En 2016, pour leur premier achat, Céline et David tombent sous le charme d'un appartement situé dans un immeuble parisien du début du XXe siècle qui abritait à l'origine une usine de ferronnerie, typique des impasses du 11e arrondissement de la capitale. Le bien étant encore administrativement considéré comme un local professionnel, le couple engage donc le changement de destination auprès des services de l'urbanisme de la Ville et l'obtient facilement.
Mais l'aménagement d'origine du volume ouvert dans un plan de 8 mètres sur 8 ne leur convient pas. En plus de l'espace perdu - dont une partie surdimensionnée pour l'entrée -, un salon profond et sombre s'étire loin des trois baies orientées à l'ouest, avec deux poteaux en plein milieu. Après avoir découvert sur Internet un loft qu'Alexandre Delaunay vient de livrer à Brooklyn, ils se tournent donc vers l'architecte français, dont l'agence SABO project est établie à Paris et New York.
« Dès la première visite, cet ancien bâtiment industriel avec sonimportante hauteur sous plafond, ses grandes fenêtres et ses proportions originales m'ont beaucoup plu, explique ce dernier . Mais il y avait deux contraintes : sa profondeur et le budget serré des propriétaires. »
CIRCULATIONS
Alexandre Delaunay souhaite avant tout conserver l'intégrité du volume. En y introduisant une boîte qui abrite la chambre du couple, la salle de bains et une chambre d'amis sur son couvercle, il peut circonscrire différents espaces sans avoir recours à des cloisons classiques. « C'est comme un meuble dans lequel on pourrait habiter ou une maison dans la maison ! », s'amuse-t-il . Elle laisse les murs filer, la lumière passer sur ses côtés, le plafond se prolonger au-dessus et une circulation en boucle se dessiner autour. « Il n'y a pas de cul de sac », fait aussi remarquer l'architecte. La moitié de la surface de l'appartement est occupée par la boîte et celle-ci accueille, sur trois de ses côtés, par l'entrée, un couloir et de nombreux rangements, laissant ainsi le séjour s'étendre le long des baies vitrées. Cette première proposition d'organisation plaît d'emblée à Céline et David, même s'ils doivent renoncer à avoir deux vraies chambres : « Nous avons tout de suite accepté le compromis du lit d'appoint en mezzanine », expliquent-ils. Pour obtenir plus de hauteur sous plafond à l'intérieur de la boîte, le sol est décaissé de 20 centimètres sur son emplacement. Mais au début du chantier, l'équipe a la mauvaise surprise de découvrir une double couche de béton qui s'avérera particulièrement difficile à creuser...
TRAVAIL D'ORFÈVRE
Céline et David ayant flashé sur le béton brut du loft de Brooklyn, Alexandre Delaunay parvient à obtenir ici un résultat similaire en grattant l'enduit du plafond et de la structure poteaux-poutres. En contraste avec cette esthétique rude, il imagine une boîte en métal doré aux angles courbes. « Elle est comme un bijou dans une grotte, une montre suisse articulée avec ses gonds et ses pliants coulissants », s'enthousiasme-t-il. « Nous avions très peur que cela fasse bling-bling, doncnous avons demandé à Alexandre d'opter pour le gris mais il a insisté en nous répondant que sinon cela ressemblerait à un frigo ! » , raconte le couple. Finalement, ils choisissent ensemble une teinte champagne. « Nous étions tout de même un peu stressés avant de découvrir le revêtement sur l'intégralité de sa surface… », avouent Céline et David. Les quarante feuilles d'aluminium, toutes différentes, pliées et anodisées sur mesure, sont montées sur une structure métallique en acier. Côté salon, du polycarbonate et des volets perforés permettent à la lumière naturelle d'entrer dans la salle de bains et la chambre et d'en varier l'intimité. Alexandre Delaunay puise dans le catalogue des poinçons de l'entreprise et retient une seule taille. Passionné de graphisme - son agence réalise aussi des scénographies -, il cherche longtemps sur ordinateur le bon équilibre entre une disposition aléatoire et organisée, « un peu hypnotique » , qui ne lasse pas trop vite les habitants. « Vues de l'intérieur de la boîte, les perforations produisent des effets qui ressemblent aux ombres d'un feuillage. Ce n'était pas anticipé mais le résultat est heureux », constate-t-il.
CODE COULEUR
L'architecte établit un code couleur pour tous les éléments en métal : la structure de l'îlot, les gonds, les radiateurs, les seuils de la chambre et de la salle de bains sont ainsi peints dans un gris industriel. Et à la demande du couple, l'ensemble des éclairages et des poignées sont en porcelaine. « C'est un peu plus que de la simple déco car ce matériau est utilisé dans tout l'appartement », précise Alexandre Delaunay qui a dessiné une suspension avec poulie et contrepoids pour la table de la salle à manger, et détourné des isolateurs de clôture électrique en guise de poignées.
Si le chantier n'a pas été de tout repos à la suite de l'abandon de l'entrepreneur qui avait sous-estimé le coût des travaux et la précision nécessaire d'un tel projet, il a fort heureusement été achevé par un artisan avec lequel Alexandre Delaunay est habitué à collaborer. « Aujourd'hui, nous nous sentons vraiment bien ici, à deux comme à plusieurs , apprécient Céline et David.
Nos amis adorent venir chez nous et les enfants tournent sans fin autour de la boîte ! »
architecte SABO project - Alexandre Delaunay
www.sabo-project.com
localisation Paris (11e )
livraison juillet 2017
bâti d'origine début XXe
études 2 mois
travaux 4 mois
surface 69 m2 Carrez
matériaux béton brut (existant) / acier (structure îlot et pliants-coulissants) / aluminium anodisé (panneaux îlot) / porcelaine (éclairage, poignées portes et placards) / OSB (placards chambre) / chêne (parquet)
fournitures robinetterie Grohe / sanitaires Cosmic / carreaux ciment Marrakech Design / éclairage THPG Zangra / cuisine et linéaire de rangements Ikea / parquet contrecollé Leroy Merlin

