Dans les faubourgs de Porto, un tout jeune architecte imagine en 1954 une piscine enchâssée dans le rocher. Ce concepteur se nomme Álvaro Siza, et ses bâtiments, loin de sa banlieue natale, feront bientôt le tour du monde, à l’image de ceux d’Edouardo Souto de Moura ou de Fernando Tavaro. Jusqu’au 29 août, l’exception portugaise s’expose à Paris, à la Cité de l’architecture. Les parcours personnels des créateurs y rencontrent la grande histoire. Entre local et universel, cette école architecturale à part s’arque en effet sur les heurts de la destinée lusitanienne. Dictature, aventure coloniale vers l’Angola et le Mozambique, Révolution des Œillets, adhésion à la CEE, globalisation : en tout, cinquante années au cours desquelles les édifices construits sont aussi bien portés par une géographie particulière que par l’ouverture vers l’extérieur. L’énigme de la piscine des Marées, dont les murs rampent dans le relief granitique d’une plage, immergeant le visiteur jusqu’à la surprise du bassin et de la mer, s’y frotte à la devinette posée par la Maison des histoires Paula Rego à Cascais et ses étranges silos orangés : anciens ou modernes, d’ici ou d’ailleurs, en brique ou en béton, d’où viennent ces derniers, édifiés à l’aube des années 2000 par Eduardo Souto de Moura pour célébrer l’imaginaire d’une des plus grands peintres du pays ? Créateurs souvent laissés dans l’ombre à la différence de ceux s’illustrant dans d’autres domaines artistiques, comme la littérature – avec les écrivains Fernando Pessoa ou José Saramago – ou le cinéma – Manoel de Oliveira ou Miguel Gomes –, les architectes portugais, grâce à cette exposition, hissent haut les couleurs de la discipline : orange donc, avec le musée Paula Rego, bleu azur avec le Teatro Azul de Manuel Graça Dias, Egas José Vieira et Gonçalo Afonso Dias, ou mauve, avec la bien-nommée Panthère rose, ensemble urbain lisboète conçu par Gonçalo Byrne et António Reis Cabrita… Une balade éclatante, à rafraichir la rétine.
