Les deux architectes sont donc toutes disposées à répondre à la demande singulière de l’écrivaine Anna Molina ! Cette dernière, installée au Danemark depuis plusieurs années, entretient une relation toute particulière avec l’ancien moulin hydraulique du village de La Vilella Baixa, en Espagne, où elle est née. Terrain de jeu préféré d’Anna durant l’enfance, le vieux moulin a servi, plus tard, de toile de fond pour l’un de ses romans. C’est dire l’attachement de l’auteure pour ce lieu ! Aussi, lorsque l’occasion d’acheter le bien se présente, Anna Molina n’hésite pas une seconde. Elle rêve depuis longtemps de transformer le bâtiment en maison de vacances pour elle et les siens et se tourne rapidement vers le studio Vilablanch, séduite par les références de l’agence en matière de restauration. « Anna Molina a vu que nous savions préserver l’essence d’un lieu… Tout en apportant une touche contemporaine », expliquent Agnès Blanch, architecte d’intérieur de formation, et Elina Vilá, architecte ingénieure spécialisée en restauration et en conservation du patrimoine, dont les compétences respectives se complètent à merveille. Ce logement de vacances, quoique insolite, se doit de rester sobre afin de sublimer les vestiges du passé auxquels Anna tient tant.
Désaffecté depuis plusieurs années, le moulin, devenu le refuge d’une colonie de chauves-souris, ne présentait par chance pas de désordre structurel notoire. Un certain nombre d’éléments classés au titre des Biens culturels d’intérêt local (BCIL) avaient toutefois grand besoin d’être restaurés. « Il était essentiel pour nous de comprendre l’histoire du moulin afin d’effectuer une restauration qui s’intègre le plus respectueusement possible dans le paysage local. » Un travail de recherche approfondi permet ainsi aux architectes de découvrir que le moulin et les bâtiments annexes ont été construits en deux temps : la résidence principale et le moulin hydraulique, construits en contrebas d’un promontoire rocheux, remontent au XVIe siècle, tandis que la tour hexagonale de style mudéjar date du XIXe siècle. Agnès et Elina tiennent compte de cette observation pour restaurer l’ensemble en respectant les techniques de construction d’époque.
« Après plus de trois ans de restauration intensive, notre studio a également relevé un autre défi majeur : relier intérieurement tous les bâtiments », se remémorent les architectes. Le moulin étant classé, aucun ajout en façade n’est envisageable. La mise en connexion des différents édifices devait donc obligatoirement s’opérer de l’intérieur. « Un tunnel vertical et une petite section horizontale ont été creusés, en suivant l’ancien canal qui servait autrefois à l’écoulement de l’eau entre la tour et le moulin, pour relier tous les bâtiments. À l’intérieur de ce tunnel, nous avons installé un grand escalier en colimaçon qui relie désormais l’ensemble du bâtiment de haut en bas, offrant un accès direct à la tour. » Une solution qui oblige à embrasser la verticalité naturelle du site ! « C’est en soi une expérience : vivre à l’intérieur d’un moulin signifie accepter un mode de vie vertical. Grâce à cette disposition, nous avons réussi à créer un agencement fluide et interconnecté entre toutes les pièces de la maison et ainsi pu concevoir une maison qui, avec ses éléments architecturaux et patrimoniaux restaurés, répond aux exigences en termes de confort d’une habitation du XXIe siècle. »

