C'est dans le petit village de Canejan, suspendu à 900 mètres d'altitude au-dessus de la vallée du Toran, que Teo et son père, Pablo, découvrent en 2004 une bâtisse en pierre sèche, presque une ruine. Résidant à Barcelone, à 300 kilomètres de là, ils recherchent alors une maison de vacances dans le Val d'Aran et tombent sous le charme de cette rustique borda, l'équivalent d'une borie* cévenole de l'autre côté de la frontière. Adossée au flanc de la montagne, elle domine le village orienté au sud et offre un panorama sur toute la vallée. Séjournant ensemble à la montagne trois ou quatre fois par an, Teo et Pablo souhaitent cohabiter mais de manière indépendante, chacun avec sa famille respective. Après la visite du site avec les architectes Eduardo Cadaval et Clara Solà-Morales, dont les propriétaires connaissent et apprécient les réalisations, l'impossibilité de créer deux logements autonomes dans les limites de l'existant s'avère cependant évidente. Ils décident donc d'un commun accord de construire une surélévation sur la base en pierre sèche à restaurer, ce qui leur permet de superposer deux habitations à l'intérieur du même bâtiment.
APPORTER LA LUMIÈRE
L'édifice existant, posé sur un terrain très pentu et incliné à l'ouest, réunit sous un même toit deux petites maisons au plafond bas, surmontées par un long grenier commun où était entreposée de la paille. « Cet espace continu très profond était vraiment magnifique, se souvient Clara Solà-Morales. Ce volume ininterrompu et l'épaisseur des murs ont constitué le point de départ du projet. Nous voulions conserver cette continuité tout en faisant pénétrer la lumière dans chaque habitation .»
Restaurant dans un premier temps l'enveloppe principale, les concepteurs intègrent une large ouverture dans la façade sud. Faisant office d'entrée dans le logement des grands-parents au rez-de-chaussée, elle l'inonde d'un éclairage naturel ignoré dans les logis traditionnels de la région. À l'est, ils remplacent la structure défaillante du pignon par une grande baie vitrée ouverte sur la vallée du Toran, qui illumine l'étage supérieur habité par la famille de Teo. Seul le niveau en contrebas, encastré dans le flanc de la montagne et composé d'une chambre et d'une salle de bains, conserve les étroites percées d'origine.
« Ce volume ininterrompu et l'épaisseur des murs en pierre ont constitué le point de départ du projet. » Clara Solà-Morales, architecte
DIMENSIONS AÉRIENNES
Pour la surélévation, les architectes imaginent une structure métallique, posée sur une dalle s'appuyant sur l'ancien bâti. Ce mode constructif s'impose dès la conception du projet en raison des difficultés d'accès au terrain et de la possibilité de conjuguer ainsi vernaculaire et contemporain. « Il fallait grimper des escaliersdepuis l'église, située une cinquantaine de mètres en contrebas, se souvient Clara Solà-Morales. Les entreprises locales nous ont prévenus qu'aucune machine ne passerait. Tout le projet a donc été conçu, structure comprise, dans l'optique d'un transport des matériaux par hélicoptère. » Les dimensions sont donc limitées en conséquence. Au moment du dépôt de la demande de permis de construire, la mairie décide cependant d'ouvrir un passage. Le chantier peut commencer et emprunter une voie urbanisée après deux ans de concertations et de travaux ! « Cela nous a même permis de créer un garage qui n'était pas au programme », soulignent les architectes.
TOUT EN PROFONDEUR
Pour préserver le sentiment de continuité de l'espace, Eduardo Cadaval et Clara Solà-Morales dessinent deux plateaux superposés entièrement décloisonnés avec une répartition presque similaire des fonctions. Seuls deux blocs techniques, alignés verticalement de part et d'autre, délimitent les espaces et dissimulent les salles de bains et l'escalier par lequel communiquent le rez-de-chaussée et le premier étage. Ces conteneurs servent également d'éléments structurels allégeant l'appui des dalles sur le périmètre en pierre. Mais surtout, par leur travail sur la toiture, les concepteurs transcrivent la profondeur de l'existant dans un vocabulaire très contemporain. « Nous refusions de perforer la couverture de fenêtres multiples , explique Clara Solà-Morales. Pour contourner la réglementation quiempêche les percements continus sur la toiture, nous avons donc surélevé celle-ci, dégageant vers le sud une faille ininterrompue entre le toit et le mur d'origine par laquelle s'engouffrent la lumière et les vues. Complétée par une large entaille zénithale, générée à l'intersection des deux pans au nord, elle dispense alors toute sa puissance à l'intérieur. »
Par cette intervention contemporaine discrète mais contrastée, jouant sur les perspectives et les ouvertures, Eduardo Cadaval et Clara Solà-Morales ont ainsi ajouté aux caractéristiques vernaculaires de cette maison de montagne lumière et confort moderne appréciés de trois générations sous un même toit.
* Associé récemment à la cabane en pierre sèche de Provence, le terme de borie désigne à l'origine une ferme ou une exploitation agricole.
architectes Cadaval & Solà-Morales Eduardo Cadaval et Clara Solà-Morales
www.ca-so.com
localisation Canejan - Val d'Aran (Pyrénées espagnoles)
livraison 2010
études 12 mois
chantier 24 mois
surface 350 m² SHON
matériaux pierre (enveloppe structurelle niveaux bas) / acier (structure niveau haut) / béton (dalles) / ardoise (couverture) / doussié (parquet) / PVC (menuiseries VEKA) / laine de roche (isolation de la toiture)
