Placé sous le patronage de l'UNESCO depuis 2011 et soutenu par l'Union Internationale des Architectes depuis 2024, le Global Award for Sustainable Architecture compte désormais 95 lauréats à travers le monde. Cinq d'entre eux ont par la suite reçu le Prix Pritzker, consécration internationale suprême, parmi lesquels Wang Shu, Alejandro Aravena ou encore Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. Saint-Gobain, partenaire officiel du prix pour la troisième année consécutive, réaffirme à travers ce soutien son engagement en faveur d'une architecture durable, inclusive et innovante.
Selon la fondatrice Jana Revedin, cette 19e édition, sous le thème « Architecture Is Transformation», confirme que l’architecture durable n’est pas un style mais un levier de transformation globale, capable d’agir simultanément sur les espaces, les ressources et les communautés. Le jury a ainsi récompensé des architectes issus de Chine, du Vietnam, du Mexique, de France et d’Allemagne / Italie, saluant la cohérence de leurs démarches et leur impact social et territorial. Les lauréats 2026 sont :
- Ye Man (Chine), fondateur de ZSYZ
- Doàn Thanh Hà (Vietnam), cofondateur de H&P Architects
- Loreta Castro Reguera & José Pablo Ambrosi (Mexique), fondateurs de Taller Capital
- Amelia Tavella (France), fondatrice de Amelia Tavella Architectes
- Andreas Kipar (Allemagne / Italie), cofondateur de LAND
Le jury a souligné la capacité de leurs projets à transformer les territoires à partir de ressources locales, de savoir-faire contextuels et d’une forte dimension sociale, tout en répondant aux défis contemporains liés au climat, à l’urbanisation et aux mutations des usages.
Ye Man (Chine) — Le principe d’élimination
À la tête du studio ZSYZ, l'architecte chinoise Ye Man défend une architecture du dépouillement et de la réversibilité. Inspirée par les savoir-faire constructifs vernaculaires, elle œuvre à une architecture préfabriquée en bois, biodégradable, fondée sur les assemblages traditionnels tenon-mortaise alliés aux technologies contemporaines. Ses projets, de la Maison Qian Tong dans le Zhejiang aux halls ancestraux restaurés de l'île de Hainann naissent d'un patient travail de prototypes, toujours attentifs à l'esprit du lieu et aux principes de l'économie circulaire. Le jury salue en elle une incarnation contemporaine du principe d'élégance par l'élimination : faire plus avec moins comme acte de résistance écologique.
Doan Thanh Ha (Vietnam) La right-tech comme philosophie
Co-fondateur de H&P Architects à Hanoï, Doan Thanh Ha structure sa pratique autour d'un triptyque qu'il résume par l'acronyme CAN : Culture - Architecture - Nature. Pour lui, ces trois dimensions sont indissociables et doivent ensemble nourrir ce qu'il appelle une « durabilité spirituelle ». Ses réalisations ( du centre culturel S Space à la Brick Cave aux murs de briques d'argile perforées) conjuguent bioclimatisme, ancrage dans les identités locales et innovation spatiale. Le jury souligne la vision profondément humaniste de cette approche, qu'il qualifie de résolument « right-tech » : une technologie juste, au service de l'humain.
Loreta Castro Reguera & José Pablo Ambrosi (Mexique) Réparer la ville par l'eau
Le duo fondateur de Taller Capital part d'un paradoxe mexicain : des villes simultanément frappées par la sécheresse et les inondations. De cette tension, ils ont fait un moteur créatif, en imaginant des infrastructures urbaines capables de transformer l'eau en outil de régénération du territoire. Le Parc du Bicentenaire d'Ecatepec, les bassins de rétention de San Lucas Xolox ou encore la place civique d'Iguala illustrent leur vision : revaloriser l'image de l'eau dans la ville, non comme décor, mais comme structure paysagère et sociale à part entière. Le jury y voit une compréhension fine des ressources visibles et invisibles de chaque territoire.
Amelia Tavella (France) Les peaux de l'existant
Architecte corse installée à Paris, Amelia Tavella considère les édifices comme des êtres vivants dont l'enveloppe serait la peau. Son travail consiste à tisser un lien sensible entre les matières, les traces et les strates du temps, en intervenant sur des bâtiments chargés d'histoire, tels le couvent de Saint-François en Corse, fondé en 1492, rehaussé d'une enveloppe contemporaine en cuivre, ou le Château de Nalys à Châteauneuf-du-Pape. Entourée d'artistes, d'historiens, d'anthropologues et de poètes, elle pratique une architecture transdisciplinaire qu'elle qualifie elle-même d'émotionnelle, sensuelle et organique. Le jury salue une démarche de soin, réversible et respectueuse.
Andreas Kipar (Allemagne / Italie) Redonner vie aux friches
Architecte, paysagiste et urbaniste, co-fondateur de l'agence LAND (Landscape Architecture Nature Development) à Milan, Andreas Kipar consacre son œuvre à la transformation de friches industrielles, de sols pollués et de territoires abandonnés en nouvelles oasis sociales et écologiques. Du Parc Krupp Five Hills à Essen, ancienne friche industrielle reconvertie en un paysage de cinq collines, au corridor de biodiversité du boulevard Cavendish à Montréal, son travail incarne une vision de la ville comme réservoir de mémoire collective, selon l'esprit de la « ville analogue » théorisée par Aldo Rossi. Le jury salue la constance de son engagement et sa capacité à concevoir des espaces où communautés humaines et milieux naturels se rencontrent dans la dignité.

