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Comme le précisent Dominique Justman et Ariane Tamir dans le catalogue présentant la Résidence Atelier-Chana Orloff : « Quand, en 1925, Chana Orloff demande à Auguste Perret de lui construire un atelier au 7 bis de la villa Seurat, l’architecte est déjà célèbre : il a bâti le théâtre des Champs-Élysées à Paris en 1910–1913, l’église du Raincy en 1922–1923 et travaille alors sur la tour de Grenoble. Ils se sont rencontrés en 1916, à l’occasion d’une exposition à la galerie Bernheim-Jeune où Perret a pu apprécier l’art de la sculptrice, qui a réalisé son portrait en 1923. Première des cinq résidences que l’architecte conçoit pour ses amis artistes entre 1925 et 1930, la maison-atelier de Chana Orloff est fonctionnelle, avec ses intérieurs sans décor et baignés de lumière naturelle. C’est aussi la première maison que l’entreprise Perret Frères réalise avec une structure en béton apparent, simple et économique. »
Lieu de vie et de travail
Le programme confié à l’architecte est clair : réunir sur le même site un atelier de travail, et le lieu de vie de l’artiste et de son fils. Inscrite dans une parcelle de 7,35 de façade et 16 m de profondeur, la maison est ainsi organisée sur trois niveaux. Au rez-de-chaussée, un sas d’entrée mène à l’atelier d’exposition, éclairé par une large baie vitrée côté rue. L’atelier principal, au fond, bénéficie d’une verrière zénithale et offre un grand espace en double hauteur, où Chana Orloff a travaillé sur établis, entouré de ses outils et sculptures en cours.
Un premier étage comprend une galerie ouverte qui permet de surplomber les ateliers, et d’observer les œuvres exposées. Puis l’escalier mène à un second étage dédié à un bel espace de vie personnel : un appartement de 70 m². Le séjour lumineux, meublé par Francis Jourdain, sert aussi de salle de réception. À l’arrière, deux chambres, aménagées par Pierre Chareau, s’ouvrent sur une terrasse orientée sud. L’ensemble est harmonieux et chaleureux, ponctué de sculptures et égayé par des tissus décoratifs créés par Hélène Henry.
Cet exercice d’architecture est intéressant par son contraste entre extérieur et intérieur. Comme le soulignent Dominique Justman et Ariane Tamir : « Le dépouillement de l’architecture intérieure de Perret, idéal pour la présentation des œuvres, s’oppose à l’expressivité de la façade qui se distingue de celles, lisses et sans corniche, des huit maisons d’André Lurçat que compte la villa Seurat. La composition tripartite de la façade et le système constructif clairement affirmé permettent une lecture fonctionnelle de l’édifice : depuis la rue, il est aisé de deviner l’atelier d’exposition derrière la grande baie vitrée, tandis qu’au niveau supérieur le mur appareillé percé par les deux petites baies de forme carrée renvoie à l’intimité de l’appartement. L’ossature en béton armé souligne le rôle de remplissage des briques silico-calcaires posées en quinconce qu’Auguste Perret s’est amusé à rendre décoratives par des effets de relief. L’architecte assume ici sa différence d’approche fondamentale avec l’avant-garde de ses contemporains, représentée villa Seurat par André Lurçat : pas de fenêtres horizontales ni de mur enduit cachant les éléments structurels. » I
Chana Orloff habitera la maison jusqu’à son décès en 1968. Amis, artistes, famille, cette maison est autant un lieu de rencontres qu’un refuge, notamment pour des artistes ayant fui l’Allemagne à la fin des années 1930, avant qu’elle-même soit également obligée de s’exiler. A son retour en mai 1945, elle retrouve une demeure ravagée, pillée, qu’elle va remeubler de façon plus fonctionnelle, et lui redonne sa double identité d’atelier de travail, d’accueil d’artistes et d’échanges.
Aujourd’hui, la résidence a été transformée par sa famille en atelier-musée, ouvert à la visite sur réservation, une chance pour le public de découvrir les œuvres de l’artiste, tout en s’imprégnant du cadre, du contexte dans lesquelles elles ont été conçues, offrant une lecture particulière de son travail, et de son évolution.

