Les différents maîtres des lieux, d’origine populaire, y ont développé un habitat spontané, fait de cabanes, de tentes et de caravanes, créant peu à peu une communauté aux allures de « petite république libre », comme le décrit affectueusement Laurence Nicolas, ethnologue qui a vécu là le temps d’une étude. À l’été 2001, le photographe Cécil Mathieu y débarque, s’y installe, s’y intègre, et réalise le portrait de ces plaisanciers pas comme les autres, qui se surnomment non sans fierté les Beauducul. Rassemblés dans cet ouvrage, les clichés qu’il a réalisés sonnent comme le dernier témoignage d’une mini société menacée d’effacement, la lagune étant peu à peu rachetée par le Conservatoire du littoral, qui, protection écologique oblige, limite au fur et à mesure la fréquentation humaine et les activités, avec pour objectif de chasser de chez eux les occupants. De ce village aux installations éphémères, qui renvoient malgré tout à une situation matérielle de misère, et de ceux qui le font, se dégage, sous l’objectif du photographe, une poésie, une joie de vivre très forte et un bien-être réels. Car comme le souligne l’auteur : « ce qui est en jeu, ce qui importe, c’est simplement d’être là », vivant et libre.

