Il y a une quinzaine d'années, un couple fait l'acquisition d'une petite maison de ville nantaise. Sur fond de quartier résidentiel tranquille, la construction de 1930 se perd dans la masse des habitations sagement alignées. Mitoyenne sur deux côtés, elle adopte une organisation classique sur rue, conforme aux constructions de l'époque : un rez-de chaussée semi-enterré, les pièces de vie au premier niveau, un étage sous combles abritant deux très petites chambres (7 et 5 mètres carrés) et un jardinet en fond de parcelle. En 2012 , deux enfants plus tard, et malgré quelques travaux déjà effectués, la famille commence sérieusement à manquer de place. Trop attachée à sa résidence actuelle, elle est résolue à ne pas la quitter, mais sur ce terrain réduit, la construction d'une extension apparaît vite impossible. S'étendre, non, mais pourquoi pas s'élever ? Pour les faire décoller, les propriétaires s'adressent très naturellement à l'agence Onze04 : « ils avaient repéré et apprécié l'une de nos réalisations, la maison BB , qui se trouve être celle de leurs anciens voisins », raconte l'architecte Margaux-Anne Bouvier. Le feeling entre clients et architectes est immédiat, et les échanges nombreux. Démarre ainsi une longue réflexion de dix-sept mois riche en dialogues et en esquisses.
RÉFÉRENCE LOCALE
C'est en observant les toitures traditionnelles nantaises que les architectes trouvent leur source d'inspiration. Très inclinées et couvertes d'ardoises, elles sont rythmées par d'imposants murs en brique rouge renfermant les conduits de fumée des cheminées. Alors que le mariage des couvertures et des façades affiche une unité relativement harmonieuse, ces éléments, nommés souches, contrastent curieusement avec le reste des édifices. « Elles viennent déstabiliser cet équilibre, introduisant un degré de richesse et de complexité volumétrique que les bâtiments n'ont pas intentionnellement intégré à la base de leur conception », expliquent les architectes. Au cours du XIXe siècle ces souches vont évoluer et parfois se transformer en façades, avec l'intégration de vraies ou de fausses fenêtres.
Des éléments initialement techniques deviennent ainsi de véritables caractéristiques du paysage architectural et urbain. Ce sont justement ces « accidents formels » que les concepteurs souhaitent réinterpréter à travers leur projet en choisissant naturellement la brique porteuse pour réaliser la surélévation. Un joli clin d'œil qui n'aboutira malheureusement pas, les fondations existantes n'étant pas suffisamment solides pour supporter le matériau en structure. Qu'à cela ne tienne Une ossature en bois, plus légère, se substituera à la terre cuite tout en respectant la démarche et la réflexion des architectes.
HAUT-DE-FORME
La maison existante est ainsi rehaussée d'une hauteur d'environ 3 mètres. L'ancien espace sous combles est remplacé par un étage complet accueillant deux chambres d'enfants, tandis que la suite parentale vient se glisser au niveau supérieur, côté jardin, sous la nouvelle toiture. À la manière des souches traditionnelles nantaises, la surélévation en douglas tranche volontairement avec l'ancienne façade repeinte en blanc. Matériellement différente, certes, elle prolonge tout de même la volumétrie du socle d'origine et englobe au passage les conduits de cheminées existants. Son impact visuel, relativement imposant depuis la rue, est minimisé par le décalage du faîtage à l'arrière. Dans un souci du détail, les bardeaux de douglas en revêtement reprennent visuellement le motif et l'échelle des pavés de terre cuite : ils habillent les pignons et les souches puis se retournent en façade, encadrant de-ci de-là les nouvelles ouvertures. En écho aux ardoises locales, des panneaux de zinc alternent à certains endroits avec le bardage en bois.
CE TRONC D'ACACIA A GÉNÉRÉ UNE FORTE DÉMARCHE D'IMPLICATION DE LA DES CLIENTS DEPUIS SON CHOIX JUSQU'À SA POSE LEUR PERMETTANT DE NOUER UN LIEN PARTICULIER AVEC LE PROJET OMNIPRÉSENT DANS LEUR QUOTIDIEN L'ARBRE SUSCITE L'ÉMOTION. » Onze04 architectes
LE BOIS DANS TOUS SES ÉTATS
À l'intérieur, le changement est total et l'effet de surprise garanti. Les visiteurs des Journées d'Architectures À Vivre de cette année pourraient en témoigner : « Lorsqu'ils sont rentrés dans la maison, ils ne s'attendaient pas à voir un espace aussi grand » , s'amuse le chef de projet Gustavo Silva-Nicoletti. Les architectes ont choisi de décloisonner un maximum et d'évider une partie des planchers afin de créer de nombreuses connexions visuelles et des perspectives lointaines. La sensation de grandeur est saisissante et la beauté spatiale largement mise en valeur. Dès l'entrée en double hauteur, il est possible d'appréhender quasiment tout le volume : d'abord le séjour-cuisine, au premier étage, totalement ouvert, puis les deux derniers niveaux, grâce au vide généré au centre de la maison. Afin de respecter une cohérence d'ensemble, le bois domine, souvent dans son aspect le plus naturel. Pour des raisons esthétiques, l'ossature de la surélévation est laissée apparente, accentuant au passage la verticalité du projet. Les cloisons ou garde-corps en panneaux OSB complètent cette harmonie générale. Mais au cœur de l'habitation un élément intrigue… En effet, un tronc d'arbre dressé au milieu du vide central laisse le visiteur songeur : « Est-ce un élément de décoration ? Était-il déjà là ? ». Lors des études de conception, la nécessité d'un poteau structurel se révèle malheureusement nécessaire. Mais en proposant aux propriétaires d'utiliser un véritable tronc, les architectes sont parvenus à transformer cette contrainte en une jolie histoire. Accompagnés du charpentier, les clients se sont en effet rendus dans une scierie et ont sélectionné eux-mêmes le tronc d'acacia trônant désormais dans leur salon.
