En matière d'architecture, la seule évocation du Vorarlberg, l'état le plus occidental de l'Autriche, renvoie aux constructions entièrement de bois, impeccablement mises en œuvre. Avec son armure en acier Corten et sa forme peu courante pour une habitation, la Maiden Tower constitue une exception dans cette région.
Dessinée par l'agence d'architecture Marte. Marte installée à Feldkirch, la deuxième ville du land, la construction n'est autre que l'extension de la maison de Stefan Marte qui avait été édifiée en 1999 . Depuis, la famille s'est agrandie, jusqu'à composer une fratrie de six filles. L'habitation, un radical parallélépipède de béton, était devenue trop étroite et le duo de concepteurs formé par les frères Stefan et Bernhard Marte avait entamé une réflexion sur comment l'étendre.
Bien que domestique et de petite superficie -109 mètres carrés - le projet d'extension n'était pas si facile car il fallait s'aligner sur l'expression forte et brutale de la construction d'origine contenue dans la pente, tout en s'intégrant dans le paysage exceptionnel de la petite commune de Dafins. Située à une vingtaine de minutes en voiture de Feldkirch, cette dernière, ayant échappé à l'urbanisation, comprend des chalets traditionnels en bois patiné et s'ouvre sur des forêts montagneuses.
UNE ERREUR FONDATRICE
Les premières esquisses avaient abouti à un espace pour les enfants d'un seul niveau, flottant sur le paysage dans un esprit épuré à la Mies van der Rohe, mais les maquettes successives montraient que ce type d'insertion dans la pente ne fonctionnait pas.
LA SURFACE DU MATÉRIAU CHANGE DE AU FIL DES MOIS ET PREND UNE DE PLUS EN PLUS ROUILLÉE , SIMILAIRE À HABILLAGE ' L DE SHINGLES DE BOIS DES MAISONS VOISINES. » Stefan et Bernhard Marte, architectes
Une vingtaine d'autres concepts furent finalement rejetées par les frères. De ces allers-retours d'esquisses entre eux, est apparu un quiproquo involontaire qui a finalement donné naissance au modèle d'une petite tour. Cette dernière idée s'est finalement avérée la configuration adéquate pour s'ancrer dans le site et accueillir sur trois niveaux les chambres des trois filles aînées de la famille. Non sans humour, l'habitation a vite été associée à l'image de la tour du conte allemand Raiponce écrit par les frères Grimm, dans laquelle était enfermée une jeune fille aux longs cheveux. Bien loin d'être ici prisonnières, les trois princesses dans leur tour évoquant une armure d'acier bénéficient au contraire d'une grande liberté spatiale. Chaque plateau, indépendant et adaptable selon l'envie de leur occupant, est ouvert par des baies toute hauteur en façade est. Ces dernières offrent des vues superbes sur les montagnes tout en respectant l'intimité de chacun grâce à l'orientation des deux parties de l'habitation. Rassurante, la maison des parents reste néanmoins dans le champ de vision de ses trois jeunes habitantes.
BRUTALITÉ ASSUMÉE
En partie nord et sud de la tour, d'autres ouvertures sont aménagées et sont totalement dissimulables derrière des volets d'acier dessinés au nu des plaques d'habillage du même métal. Ces dernières ont été soudées sur une structure métallique, elle-même fixée sur le squelette principal en bois de la tour. Le choix de l'acier Corten non traité a été motivé par le fait que sa brutalité était à même de s'aligner sur celle du béton de l'habitation à agrandir.
« La surface du matériau change de couleur au fil des moiset prend une apparence de plus en plus rouillée, presque similaire à l'habillage de shingles de bois des maisons voisines , expliquent les architectes. Il y a des traces de frottement non intentionnelles sur les plaques, mais nous l'avons totalement accepté. Celles-ci sont apparues durant la fabrication, comme par exemple lors de la manutention de ces plaques à l'aide de ventouses. » Si l'extérieur est quelque peu défensif, l'intérieur apporte une chaleur domestique grâce à l'habillage en bois de bouleau clair courant du sol au plafond et aux grands rideaux coulissants, présents également dans la maison d'origine.
MÉTAPHORE DE L'ÉDUCATION FILIALE
L'architecture prend ici tout son sens en se posant comme la réification bâtie de l'éducation inculquée aux enfants : une indépendance leur est donnée mais un lien visuel avec les parents reste présent en signe d'accompagnement. Depuis le niveau le plus bas, semi-enterré, une succession de fonctions (salle de bains, salle à manger, cuisine, bibliothèque), déployées en L et présentant de légères différences de niveaux, assure le lien vers le niveau bas de la maison mère. L'extension est ainsi susceptible de devenir une entité indépendante au fil de l'évolution de la configuration familiale. Entre les deux volumes, une terrasse est aménagée dans la pente. Également en acier Corten, elle est posée sur un lit de gravier pour éviter la surchauffe durant les mois d'été. Dernière pièce de l'armure en contrebas : une piscine a été creusée et revêt de manière inhabituelle le même habillage de métal. Dans un tel site en pente, le chantier ne fut pas facile, notamment en raison de la parcelle à excaver et dont la limite est en frontière directe avec la rue. Au final, la maison et son extension portent en elles une histoire de famille. Celle-ci est un work in progress … Le conte ne fait donc que commencer.
architectes Marte.Marte architects - Stefan et Bernhard Marte
localisation Dafins (Autriche)
bâti d'origine 1999
livraison 2012
études 2007 à 2011
travaux 12 mois
surface 109 m²
matériaux utilisés bois et béton (structure) / acier Corten (structure, bardage) / bouleau clair (placage intérieur, sols)

