Insérée à flanc de coteau, la maison* d'Audrey Michelier a un faux air de Case Study House californienne, avec vue panoramique sur Rouen et les boucles de la Seine à défaut de Los Angeles… « La nuit, la rive gauche de la ville avec ses rues illuminées peut faire illusion » , s'amuse cette Rouennaise de 38 ans. En 2012 , après des années de recherche, elle trouve sur Leboncoin.fr un terrain de 460 mètres carrés orienté au sud avec une vue époustouflante, à seulement 5 minutes en voiture du centre. Cette parcelle est issue de la division d'une vaste propriété. Situé trois mètres en contrebas d'un étroit chemin à sens unique, le terrain abrite les ruines d'une usine de toile émeri, peu exploitables et donc démolies, excepté une plateforme sur laquelle la maison vient se fixer.
DÉTAILS COUTURE
L'architecte adosse l'habitation au mur d'enceinte en briques et silex, typique de la région, qui sert de soutènement à la voirie. Depuis la rue, le volume simple et discret en zinc noir VMZINC semble juste posé sur ce mur arasé. En réalité, la partie basse est doublée par une maçonnerie de parpaings. Pour le niveau supérieur, Audrey Michelier privilégie une ossature bois classique afin d'alléger le chantier, difficile d'accès. Le plan local d'urbanisme ( PLU ) ne prescrivant aucune couleur ni matériau particulier, l'architecte obtient son permis sans restriction. « Le noir s'intègre bien mieux dans le paysage que l'enduit ton pierre imposé un peu partout aujourd'hui ! Depuis l'autre rive, la maison est invisible » , insiste-t-elle.
IL N' Y AVAIT PAS BESOIN DE DÉMONTRER TROP DE CHOSES L'ARCHITECTURE DOIT RESTER SIMPLE FACE AU PAYSAGE . » Audrey Michelier, architecte
Dans ses projets, elle utilise très souvent le zinc qu'elle apprécie pour sa pérennité, son aspect mat et sa mise en œuvre aisée. Ce choix est également lié au climat de la région car le matériau protège bien de l'humidité et des variations de température. Masse unie de loin, la maison présente de près des « détails couture » avec la pose à joint debout et des entraxes aléatoires. Pour donner un peu de légèreté, Audrey Michelier évide le volume sur chaque face, ménageant des ouvertures bardées de tasseaux de Douglas raboté, carrés et posés à claire-voie sur un pare-pluie noir. À l'angle nord, ce vide signale et abrite l'entrée. À l'ouest, une terrasse domine la Seine et la rive droite de la ville. Au sud, au niveau de la cuisine, un balcon ouvre sur les forêts des coteaux et, juste en dessous, un autre renfoncement sert de loggia qui donne accès au jardin.
ORGANISATION INVERSÉE
« Il n'y avait pas besoin de démontrer trop de choses, l'architecture doit rester simple face au paysage » , raconte Audrey Michelier. Elle tire partie de la contrainte du dénivelé en plaçant l'entrée, la cuisine et le séjour au niveau de la rue, en belvédère au-dessus de la Seine avec une vue à 180 degrés sur le grand Rouen. Un parcours séquencé met en scène de généreux espaces communs jusqu'à la baie à galandage dont le vitrage glisse entièrement dans le mur et abolit ainsi la frontière entre le salon et la terrasse. Pour compenser son coût, les autres fenêtres du séjour sont fixes. Au niveau inférieur, cinq chambres s'alignent sur le jardin. Au centre, la salle de jeux fait office de tampon entre l'espace de la mère et celui de ses enfants, aujourd'hui âgés de 14 et 12 ans, puis la chambre d'amis et au fond, celle louée à une étudiante. Un studio indépendant, destiné à la location, occupe la partie est. Grâce à son enveloppe isolante et ses larges ouvertures au sud et à l'ouest qui tirent profit de l'apport du soleil, l'habitation consomme peu d'énergie. Un poêle à bois suffit à chauffer les 110 mètres carrés de l'étage tandis que des radiateurs d'appoint sont installés dans les chambres. La maison d'Audrey Michelier participe à la transformation actuelle de ce quartier résidentiel peuplé de constructions hétéroclites de toutes les époques. « Sa toiture terrasse ne choque pas, elle dialogue avec les quelques maisons des années 1950 et 19 60 » , constate-t-elle. Mais avant tout, l'architecte se réjouit de ce qu'a permis la division parcellaire : « J'aime l'idée de densifier la ville, de ne pas être obligé de construire en lotissement ! »
*En 2016 , la maison d'Audrey Michelier a été lauréate dans la catégorie maison individuelle du Grand Prix d'Architecture et d'Urbanisme de Haute Normandie, organisé par le CAUE de Seine-Maritime.
architectes atelier tmf - Achille Thorel, Audrey Michelier et Cécile Fort
localisation Rouen ( 76 )
livraison 2014
études 10 mois
travaux 12 mois
surface 220 m² SHAB
coût des travaux 316 000 euros TTC
matériaux utilisés maçonnerie agglos (rez-de-jardin) /
bois (ossature étage) / zinc VMZINC (bardage) / Douglas (bardage) / béton finition quartzée (sols)
fournitures cuisine Ikea / salle de bains Ikea et Leroy Merlin / luminaire séjour d'Octavio Amado / poêle Igel /carrelage Pavigrés 21