Une anecdote amusante, génératrice d'une réelle implication des propriétaires pendant le chantier, et d'un lien tout particulier avec l'arbre. Le bilan de cette expérience ? Une véritable réussite pour un projet porté par une intelligence collective réunissant maîtres d'œuvre et d'ouvrage.
Architectures à vivre : Quelles sont les premières démarches à effectuer avant d'envisager un projet de surélévation ?
Il faut d'abord vérifier sa faisabilité au regard des règles d'urbanisme, soit en se dirigeant vers le service d'urbanisme de la mairie de la commune concernée, ou en se rapprochant des CAUE (conseils d'architecture, de l'urbanisme et de l'environnement) présents dans chaque département. Étant donné la forte complexité d'un tel projet, mon conseil est de contacter directement un architecte afin de réaliser ces premières démarches avec lui. Il saura vous guider tout au long des étapes de conception et de construction, et pourra réaliser une étude de faisabilité complète, préalable au démarrage des études. Pour trouver un architecte près de chez vous, vous pouvez consulter le site de l'Ordre des Architectes. Un autre moyen très efficace est de participer à des événements tels que les Journées d'Architectures À Vivre qui permettent de rencontrer un professionnel en même temps que l'on visite sa réalisation.
A.à.v : Quels éléments doivent être impérativement vérifiés avant de se lancer dans un projet de surélévation ?
Une fois vérifiées les règles d'urbanisme, on doit déterminer le programme et le budget destiné à l'opération. Avant de commencer et afin de connaître l'état et les caractéristiques du bâtiment sur lequel on va intervenir, un relevé doit être réalisé, soit manuellement par l'architecte, ou par un scanner 3D si l'existant présente des irrégularités importantes, comme une ancienne charpente en bois où tous les éléments sont uniques et différents. Ce procédé offre une précision de 2 millimètres !
Ces données d'entrée permettent d'engager les études et de réaliser les premières esquisses. En parallèle, l'architecte décidera, en fonction du type de bâtiment, de sa localisation, de son environnement proche, etc., quelles études complémentaires réaliser. D'un point de vue structurel, il faudra tenir compte de l'implantation géographique du bâti afin de voir s'il est situé en zone sismique. Une étude de sol et une étude de diagnostique peuvent aussi s'avérer nécessaires afin de déterminer les solutions constructives les plus adaptées.
Ces études auront une influence importante sur le coût final des travaux et le planning du chantier. S'agissant d'une intervention sur l'existant, de nouvelles données pendant les travaux peuvent aussi modifier les délais et représenter des surcoûts économiques. C'est pour cela que nous conseillons, en fonction de chaque projet, de prévoir une marge de quelques semaines pour le planning et un dépassement d'environ 5 % à 8 % du budget global pour les imprévus.
A.à.v : Quels sont les avantages de l'OSB ?
Outre son aspect économique, l'OSB présente plusieurs avantages. D'une part, sa structure particulière garantit des performances mécaniques. D'autre part, c'est un matériau robuste mais également léger pouvant être manipulé facilement. Grâce à ces qualités, l'OSB permet de multiples usages.
Dans le domaine du gros œuvre, il est principalement utilisé comme matériau de contreventement de murs en ossature bois. Il peut également servir à fabriquer des planchers et des solives, à concevoir de l'ameublement ou, dans notre cas, comme matériau de finition murale. La principale précaution à prendre réside dans sa fabrication : certaines résines utilisées pour coller les lamelles de bois peuvent émettre des COV (composés organiques volatils) nocifs.
architectes Onze04 architectes - Gustavo Silva-Nicoletti, Margaux-Anne Bouvier, Simon Rousseau et Mathias Gerhardt
localisation Nantes (Loire-Atlantique)
bâti d'origine 1930
livraison 2015
études 17 mois
travaux 11 mois
surfaces 162 m² SHON , 198,4 m² SHOB (existant 101 m²)
coût des travaux 160 000 euros HT
matériaux utilisés douglas (ossature et bardeaux) / zinc (couverture) / panneaux OSB (cloisons intérieures) / parquet Vecchio chêne gris vieilli de Castorama (sol rez-de-chaussée) / parquet Naturio chêne huilé de Castorama (sol chambres) / carrelage Ciment D. Guell (salle de bains) / aluminium (menuiseries K-Line)
fournitures tapisserie Orla Kielly de Tollens / poêle à bois Osaka de Panadero distribué par Castorama

