© Centre commercial Groenlandia, São Paulo, 2014
Architectures à vivre : Triptyque c’est quoi ?
Triptyque : Quatre associés qui se sont rencontrés à l'École nationale supérieure d'Architecture de Paris – Val-de-Seine à la fin des années 1990. Nous nous sommes réunis autour d'une vision partagée, à la fois politique et ludique, de l’architecture et de la création artistique. Pour le dire simplement, nous souhaitions unir nos forces pour changer le monde ! Nos diplômes à peine en poches, nous nous sommes d’abord établis à São Paulo en 2000, puis, une fois lauréats des Nouveaux albums des jeunes architectes (NAJA), nous avons ouvert un atelier à Paris en 2008, dont la direction est aujourd’hui confiée à Olivier Raffaëlli de retour en France. À travers l’intitulé de l’agence, nous souhaitons mettre en avant l'expression d’une multiplicité : en plus d’appartenir au registre de l’art, Triptyque signifie la pluralité du regard, avec une dominante sensible, sensorielle.
A.à.v. : Comment définiriez-vous la démarche de l’agence ?
T. : Selon nous, un bâtiment est un puits de vie. Nous le considérons comme un squelette sur lequel se greffe un paysage composé d'objets, tel un lit ou une table, mais aussi d'ascenseurs, de murs, de gaines, de fenêtres, etc. C'est ce que nous appelons l'architecture vivante, ouverte et qui facilite les interactions. Cette conception s'oppose à celle où les constructions seraient des structures fermées et inertes. Au risque de paraître enfantins, ce qui nous motive, c'est la possibilité de rendre le monde plus juste, plus habitable. Le contexte a son importance. Travailler sur une favela ou un logement cossu au cœur de Paris est aussi différent que de dessiner un musée et un hôpital. Mais de manière très générale, nous cherchons toujours à enrichir l'expérience de l'acte d'habiter. Selon nous, par exemple, le local poubelle peut être un endroit de rencontre et d'enrichissement personnel.
A.à.v. : D’où provient cette subtile combinaison entre contraste et équilibre qui semble se dégager de vos réalisations ?
T. : Même si la ville contemporaine peut être vibrante, créative, elle est aussi trop souvent vidée de sa richesse humaine, comme nous le percevons dans les métropoles émergentes ou certaines cités américaines : voitures, centres commerciaux, pavillons, gated-communities, etc. La vie y est diminuée, triste, low-cost. Nous vivons au Brésil dans un environnement contrasté, où se confrontent l'expression de la puissance d’une société industrialisée et des forces tropicales naturelles, comme pendant les pluies diluviennes. Nous essayons de le retranscrire dans tous nos projets. Nous ne recherchons pas le chaos, mais aimons l’étrangeté. Les brutalistes brésiliens, tels João Batista Vilanova Artigas, Paulo Mendes da Rocha ou Lina Bo Bardi, nous ont beaucoup influencés, ainsi que les mouvements anglais des années 1960 comme Archigram et son maître absolu, Frank Lloyd Wright.

