Cette rétrospective, introduite par quelques toiles d’Yves Bélorgey qui dépeignent le caractère familier du travail de l’architecte belge, se distingue par « une scénographie paysanne » – comprendre sauvage, non ordonnée, participative et parfois insaisissable. Citations inscrites sur les murs, photographies éparses, vidéos et panneaux flottant presque aléatoirement au milieu de l’espace illustrent ainsi la philosophie de celui qui s’est surtout fait connaître par la construction de la « Mémé » – pour Maison médicale –, la faculté de médecine et le centre de logements universitaires à Bruxelles. Imaginée en étroite collaboration avec les étudiants destinés à y vivre, elle ne relève pas d’une démarche idéaliste, mais au contraire pragmatique. Suivant la logique de la genèse d’un bidonville à la volumétrie irrégulière, le bâtiment semble avoir été fabriqué pièce après pièce par ses habitants, grâce à des éléments disparates trouvés sur place, au gré des besoins de chacun. Dernier trésor de l’exposition, la collection de plans, dessins et croquis aux traits à la fois assurés et légers prêtés par l’atelier Kroll et le Centre Pompidou révèlent la méthodologie de cet homme qui, habité par un respect profond de ce qui existe, en est naturellement venu à se spécialiser dans la réhabilitation d’immeubles préfabriqués, sans succomber à la facilité de la démolition. À la manière d'une plante grimpante, ses réalisations écologiques et vernaculaires, le plus souvent composées à partir de matériaux locaux, redonnent aux édifices des dimensions humaines. Une approche développée avec son épouse Simone, jardinière, dont le rôle comprend aussi l’accueil des clients, une étape déterminante dans le développement de ce qu’ils nomment la « vicinitude » – de vicinum, voisinage, proximité en latin –, soit l’échange, la cohabitation chaleureuse et spontanée.

