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REPORTAGE

2023-08-24|À Vivre

Illustration — REPORTAGE

 

Comment être à la fois architecte, maître d’ouvrage et constructeur de son propre foyer ? David Palussière a endossé les trois rôles lors de la rénovation et l’extension de sa maison des années 1960 au sud de Nantes. Un projet hybride qui se veut à la fois sophistiqué et archaïque, simple et subtil.

 

Après s’être rencontrés sur les bancs de l’École nationale supérieure d’architecture de Rennes, Camille Tréchot-Jasnault et David Palussière créent ensemble l’agence d’architecture Baltique en 2017, quelques années seulement après leur diplôme. Elle vit à Lausanne en Suisse, lui quitte Paris pour Nantes et s’y établit. L’année suivante, il emménage avec sa compagne Sabine dans une maison compacte des années 1960 qu’ils souhaitent adapter à leurs goûts. L’architecte devient ainsi maître d’oeuvre et maître d’ouvrage de ce projet de rénovation et d’extension. Si, pour des raisons budgétaires, le chantier en site occupé est réalisé en autoconstruction, le couple préfère confier la démolition de la façade existante côté jardin, les reprises de maçonnerie et la réalisation de la charpente bois de l’extension à des entreprises spécialisées. De leur côté, ils entreprennent la pose de la nouvelle toiture, de son doublage et de l’isolation intérieure.


LES CONTRAIRES SE RENCONTRENT
Depuis la construction de la maison au début des années 1960, les propriétaires occupants vivaient dans 70 mètres carrés avec trois petites chambres et n’avaient réalisé que très peu de travaux d’aménagement. Le salon-salle à manger était enserré dans une seule pièce que David et Sabine décident d’étendre avec une extension de 23 mètres carrés côté jardin. Ils y installent leur nouvelle cuisine, jusqu’alors étriquée dans une petite pièce côté rue. Et comme le terrain se situe plus bas que le plancher du rez-de-chaussée, ils décident de créer une descente progressive : deux marches entre le salon et l’extension, une marche vers la terrasse, puis trois marches vers le jardin. Celui-ci, entièrement dévolu au potager, est transformé en jardin d’agrément. Tout en profondeur, il requiert des vues dégagées depuis l’habitation pour être appréhendé dans son entièreté. Les architectes de l’agence Baltique conçoivent alors un mur-rideau mixte en bois et aluminium laissé brut, intégrant de grands vitrages selon le même principe constructif que les enveloppes extérieures de la plupart des immeubles de bureaux. Ils choisissent en guise de panneaux de remplissage de l’épicéa autoclavé (traité chimiquement pour résister aux intempéries), habituellement utilisé pour les abris de jardin. Et c’est ce qui fait la particularité de cette extension, son hybridation entre le bureau et la cabane, entre un système sophistiqué et un matériau naturel modeste. Ce projet sera donc l’occasion pour eux d’expérimenter des techniques constructives non conventionnelles pour une si petite échelle. « C’est très formateur de réaliser un chantier pour soi, j’ai appris beaucoup de choses utiles pour ma pratique d’architecte », révèle David Palussière.

 

LA MATÉRIALITÉ DU CAS PAR CAS
Au lieu d’établir un fil conducteur pour l’ensemble de la conception, les architectes Camille et David misent sur des interventions ciblées en fonction des besoins. La rénovation de l’étage reste donc subtile avec la restauration du parquet d’origine, la pose d’une nouvelle isolation intérieure et de fenêtres s’ouvrant d’un seul battant favorisant de grands cadrages vers le jardin comme vers la ville. Le rez-dechaussée, en revanche, accueille des transformations plus importantes. La façade existante est largement ouverte vers l’extension et les charges sont reprises par une poutre IPN laquée blanc qui rend l'opération presque invisible. La toiture de la nouvelle extension est également percée d’ouvrants fixes dotés d’un système de contrôle solaire afin d’éviter la surchauffe en été tout en éclairant davantage la salle à manger ainsi que le salon en second jour. Et pour le mobilier de la cuisine, Sabine défend l’idée d’une couleur profonde qui contraste avec le reste. Les maîtres d’oeuvre (et d’ouvrage pour David) optent alors pour un médium teinté dans la masse (Valchromat) qui laisse apparaître les fibres du bois sous la teinte bleutée. En façade, les allèges des fenêtres sont en panneaux 3 plis lasurés blanc et pincés dans le système de mur-rideau comme le vitrage ; David a renoncé à l’idée d’un revêtement en aluminium irisé pour des questions de prix et de difficulté de mise en oeuvre. Son père, menuisier-ébéniste d’une grande aide sur le chantier, ne peut que se féliciter d’être parvenu à faire la part belle au bois. Le résultat est un projet ancré dans la réalité des moyens de ses habitants, simple en apparence mais qui revêt une certaine sophistication dans sa réalisation.

 

Illustration — REPORTAGE

Tout en conservant le positionnement des fenêtres d’origine côté
rue, les architectes de l’agence Baltique optent pour des ouvrants
d’un seul tenant afin de générer des « plans larges sur le paysage ».
Côté jardin, la nouvelle extension est majoritairement vitrée pour
dégager la vue vers la profondeur du jardin.

Illustration — REPORTAGE

La structure de l’extension, réalisée en bois d’épicéa autoclavé,
supporte un complexe de murrideau en aluminium laissé brut.
Une écriture moderne pour des matériaux modestes. L’idée est
celle d’un « cabanon de jardin comme séjour, une serre confortable
dans laquelle on peut habiter ».

Illustration — REPORTAGE

Illustration — REPORTAGE

Illustration — REPORTAGE

Illustration — REPORTAGE

Illustration — REPORTAGE

Illustration — REPORTAGE

En ajoutant une extension dans la continuité du séjour existant,
les architectes augmentent la profondeur de la pièce et
craignent de l’assombrir dans sa partie la plus éloignée de la
nouvelle façade. Pour pallier ce désagrément, ils conçoivent un
long bandeau vitré en toiture et assurent ainsi une lumière
zénithale profitable à l’ensemble de l’espace.


architectes Baltique
www.baltique.archi
localisation Rezé (44)
livraison septembre 2020
bâti d’origine 1960
études 6 mois
travaux 18 mois
surface 72 m² + 23 m²
coût des travaux 100 000 euros HT
matériaux bois (ossature et mur-rideau) / aluminium Stabalux (mur-rideau) / épicéa autoclavé (panneaux
de bardage) / Valchromat (aménagements de cuisine) / laine de bois (isolation) / béton ciré Solacir GCP (revêtement de sol)

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