En 2014, Jean-Claude et Catherine font part à leur fils Damien Vignon, architecte à Lyon, de leur projet de résidence secondaire dans les Alpes. Très attachés à la vallée de la Maurienne, ils pensent d'abord à une réhabilitation, mais les différentes bâtisses qu'ils visitent, généralement très sombres, délabrées et situées dans des hameaux isolés, ne les convainquent pas. L'idée d'une construction entièrement neuve germe donc rapidement dans leur esprit. Au bout d'un an, le couple trouve un terrain de 530 mètres carrés ouvert sur le paysage de montagne, au sein d'un lotissement créé par la mairie de Beaune. Il est situé sur un versant sud de la Maurienne, en face des stations de ski qui se dressent au nord. Récemment reconverti dans l'établissement de diagnostics énergétiques, Jean-Claude désire une habitation basse consommation, à forte isolation. Ce sera la première maison passive de Damien Vignon qui a suivi une formation complémentaire professionnelle sur la qualité environnementale du bâtiment.
ACCOMPAGNER LA PENTE
Le règlement du lotissement impose de s'inspirer de l'implantation et de l'esthétique des constructions traditionnelles locales. À l'image des anciennes fermes, la maison doit donc avoir un mur pignon tourné vers la vallée et une toiture à deux pans. Damien Vignon choisit une couverture en acier laqué car la seconde option proposée -des lauzes - a un coût très élevé. Pour répondre à la contrainte de la couleur grise en façade censée rappeler les pierres des bâtisses du village - le bois n'étant autorisé que dans la partie triangulaire du pignon -, l'architecte parvient à convaincre les services instructeurs de l'utilisation d'un bardage général en mélèze en expliquant qu'il reste ainsi dans la logique de son projet de maison à ossature bois. Seule la boîte en béton partiellement enterrée du garage qui se dresse sur la voirie en limite de propriété est habillée de pierres, comme le requièrent les règles de construction sur la parcelle. Pour accéder au sec dans la maison, Damien Vignon dessine un hall d'entrée intermédiaire : « Je l'ai couvert d'un bardage horizontal pour trancher avec le reste et ainsi détacher les trois volumes les uns des autres, qui sont comme posés pour accompagner la pente du terrain . » Compacte, la maison possède un plan limpide : au rez-de-chaussée, la pièce de vie et la chambre du couple ; à l'étage, trois autres destinées aux enfants et petits-enfants.
CAISSONS PRÉFABRIQUÉS
Des bottes de paille sont installées dans l'épaisseur de la double ossature en douglas de Bourgogne et de la laine de bois est intercalée au niveau des montants pour couper les ponts thermiques. Des panneaux de fibres de bois - Agepan® à l'extérieur et Pavaplan® à l'intérieur - viennent fermer et contreventer ces caissons. En toiture, une isolation en ouate de cellulose est privilégiée afin de supporter la charge de la neige.
L'ensemble est préfabriqué en atelier, y compris l'installation des fenêtres, puis monté en quatre jours sur le chantier avec un camion-grue. Damien Vignon fait appel à un charpentier rencontré lors de sa formation et qui lui fournit de la paille provenant d'un réseau de paysans produisant des bottes de même densité et avec une humidité contrôlée. « J'ai écrit mon mémoire sur la paille car pour moi, c'est le matériau écologique par excellence, argumente l'architecte. On récupère ces tiges qui ont stocké du carbone et on offre une source de revenus aux agriculteurs. » Il peaufine ensuite l'écriture du bardage en mélèze autrichien, à couvre-joint à l'étage et à claire-voie au rez-de-chaussée : « Cela fait vibrer la lumière sur les façades, tantôt en relief, tantôt en creux », détaille-t-il. Dans la maison, les murs reçoivent un revêtement en panneaux trois plis épicéa.
SOLEIL, AIR, FEU
La première source de chaleur de l'habitation consiste à récupérer au maximum les apports solaires à travers de larges ouvertures au sud et à l'ouest. Grâce au triple vitrage, ils se répartissent de façon homogène et il n'y a pas de sensation de parois froides. « Et comme aucun son ne parvient de l'extérieur, il y a un sentiment de protection », ajoute l'architecte. En revanche, ce dernier doit se tourner vers un modèle de vitrage « altitude », préconisé au-dessus de 900 mètres pour éviter qu'il ne casse mais qui entraîne un surcoût d'environ 15 %. Les verres sélectionnés ont un facteur solaire élevé afin de laisser davantage entrer la chaleur des rayons. Des brise-soleil motorisés en aluminium et à lames orientables complètent le dispositif. « C'est une maison dans laquelle il faut vivre en fonction de la météo, en jouant avec les stores », appuie Damien Vignon. Dans cette habitation tout en transparence, la famille profite en permanence du paysage et se sent d'autant mieux à l'intérieur lorsqu'il neige dehors. « Je suis content d'avoir pu multiplier le nombre de baies, se réjouit l'architecte.
