Dans le lieu-dit de la Rouquette, petit village médiéval de l'Aveyron, deux vénérables maisons paysannes -du XIXe siècle au bas mot - se faisaient face, raidies par leur grand âge. Si le paysage, entre causse et forêt, incite au vagabondage des pieds et de l'esprit, grange et corps de ferme, massifs et sombres, communiquaient peu avec la verdure environnante, imperturbables, semblait-il, à l'ambiance bucolique. Rudesse des pierres apparentes, épaisseur des murs, étroitesse des fenêtres : faut-il en dire davantage pour comprendre l'irrésistible besoin d'ouverture et de lumière des occupants, un jeune couple avec enfant ? Ils s'adressent alors à l'architecte David Rougé, que le propriétaire, travaillant dans le BTP, a rencontré… sur un chantier !
L'idée de départ consiste à proposer l'un des bâtiments à la location et à agrandir l'autre, pour la famille, par le biais d'une extension. Malheureusement, cette solution, trop onéreuse, est abandonnée dès le chiffrage de l'opération. Changement de programme, donc, exit la location : David Rougé propose alors d'optimiser l'existant en raccordant les deux bâtiments. Élémentaire, mais encore fallait-il y penser ! De manière à la rendre habitable, et ainsi optimiser l'espace, la rénovation de la grange, jusqu'alors inoccupée, est également prévue.
EN BOIS BLOND
La situation est cependant plus complexe qu'il n'y paraît, d'abord en raison de la structure même des deux bâtisses : celles-ci comportent un rez-de-chaussée bas de plafond utilisé comme débarras - une situation courante dans les vieilles demeures quercynoises. Par ailleurs, le terrain possède un léger dénivelé : en conséquence, les maisons ne sont pas tout à fait au même niveau, un infime décalage que quelques marches -deux pour le corps de ferme, quatre pour la grange - permettent de compenser pour un raccordement-extension posé légèrement en contrebas du premier niveau de chaque volume. Les 40 mètres carrés de ce nouvel espace abritent l'entrée principale de la maison, mais aussi son salon. « Même si les choses étaient prévues ainsi, les propriétaires n'avaient pas idée d'à quel point ils allaient occuper ce lieu, précise l'architecte. C'est devenu une véritable pièce à vivre. »
Priorité est donnée aux ouvertures : de larges baies vitrées cadrent des vues en profondeur et brouillent la frontière entre intérieur et extérieur pour mieux élargir l'espace, le mettant en contact étroit avec la campagne environnante. Lumineux, l'on s'y sent un peu comme sur une terrasse : à la manière des habitations japonaises, le volume est en effet surélevé d'une soixantaine de centimètres au dessus-du sol. L'extension se trouvant néanmoins au milieu du hameau, des volets en accordéon permettent, à tout moment, de retrouver, si nécessaire, l'intimité d'un cocon. L'architecte choisit le chêne, imputrescible par nature : « Un charpentier en possédait un stock, nous avons donc sauté sur l'occasion, explique David Rougé. Des bardages au plancher, tout est réalisé dans cette essence ! » Dans ce contexte rural, le bois blond, chaleureux et accueillant, prend tout son sens, contrastant avec la froideur des pierres.
« Même si les choses étaient prévues ainsi, les propriétaires n'avaient pas idée d'à quel point ils allaient occuper ce lieu. C'est devenu une véritable pièce à vivre. » - David Rougé, architecte
TENUE DE CAMOUFLAGE
Quant à la grange, David Rougé en optimise le confort : le premier étage est désormais découpé en deux pièces claires et ensoleillées, un studio, jouxté d'une salle de bains, et d'un atelier de sculpture. Dans ce dernier, un escalier-bibliothèque permet d'accéder aux combles et à un espace de rangement, optimisant ainsi la surface disponible. De manière à se placer dans la continuité de l'extension, le chêne blond y figure en rappel : parquet et encadrements d'ouverture réchauffent les intérieurs de leur couleur miel. Du bois, donc mais aussi de la verdure : au sommet de la nouvelle pièce à vivre, se développe en effet une couverture de sedums dont la teinte varie au fil des saisons. « Nous avons choisi de végétaliser la toiture de l'extension, car elle prend place entre deux toits portant, d'un côté des tuiles, de l'autre des ardoises précise David Rougé . Ces deux revêtements différents ne nous facilitaient pas la tâche : opter pour un troisième, c'était accentuer cette hétérogénéité. Nous avons donc préféré utiliser un «non matériau» : la végétation ! »
Une nouvelle venue en tenue de camouflage que ses deux ainés, semble-t-il, n'ont toujours pas remarqué…
FICHE TECHNIQUE
architecte David Rougé (Émeline Lacave architecte associée)
localisation La Rouquette (12)
livraison 2013 études 3 mois / travaux 9 mois
surfaces 40 m2 SHON (extension) + 50 m2 (rénovation) SHON
coût des travaux 130 000 euros TTC
matériaux pin douglas (ossature bois) / chêne (bardage, menuiseries, parquets et habillages intérieurs) / membrane végétalisée (étanchéité)

