© Constructions éphémères d'Olivier Grossetête.
L’équation était périlleuse : parler d’architecture et d’urbanisme contemporains dans une ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco. La formule a de quoi effaroucher, mais cette année encore, elle a fait mouche. Durant les quatre jours d’Agora, du 11 au 14 septembre 2014, Bordeaux oubliait sa réputation de « belle endormie » pour s’animer au gré d’environ 180 manifestations. Au centre des débats, le H14, un ancien hangar reconverti en salle d’exposition qui permettait au visiteur de se laisser happer par la ville. De Skopje à Ouagadougou, six métropoles y révélaient d’atypiques domaines urbains tandis que Bordeaux 2030 dévoilait ses projets pour demain, du pont Jean-Jacques- Bosc imaginé par l’agence néerlandaise OMA , au quartier Brazza conçu par l’architecte Youssef Tohmé, également commissaire de l’exposition. Mais puisqu’en 2014, la thématique était celle de l’espace public, c’est aussi dans la rue que les artistes ont taquiné les concepts urbains dans l’humour et la bonne humeur. Le plasticien Olivier Grossetête, maçon de l’éphémère, a ainsi fait un carton avec ses constructions monumentales édifiées avec cinq tonnes de papier. L’événement a emballé les Bordelais : plus de 3 300 personnes ont participé à cette construction / destruction de répliques d’édifices qui se dresseront bientôt dans le Grand Bordeaux, de la future tour de Jacques Ferrier dans le quartier Saint-Jean, à la halle Soferti en cours de réalisation à Brazza, sur l’autre rive de la Garonne. Plus loin, une « zone d’anniversaire concerté » (insolente cousine des ZAC institutionnelles) favorisait l’échange de cadeaux entre inconnus – une installation du groupe artistique Les Pas Perdus, sur le modèle d’un chantier en construction. Les architectes étaient aussi à la fête avec le prix Agora, auquel pouvaient candidater tous les concepteurs d’un bâtiment réalisé au cours des deux dernières années sur le territoire de la communauté urbaine de Bordeaux. Parmi les 74 dossiers présentés, cinq prix et six mentions ont été attribués par le jury présidé par Eduardo Souto de Moura. Félicitations !

