À Rennes, le quartier de la Touche s'est métamorphosé en quelques années. La population ouvrière a peu à peu laissé place aux familles avec enfants. À deux pas du centre-ville, au bord du fleuve, ce secteur est devenu très prisé des ménages rennais et les opportunités immobilières y sont rares. Parents de deux enfants, Laetitia et Michel cherchaient un bien à rénover. Pourtant, après plusieurs visites infructueuses, changement de cap. Le couple est séduit par un terrain à vendre découvert par le biais d'une annonce : 540 mètres carrés arborés avec un accès direct au chemin de halage. Matthieu Girard et Margot Le Duff- de l'agence MNM architectes - connaissant la famille, c'est donc tout naturellement qu'ils décident de travailler ensemble. La situation est a priori idéale, si ce n'est plusieurs contraintes majeures : la parcelle est en zone inondable et dans le périmètre de protection d'une église classée monument historique. Le plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) en vigueur leur interdit de construire à moins d'1,40 mètre du sol et limite à 20 % du terrain (au lieu de 50 %) l'emprise de la construction. Une double contrainte qui aurait pu en effrayer plus d'un. Ajouté à cela, le plan local d'urbanisme (PLU) leur impose également de multiples reculs à respecter. Mais comme bien souvent, des contraintes naissent les projets les plus inventifs.
CASSE-TÊTE RÉGLEMENTAIRE
« La parcelle est un concentré de contraintes , résume Matthieu Girard. Les différentes réglementations liées à l'urbanisme et au caractère inondable du site sont complémentaires mais peuvent parfois se contredire et être sujettes à des interprétations différentes. Nous avons eu la grande chance de travailler avec une instructrice de permis qui avait une vision intelligente de cette situation complexe. » Préservant le paysage existant, la construction est implantée dans la partie la moins arborée. Quant à la hauteur obligatoire du plancher, c'est à la fois trop et pas assez. L'altimétrie du niveau bas est donc fixée à 2,20 mètres pour pouvoir profiter d'un vrai espace sous la maison, la contrainte étant qu'il soit inondable. Utilisé comme une remise/atelier, celui-ci est « fermé » par des murs maçonnés en parpaings montés comme des claustras pour laisser passer l'eau en cas de crue. La nature du terrain a nécessité un important travail de fondations pour aller chercher le bon sol à 6 mètres sous terre avec des pieux métalliques vissés. L'habitation est posée sur des pilotis en acier galvanisé qui soutiennent les étages réalisés en ossature bois. L'entrée principale s'effectue par un jardin d'hiver, espace tampon non chauffé marquant la transition entre l'extérieur et l'intérieur. La maison obéit à une organisation simple : au niveau bas, les pièces de vie et la chambre des parents tandis que les deux enfants du couple occupent l'étage. Si salon et salle à manger s'organisent d'un seul tenant, ils sont vécus distinctement grâce à la différence de hauteur sous plafond. Entre les deux se trouve le poêle à bois qui chauffe l'ensemble de l'habitation. Depuis cette double pièce exposée sud-est, une vue sur la tour des Horizons, un immeuble emblématique de Rennes construit par Georges Maillols en 1970.
« NOUS NE VOULIONS PAS DE MEUBLES. INTÉGRER LES RANGEMENTS FIGURAIT PARMI NOS CRITÈRES. NOUS AVONS VRAIMENT TRAVAILLÉ DANS UN ESPRIT DE CO-CONSTRUCTION AVEC LES ARCHITECTES . » - Lætitia, propriétaire
UNE COLONNE VERTÉBRALE EN BOIS
Le projet architectural s'articule de part et d'autre d'une colonne vertébrale qui traverse le volume dans toute sa longueur. Une bande de 60 centimètres en contreplaqué qui accueille cuisine, rangements et banquette. « Nous ne voulions pas de meubles, explique Laetitia. Intégrer les rangements figurait parmi nos critères. Nous avons vraiment travaillé dans un esprit de co-construction avec les architectes. » Autre matériau important du projet, les panneaux bois-ciment Viroc® déclinés un peu partout - au sol, pour la crédence de la cuisine, dans les salles de bains - et qu'architectes et propriétaires ont posés ensemble.
À l'extérieur, l'enveloppe continue (façades et toiture gauche) en ardoise naturelle s'interrompt uniquement dans le jardin d'hiver où des ardoises en verre translucide laissent passer la lumière tout en respectant l'intimité de la famille. Le couvreur n'a pas boudé son plaisir en posant ce bardage atypique. Un exemple parmi d'autres qui illustre l'attitude défendue par les architectes : « Nous n'avons pas un rapport de maîtres/exécutants avec les artisans. Nous formons une équipe et c'est ensemble que nous essayons de trouver des solutions. » Avec son allure peu commune, la construction étonne. « Pendant le chantier, c'était l'attraction du quartier ! se souvient Laetitia. Aujourd'hui nos amis nous disent que cette maison nous ressemble. »
architectes MNM architectes Margot Le Duffet Matthieu Girard
localisation Rennes (35)
livraison février 2017
études 12 mois
travaux 12 mois
surfaces 107 m² SHAB (+ 13 m² de jardin d'hiver, 30 m² de remise, 67 m² d'espace couvert)
coût des travaux 300 000 euros TTC (honoraires architectes inclus)
matériaux pieux métalliques vissés, pilotis acier galvanisé (structure) / ardoise naturelle et ardoise de verre (façades) / aluminium laqué (menuiseries extérieures) / acier galvanisé (portes de service, escalier extérieur) / contreplaqué d'okoumé (mobilier sur mesure : escalier, cuisine, murs de caisses et banquettes) / panneaux bois-ciment Viroc® (revêtement de sol)
fournitures menuiseries extérieures Technal / poêle à bois Heta

