© Ken Adam, Berlin 2014 – Installation “Lines in Flow” by B. Hars-Tschachotin © A.-M. Velten, 2014
Si Ken Adam (né en 1921) en suivit l’enseignement, c’est finalement dans l’industrie cinématographique, qu’il découvre à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Grande-Bretagne, qu’il exerça ses talents. Il commence comme dessinateur technique, puis devient rapidement chef décorateur (entre autres pour Jacques Tourneur et Robert Aldrich). En 1962, il s’engage dans un projet à petit budget presque anonyme… Presque seulement, ce film c’est Dr. No, le tout premier James Bond, où il pose les fondations esthétiques de ce qui deviendra l’une des sagas les plus (re)connues et rentables de l’histoire du cinéma. Il participera ensuite à sept des aventures de l’espion de Sa Majesté, au fil desquelles il laissera libre cours aux projets les plus fous. Sa maestria à dominer contraintes économiques et planning démentiel, son ingéniosité et ses décors rétro-futuristes, à la fois grandioses et minimalistes, fortement inspirés de l’architecture brutaliste, le propulsent sur le devant de la scène. Ainsi, impressionné par son travail, Stanley Kubrick fait par exemple appel à lui pour Docteur Folamour en 1964 – la fameuse war-room, c’est lui ! – puis pour Barry Lindon (1976) qui lui vaut son premier Oscar - il en obtiendra un second pour La Folie du roi George de Nicholas Hytner en 1995. Si ses contributions sont moins nombreuses à partir des années 1990, son œuvre est restée dans les mémoires collectives et n’a cessé d’inspirer nombre de ses confrères… mais aussi d’architectes, à l’image de Daniel Libeskind qui avoue ainsi : « Dans mon imaginaire, les décors de cinéma de Ken Adam ont eu une influence cruciale. Je ne dirais pas que je construis selon James Bond, mais le monde de Ken Adam a tout simplement élevé mon approche de l’espace, de la lumière et de la couleur, en architecture, à un autre niveau ». Pied-de-nez à l’histoire, c’est à la cinémathèque de Berlin, dans son pays natal quitté en 1934 pour fuir le nazisme, qu’il décide à 91 ans, de faire don de toutes ses archives. En retour, cette dernière lui consacre cette année l’exposition Bigger than life – dont on espère qu’elle trouvera une prolongation en France -, rétrospective colossale présentant plus de 4 000 pièces parmi lesquelles lettres, maquettes, photos et bien évidemment les fameux croquis réalisés au feutre Flo-Master. Cet outil qui exige une manipulation particulièrement délicate lui permettait de maîtriser à merveille la transparence du trait et de jouer sur la lumière et les ombres. La marque de fabrique de cet artiste incomparable qui transforma en or tout ce qu’il dessina.

