Si la mémoire peut jouer des tours, elle demande aussi parfois à être simplement rafraîchie…
Quand Céline et François découvrent cette échoppe bordelaise en périphérie de la ville, elle est en fort mauvais état. Sombre et étouffante, très cloisonnée, avec des faux plafonds qui écrasent l'espace et des pièces en enfilade, elle ne répond plus aux usages contemporains. Les lieux ont en effet connu une suite de transformations et d'extension malheureuses, à l'image du petit studio délabré en fond de jardin, imbibé d'humidité et de moisissures. Difficile de s'y projeter pour le couple, surtout sur cette parcelle toute en longueur et de 4,50 mètres de large seulement.
Mais la rareté d'un tel bien, la proximité des commerces et le charme de cet ancien quartier de cheminots les poussent à chercher le professionnel qui saura trouver les bonnes réponses et les accompagner dans leur sensibilité écologique et patrimoniale. C'est portés par ces valeurs qu'ils se rapprochent de la philosophie de travail de l'atelier deux points de Claire Le Rouzic.
PLAISIR DE L'ŒIL
Équipé avec très peu de mobilier, le couple souhaite également que l'architecte prenne en charge le dessin de l'aménagement intérieur. Une mission globale donc, ponctuée d'un programme ambitieux, avec trois chambres pour pouvoir accueillir la famille et les amis de passage, un coin bureau, un espace modulable pour diverses activités, un maximum de lumière et l'idée récurrente du « faire avec » ! De la volonté d'écarter les espaces de nuit de l'effervescence de la rue et d'avoir la cuisine - pièce la plus occupée par le couple - s'ouvrant sur le jardin, naît l'enchaînement logique du programme. L'objectif étant de gagner en volume et en clarté, les cloisons et les faux plafonds sont tombés pour gagner de la hauteur (et ainsi créer des mezzanines pour les couchages d'appoint), les doublages supprimés pour retrouver la chaleur de la pierre calcaire typique de la région et retravaillée par un compagnon tailleur. L'espace respire alors, l'œil s'offre de nouvelles perspectives qui atténuent l'effet d'étroitesse des lieux. Cela libère également un grand plateau libre, où est centralisée une boîte pour les espaces plus intimes.
Rotule du projet, c'est elle qui organise les circulations, cadre les vues, sépare et relie en même temps les différents espaces.
MATIÈRES VISIBLES
Face à la maison principale, et entièrement rénové, l'ancien studio en fond de parcelle est pensé comme la pièce modulable pour la cuisine d'été, le bureau, la salle de jeu ou de yoga, la suite des amis… Pour assurer la cohérence d'ensemble, il est traité « selon un langage équivalent » : même finitions, même modénature d'ouvertures, même double hauteur et mezzanine. « Face à face, les deux façades se répondent : deux baies escamotables toute hauteur et largeur qui regardent le jardin et qui, une fois ouvertes, ne forment plus qu'un seul et même espace », synthétise l'architecte. À la recherche d'une essence de bois non exotique, claire et très dense - car utilisée aussi pour les portes ou le mobilier -, mais qui réfléchisse aussi la lumière et dialogue avec la pierre calcaire, Claire Le Rouzic opte pour du bouleau finlandais, simplement verni pour conserver le veinage. « Le fil directeur était de laisser la matière visible et de retrouver aussi la brutalité existante en travaillant avec le déjà-là. » Car en plus de favoriser les matériaux biosourcés, le leitmotiv est ici au réemploi, avec par exemple la réutilisation des anciens parquets pour les nouveaux sols. Pièce centrale entièrement repensée, le jardin de 50 mètres carrés cumule lui, selon les souhaits des propriétaires, un espace baignade, une zone gazonnée, un mini potager, un espace pour les repas et une cuve de récupération des eaux de pluie pour l'arrosage et l'alimentation des toilettes. Afin d'optimiser cette surface, la terrasse en robinier est montée sur des roulettes guidées par un rail pour coulisser, venir recouvrir la piscine et libérer ainsi un jardin planté d'une pelouse persistante et piétinable de lippia, plante méditerranéenne résistante aux sécheresses, aux inondations et au froid et ne nécessitant ni tonte, ni entretien.
De cette pelouse pensée au brin près à la porte d'entrée dessinée sur mesure, chaque intervention est donc ici parfaitement optimisée pour faire oublier les murs. Dans ce lieu de prime abord complexe, la sensation créée est celle d'un seul et même volume où les différents espaces s'enchaînent naturellement, où la lumière est reine, où la fluidité de chaque instant s'efface devant la richesse de l'expérience spatiale et le soin des détails. Tout simplement l'écrin parfait pour mieux se souvenir des belles choses.
architectes atelier deux points, Claire Le Rouzic
www.atelierdeuxpoints.com
localisation Bordeaux (33)
bâti d'origine 1910
livraison 2022
études 5 mois
travaux 12 mois
surface 90 m²
coût des travaux 150 000 euros HT
matériaux pin huilé (menuiseries extérieures) / chanvre lin coton (isolation biosourcée des cloisons) / fibre de bois (isolation en plafond) / enduit blanc (piscine) / contreplaqué bouleau (menuiseries intérieures) / plaque Fermacell® (sol) / robinier français classe 4 (finition terrasse mobile sur roulettes pour couvrir la piscine) / liège compressé (sous-couche du sol sur chape béton) / pigments naturels et sel d'alun (enduit) / peinture extérieure issue d'un alliage avec chaux naturelle
équipements poêle à granulés Cadel / appareillage électrique Vimar / robinetterie Axor / suspension Louis Poulsen / sanitaires Delabie / fenêtre Velux / peinture de sol Unikalo / enduit et cimenterie Sika / sélection de mobilier de chez Persona (voir page 20)
voir carnet d'adresses page 142

