquent Lee et Tee. Le rapprochement avec le processus d'aménagement de cette habitation ne saurait être plus juste !
architectes Block Architects
www.blockarchitects.com.vn
localisation Hô-Chi-Minh-Ville (Vietnam)
bâti d'origine environ 1960
livraison décembre 2016
études 3 mois
travaux 4 mois
surface 72 m²
coût des travaux 75 000 dollars (soit environ 63 800 euros)
matériaux béton (sol) / briques (murs) / tiges d'acier (structure intérieure) / pin et bois Pyinkado (aménagements intérieur)
fournitures éclairages Philips / sanitaires Toto