Elles éclairent en profondeur la maison avec une belle lumière et créent une atmosphère calme et chaleureuse. » À l'étage, les portes-fenêtres du pignon s'ouvrent avec un garde-corps en verre positionné à l'intérieur tandis que celles de la façade sud restent fixes pour des raisons financières. « La nuit, en mi-saison, il nous arrive d'ouvrir les oscillo-battants pour aérer les chambres lorsqu'il y fait trop chaud. Nous ne vivons pas dans un logiciel de calculs ! », expliquent les propriétaires. La deuxième source de chaleur est la ventilation double flux qui préchauffe l'air extérieur en récupérant les calories de celui qu'elle extrait de la maison. Mais comme elle ne suffit pas pour le climat de Beaune, elle est combinée avec un puits canadien.
Catherine, née en Martinique et particulièrement frileuse, apprécie le dispositif car il n'y a aucune sensation de froid grâce à la parfaite étanchéité et à l'air agréable doucement soufflé par la ventilation. La maintenance consiste uniquement à changer une fois par an les filtres de la double flux. Nul besoin de système de chauffage pour mettre hors gel quand il n'y a personne, l'habitation se maintient toujours à 10 degrés.
Un petit poêle à bûches apporte une troisième source de chaleur, derrière lequel l'architecte a dressé un mur noir à ossature bois et remplissage de briques. « Dans une maison passive, il faut chercher l'inertie », insiste-t-il. Il suffit de quelques bûches pour que la température monte rapidement à plus de 20 degrés. « Le chalet est utilisé presque toute l'année. Après une journée passée à skier, il y fait toujours aussi chaud. Il sert aussi bien à mes parents qu'à leurs enfants et leurs amis. Tout le monde a envie d'y aller ! », conclut Damien Vignon.
architecte Damien Vignon Architecte
www.damienvignonarchitecte.com
localisation Beaune Grand-Village (Savoie)
livraison novembre 2016
études 12 mois
travaux 18 mois (comprenant les interruptions dues au climat de montagne)
surface 137 m² SHAB (+ 59 m² garage et cave)
coût des travaux 337 000 euros TTC
consommation chauffage 15 kWh/m².an
consommation énergétique globale 97 kWh/m².an (chauffage + eau chaude sanitaire + électricité + auxiliaires + éclairage)
matériaux bois (ossature, bardage, escalier, mobilier, parquet) / verre (garde-corps) / métal (couverture, brise-soleil, seuils) / bottes de paille, ouate de cellulose (isolation)
fournitures menuiseries triple vitrage de Menuiseries André / ventilation double flux et puits canadien Helios / Poêle Q-Tee de Attika / table repas Zago / robinetterie Grohe
Architectures À Vivre : Qu'est-ce qu'une maison passive* ?
Une maison passive est une habitation très économe en énergie. Elle mise sur les énergies gratuites pour maintenir une température intérieure confortable avec le minimum de besoins de chauffage et de rafraîchissement.
La construction doit être compacte, bien orientée avec un maximum d'ouvertures au sud pour bénéficier des apports de l'énergie solaire, avoir une forte isolation, une étanchéité à l'air performante et un renouvellement d'air maîtrisé.
A.À.V. : Quels sont les pièges à éviter pour un projet de maison passive ?
Un projet de maison passive reste un projet d'architecture, qui doit d'abord provoquer des émotions, créer des espaces de qualité et dialoguer avec le site dans lequel il prend place. C'est le résultat d'un travail subtil qui raconte l'histoire entre l'architecte, l'usager et le lieu. Le principal piège à éviter est de concevoir l'habitation uniquement pour sa performance et dans une approche purement technique, en oubliant l'architecture. La technique est au service du projet et non l'inverse. Il s'agit de la maîtriser pour qu'elle fasse partie intégrante de la conception et qu'elle ne soit pas perçue comme une strate ajoutée en surépaisseur. Dans le choix des matériaux, les critères de sélection ne doivent pas être réduits au seul aspect de la performance, mais pour leurs qualités intrinsèque et esthétique qui viennent composer le projet.
A.À.V. : Comment vit-on dans une maison passive ?
Les maisons passives sont très confortables : la température est très douce et constante, il n'y a pas de sensation de froid à proximité des vitrages ou de courants d'air par exemple. L'intérieur reste frais en été et la chaleur est maintenue l'hiver. Les grands vitrages au sud permettent une belle ouverture sur le paysage et offrent donc un rapport privilégié sur l'extérieur. La lumière naturelle est généreuse et met en valeur les espaces qui sont éclairés suivant la course du soleil. La maison passive permet de vivre en minimisant son impact sur l'environnement : c'est le modèle constructif de demain qui s'inscrit dans une logique de maîtrise des ressources afin de garantir leur disponibilité aux générations futures.
*Trois critères définissent l'habitat passif : besoin en énergie de chauffage inférieur à 15 kWh m2 .an ; étanchéité à l'air (test de la porte dite blower door ) n50 < 0,6 h-1 ; consommation d'énergie primaire inférieure à 120 kWh/m2 .an. Le besoin en énergie finale ne doit pas dépasser 50 kWh/m2 .an.

