Les propriétaires n'en sont pas à leur coup d'essai.
C'est la troisième maison qu'ils construisent avec un architecte. Désormais retraités, ils ont choisi la presqu'île de Guérande pour y établir leur résidence principale. Ils habitaient jusqu'à présent le vignoble nantais mais souhaitaient se rapprocher de la côte atlantique. Dans cette région où les occasions se font rares, ils ont trouvé un beau terrain de 850 mètres carrés, proche de la mer, ceint d'un mur en pierre protégé. La parcelle est située à l'angle de deux rues, dans un quartier résidentiel historique marqué par des styles hétérogènes. Pour construire leur maison, le couple a fait appel à Barré-Lambot, dont ils appréciaient le travail. Le déclic est venu de la Maison D, que l'agence a conçue à Saint-Pierre-Quiberon en 2019. Les architectes nantais n'en construisent que très peu, occupés par des projets d'ampleur, mais les conditions sont ici réunies : du temps, un budget confortable et des clients montrant une véritable envie d'architecture. Le couple avait initialement envisagé de consulter plusieurs concepteurs mais la rencontre avec Philippe Barré et Agnès Lambot sera très vite décisive. Aux architectes, ils détaillent leur mode de vie, racontent leurs habitudes domestiques, leur relation aux différentes pièces mais aussi à l'extérieur. De retour d'un voyage en Scandinavie, les propriétaires souhaitaient retrouver la « simplicité chaleureuse » qu'ils avaient particulièrement appréciée - ce fameux hygge qui fait la part belle aux matériaux naturels et sans artifice. Le Japon faisait également partie de leurs inspirations.
UNE MAISON AUX DEUX VISAGES
Dans cet environnement dense de la presqu'île, où les voisins sont assez proches, les architectes ont en premier lieu cherché à se protéger des vis-à-vis et à créer une intériorité. L'implantation de la maison suit la géométrie du terrain et répond au mode de vie du couple : une habitation préservée des regards mais en prise directe avec l'extérieur. « Une architecture qui accompagne la vie quotidienne mais aussi une architecture située, conçue pour être là et pas ailleurs, une architecture qui prend la mesure du lieu », précise Philippe Barré. Et une maison qui refuse toute ostentation. « On pourrait presque passer devantsans la remarquer », poursuit-il. Celle-ci prend la forme de deux volumes formant un angle de 110 degrés ouvert sur le jardin. Reprenant la forme archétypale des longères environnantes, ils proposent une répartition claire des différentes fonctions de cette maison principalement organisée de plain-pied. Au nord, la pièce de vie profite d'une double hauteur et d'une orientation plein sud sur le jardin. À l'est, la zone de nuit regroupe deux chambres et leurs salles de bains respectives. À l'étage, un comble habitable comprend une troisième chambre et une pièce ouverte. Les deux volumes sont traités de manière similaire, autant dans leur écriture que dans leur gabarit. L'entrée se fait à la jonction, après avoir franchi le mur en pierre et le seuil qui augure d'un univers singulier.
Sur les rues, les deux façades demeurent relativement opaques afin de préserver l'intimité des occupants. Des persiennes mobiles formant des claustras permettent la ventilation naturelle des espaces intérieurs. Côté jardin, la maison donne à voir le contraste mis en œuvre par les architectes. De grandes menuiseries extérieures en bois ouvrent très largement sur un jardin protégé des regards. Un troisième volume, autonome, abrite un bureau et une chambre d'amis. Il vient clore cette intériorité que renforcent les débords de toitures généreux protégeant de toute surchauffe. À l'extérieur, le bardage (pin de Douglas non raboté) est teinté d'un noir mat à l'aide d'un produit déniché par les clients eux-mêmes : un goudron de pin noir. Auparavant, plusieurs prototypes ont été réalisés pour trouver la solution adéquate, illustrant l'investissement constant des propriétaires.
Le béton est utilisé ponctuellement, lorsqu'il est nécessaire, tandis que la structure porteuse est en bois. Au rez-de-chaussée, le sol est revêtu d'un parquet en Douglas naturel, tandis qu'à l'étage, des panneaux de liège sont posés au sol. Soucieux des détails, les architectes se sont affranchis des gouttières classiques. Le faîtage est traité par un lignolet, une méthode traditionnelle où le dernier rang d'ardoises du versant exposé au vent domine et déborde légèrement au-dessus de l'autre versant. Autant d'illustrations d'une démarche questionnant le vernaculaire contemporain qui imprègne toute la maison : « Une forme de politesse par rapport à ce qui nous environne », résume Philippe Barré. Cette réalisation est le résultat d'un dialogue fécond entre architectes exigeants et clients éclairés dans lequel les allers-retours permanents ont enrichi la conception : « Ce projet est le fruit d'une écoute mutuelle et d'un engagement commun pour une qualité architecturale sincère et durable », concluent-ils d'une seule voix.
Maîtrise d'ouvrage : privée
Maîtrise d'œuvre : Barré-Lambot (architectes)
Localisation : presqu'île de Guérande (44)
Livraison : 2024
Surface : 195 m2
Entreprises : Clément et Fils (gros oeuvre) -Happy-Home (Charpente et bardage bois) Bildau et Bussmann (Menuiseries extérieures) Julien Hamard (revêtement sols durs) EGTB (Elec. et PBCVC)
Contact architectes : www.barre-lambot.com
Contact photographe : maximeverret.com

