
Il sait construire. Il sait donc concevoir. Benjamin Coustès, architecte, fondateur de l’agence Littoral, défend, dans la mesure du possible, une pratique originale où le projet se dessine au fur et à mesure du chantier. À Bordeaux, la transformation d’une maison traditionnelle force l’admiration.
Une échoppe. Pour les Bordelais, rien de plus évident. L’expression désigne une typologie d’habitat populaire propre à la cité girondine. Une porte et deux, voire trois fenêtres, à l’avant comme à l’arrière, le tout de plain-pied et en pierre. Ces maisons anciennes, développées à partir de la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe, forment d’importants faubourgs, aujourd’hui prisés d’une population désireuse de vivre en ville. Un couple jetant son dévolu sur l’une de ces bâtisses typiques demande à Benjamin Coustès, architecte, d’imaginer un projet. Le budget est serré et de fait, la méthode de travail, originale.
DÉMOLIR POUR MIEUX VOIR
« J’avais conçu, quelques mois avant, la transformation d’une maison dans un lotissement des années 1990. À cette occasion, j’ai tenté de trouver l’intérêt d’un existant particulièrement codifié », débute l’architecte. Le modèle de l’échoppe n’y échappe pas... il en va, après tout, d’une architecture particulièrement répétitive. « Je dessine peu, reprend-il, pour ne penser que des principes spatiaux et volumétriques. » À Bordeaux, la démolition du second oeuvre – plâtre, cloisons, revêtements divers et variés – ainsi que des scories, témoignages d’occupations passées, est actée avant même que le projet ne soit véritablement établi. L’enjeu est de révéler les qualités d’un lieu pour en avoir une lecture claire. Les intuitions premières sont alors confirmées : création d’une pièce de vie unique, d’une mezzanine pour la chambre en lieu et place des combles, installation d’un faux plafond, création d’un escalier…
AU CONTACT DES ARTISANS
« Je cherche à travailler, main dans la main, avec les tenants de savoir-faire ; mon intention est que chacun s’intéresse à la conception et développe des solutions à la mesure de ses capacités », indique Benjamin Coustès. Autrement dit, le projet est dessiné au contact des artisans. D’aucuns imaginent habituellement un architecte réclamant l’exécution parfaite de plans tracés en amont. « Je préfère oeuvrer dans l’autre sens », assure l’homme de l’art. L’exercice permet, à ses yeux, une meilleure exécution. Il réclame aussi la souplesse des clients. « Le projet était en effet à l’origine moins “métallique”. L’idée d’un faux plafond en tôles galvanisées pour répondre à la fois à des contraintes thermiques mais aussi budgétaires, et peut-être aussi afin d’éviter de conférer à l’adresse un aspect trop rustique, a réorienté l’ensemble du projet », explique-t-il.
Les économies réalisées par cette proposition simple et non moins esthétique a permis de réaliser un escalier sur mesure plutôt que de recourir à une solution préfabriquée. « Avec le serrurier, nous avons pu mettre au point une structure fine dont l’objectif était de réduire la matière utilisée, à la fois pour diminuer le prix de cette intervention et, par la même occasion, pour favoriser la diffusion de la lumière naturelle à travers les marches », affirme le concepteur.
BRUT MAIS AUSSI NET !
À travers cette méthode singulière se dessine une véritable stratégie de la matière brute. La pierre est laissée apparente. Le béton au sol n’est pas revêtu. Des planches de contreplaqué sont utilisées pour réaliser la cuisine. L’enjeu est d’éviter les peintures, les vernis, les solvants ou encore la pose de carrelage… bref, le second oeuvre, onéreux et laborieux, est banni. « Rester brut ! C’était là ce que je souhaitais. Il y a par ailleurs, dans cette stratégie, la volonté de défendre une facilité de réalisation. J’ai moi-même posé les planches de contreplaqué... », débute-t-il. Qu’un architecte participe au chantier, voilà qui est étonnant ! L’électricité autant que les menuiseries relèvent pourtant de sa main. De part et d’autre du miroir, Benjamin Coustès, grand amateur de bricolage, tire un enseignement : « Savoir faire invite à simplifier les plans », dit-il. Avec cette posture, le rapport aux artisans change par ailleurs, toujours au bénéfice de la qualité d’exécution. Issue d’une méthode originale qui ne peut, certes, être appliquée à tout type de projet, cette maison est véritablement fascinante tant elle montre qu’il faut, pour bien concevoir, savoir faire.

La façade côté cour a été recomposée ; à la place de
deux fenêtres et d’une porte, l’architecte a ménagé une seule
et unique ouverture. Les linteaux existants ont été remployés et
une poutre métallique installée. La large baie vitrée assure un bel effet « dehors-dedans » depuis le séjour.

La cour, composée à la manière d’un patio, constitue une pièce
de la maison. Le salon s’y ouvre mais également la salle de
bains, entièrement vitrée, pour profiter de la lumière du jour et
d’une continuité vers l’extérieur, particulièrement appréciable par beau temps.




Aux yeux de l’architecte, voilà une « cuisine légère » composée de
deux planches en contreplaqué filmé. L’enjeu était de « suspendre
le plan de travail et l’étagère haute » sur des consoles
métalliques disposées à même des « racks » industriels. Le résultat
tout en simplicité conduit à l’évanescence de l’ensemble.

L’escalier ajouré, dans un souci d’économie mais aussi
de luminosité, a été composé avec un minimum de matière.
Il permet aussi bien l’accès à la cave, réaménagée en bureau et
généreusement éclairée par la grande trémie percée, que l’accès
à la chambre située plus haut en mezzanine.
architectes littoral.
www.littoral.archi
localisation Bordeaux (33)
bâti d’origine 1850
livraison janvier 2023
études 3 mois
travaux 9 mois
coût des travaux 64 000 euros HT
matériaux acier galvanisé (faux plafond) / contreplaqué filmé (plan de travail) / aluminium (menuiseries) / béton de pierres bordelaises (murs) / chaux (murs) / contrecollé douglas (structure) / bâche armée translucide (rideaux)
équipements fauteuil Togo de Michel Ducaroy chez Ligne Roset / canapé Moment de Niels Gammelgaard chez IKEA / table basse Alanda de Paolo Piva chez B&B Italia / étagère Enetri de Niels Gammelgaard chez IKEA / bibliothèque Hyllis de chez IKEA
